PRO­GRÈS : PEUT-ON PRENDRE LE MEILLEUR SANS LE PIRE ?

Les Affaires - - Front Page - Diane Bé­rard diane.be­[email protected] dia­ne_­be­rard C @@

De­vrait-on pou­voir im­pri­mer ses propres mé­di­ca­ments ? Est-il éthique de pré­fé­rer un can­di­dat qui prend des sti­mu­lants pour amé­lio­rer sa per­for­mance cog­ni­tive à un autre qui n’en prend pas ? Jus­qu’où un em­ployeur peut-il al­ler pour re­cueillir des don­nées sur la pro­duc­ti­vi­té d’un em­ployé ? Où s’ar­rê­te­ra le mou­ve­ment an­ti-mondialisa­tion, an­ti­tech­no­lo­gie, an­ti-im­mi­gra­tion ? On en a dis­cu­té fin juin 2016, au Fo­rum éco­no­mique mon­dial des nou­veaux cham­pions, sur­nom­mé le « Da­vos d’été ».

Tia­jin, Chine — La con­fé­rence an­nuelle des nou­veaux cham­pions (An­nual Mee­ting of the New Cham­pions, AMNC) cé­lèbre ses 10 ans. C’est une créa­tion du Fo­rum éco­no­mique mon­dial, tout comme la con­fé­rence de Da­vos. Te­nue en al­ter­nance entre Tian­jin et Da­lian, deux villes por­tuaires, l’AMNC est une fe­nêtre sur le fu­tur. On y ren­contre ceux et celles qui pré­parent de­main. Et ceux et celles qui se sou­cient de l’im­pact de ces in­no­va­tions sur nos vies pro­fes­sion­nelles et per­son­nelles. Il en ré­sulte des conver­sa­tions ani­mées qui ex­posent les deux cô­tés de la mé­daille. Cette an­née, la con­fé­rence avait une cou­leur par­ti­cu­lière. Elle s’est te­nue trois jours après le Brexit, où 51,9% des Bri­tan­niques ont vo­té la sor­tie de leur pays de la zone eu­ro. Cette onde de choc a tein­té les pa­nels. Un consen­sus a émer­gé: le Brexit est la preuve ul­time que les in­éga­li­tés ont at­teint un ni­veau so­cia­le­ment et éco­no­mi­que­ment in­sou­te­nable. Comme l’a évo­qué le cé­lèbre éco­no­miste Nou­riel Rou­bi­ni – ce­lui qui a vu ve­nir la bulle im­mo­bi­lière amé­ri­caine dès 2005 –, « nous amor­çons une longue pé­riode d’ajus­te­ments par­se­mée de dé­fis. Tou­te­fois, je suis re­la­ti­ve­ment confiant en l’ave­nir des États qui po­se­ront les gestes né­ces­saires pour ra­me­ner la sta­bi­li­té ». Cette sta­bi­li­té ne passe pas que par des so­lu­tions éco­no­miques, ont rap­pe­lé de nom­breux pa­né­listes. Pour être du­rable, cette sta­bi­li­té doit te­nir compte de la so­cié­té et de l’en­vi­ron­ne­ment. Voi­ci donc de quoi on a dis­cu­té au 10e Fo­rum an­nuel des nou­veaux cham­pions. Tech­no­lo­gie Fa­bri­quer ses propres mé­di­ca­ments Au prin­temps der­nier, la U.S. Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion (FDA) a au­to­ri­sé la vente du pre­mier mé­di­ca­ment fa­bri­qué à par­tir d’une im­pri­mante 3D. Il s’agit d’un com­pri­mé des­ti­né aux per­sonnes épi­lep­tiques pro­duit par Apre­cia Phar­ma­ceu­ti­cals, de la Penn­syl­va­nie. Ce com­pri­mé, éla­bo­ré à l’aide d’un pro­cé­dé de su­per­po­si­tion, se­rait plus so­luble que les pro­duits concur­rents. Pour l’ins­tant, les com­pri­més sont fa­bri­qués par la phar­ma­ceu­tique, puis li­vrés en phar­ma­cie. Mais on en­tre­voit le jour où l’im­pri­mante 3D se­rait ins­tal­lée en phar­ma­cie, per­met­tant de pro­duire des mé­di­ca­ments sur place, se­lon la de­mande.

Cette ten­dance s’ar­rime à une autre avan­cée tech­no­lo­gique, soit la mé­de­cine per­son­na­li­sée et les mé­di­ca­ments plus ci­blés. Quelle se­ra la suite? de­mande l’avo­cate Ni­ta A. Fa­ra­ha­ny, spé­cia­liste de l’éthique en bios­ciences à la Duke Uni­ver­si­ty de la Ca­ro­line du Nord. « Va-t-on im­pri­mer nous-même nos mé­di­ca­ments à par­tir d’une im­pri­mante 3D mai­son? Avez-vous en­vie que votre voi­sin le fasse? » Bref, on veut conden­ser la chaîne de pro­duc­tion d’un mé­di­ca­ment dans un équi­pe­ment de la taille d’une ma­chine à ca­fé. « Que fe­rons-nous des in­gré­dients ré­si­duels? de­mande le pro­fes­seur Sang

« Nous vi­vons une pé­riode an­ti-mondialisa­tion, an­ti-tech­no­lo­gie, an­ti-im­mi­gra­tion, etc. » – Nou­riel Rou­bi­ni, éco­no­miste

Yup Lee, di­rec­teur du Ko­rea Ad­van­ced Ins­ti­tute of Science and Tech­no­lo­gy. Ces ré­si­dus sont toxiques, il fau­dra pré­voir en dis­po­ser de ma­nière sé­cu­ri­taire. »

Le scien­ti­fique co­réen sou­lève aus­si l’en­jeu de la lit­té­ra­tie mé­di­cale. « Les gens ne lisent pas le ma­nuel d’ins­truc­tion de leur té­lé­vi­seur, vont-ils lire ce­lui de leur mé­di­ca­ment? » Le cas Apre­cia ouvre-t-il la porte à ce fu­tur? « C’est pos­sible, ré­pond Ni­ta A. Fa­ra­ha­ny. Au lieu d’y voir une simple cu­rio­si­té, il faut se ques­tion­ner dès main­te­nant. Cher­chons comment pro­té­ger la po­pu­la­tion. As­su­rons-nous que, si un nou­veau sys­tème émerge au­tour de la pro­duc­tion de mé­di­ca­ments, il se­ra sé­cu­ri­taire. » Re­pous­ser les li­mites de la pro­duc­ti­vi­té hu­maine « Les en­tre­prises re­cueillent une foule de don­nées sur leurs clients, mais elles n’ont à peu près rien sur leurs em­ployés, com­mente Ben­ja­min Wa­ber. C’est une oc­ca­sion ra­tée. » Wa­ber a fon­dé Hu­ma­nyze, une firme de Bos­ton qui ins­talle des cap­teurs sur les em­ployés pour sur­veiller leurs in­ter­ac­tions et ti­rer des oc­ca­sions d’aug­men­ter la pro­duc­ti­vi­té. Un client, une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière, a vou­lu com­prendre la pro­duc­ti­vi­té ex­cep­tion­nel­le­ment éle­vée d’une de ses suc­cur­sales. Les cap­teurs ont per­mis de mo­di­fier l’amé­na­ge­ment et la struc-

La Con­fé­rence an­nuelle des nou­veaux cham­pions (An­nual Mee­ting of the New Cham­pions), une créa­tion du Fo­rum éco­no­mique mon­dial, se te­nait à Tian­jin, en Chine, du 26 au 28 juin. était pré­sent et rap­porte les prin­ci­paux échanges de cette con­fé­rence. Les Af­faires

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