Piz­za Piz­za s’at­taque au Qué­bec

Les Affaires - - Sommaire - Mar­tin Jo­li­coeur mar­tin.jo­li­[email protected] @Jo­li­coeurNews

Dé­jà pas­sa­ble­ment en­gor­gé, le mar­ché qué­bé­cois de la piz­za pro­met de se res­ser­rer en­core da­van­tage alors que la to­ron­toise Piz­za Piz­za bombe le torse et an­nonce son in­ten­tion d’ac­croître si­gni­fi­ca­ti­ve­ment sa pré­sence au Qué­bec.

Piz­za Piz­za Royal­ty Corp (Tor, PZA), qui compte dé­jà plus de 730 piz­zé­rias au pays, dont 552 en On­ta­rio seule­ment, connaît une crois­sance ra­pide et en­tend ou­vrir à Mon­tréal de « 8 à 10 piz­zé­rias » sup­plé­men­taires au cours des onze pro­chains mois. C’est ici, plus que nulle part ailleurs, que l’en­tre­prise pla­ni­fie sa crois­sance des pro­chaines an­nées.

« Le Qué­bec consti­tue pour nous un mar­ché fan­tas­tique où nous es­pé­rons ou­vrir nombre de nou­veaux res­tau­rants, tant à Mon­tréal et dans ses en­vi­rons que dans les autres ré­gions de la pro­vince », dit en en­tre­vue avec Les Af­faires Se­bas­tian Fu­schi­ni, vice-pré­sident prin­ci­pal des fran­chises chez Piz­za Piz­za.

À ce jour, l’en­tre­prise on­ta­rienne compte pas moins de 50 res­tau­rants au Qué­bec, dont 16 comp­toirs ex­press, si­tués tant à Mon­tréal et à Ga­ti­neau qu’à Rouyn. En 2016, grâce à l’ou­ver­ture de six res­tau­rants, ses ventes ont grim­pé de 23 % à Mon­tréal. Tou­te­fois, la piz­zé­ria de­meure en­core ab­sente de ter­ri­toires aus­si im­por­tants que Sher­brooke, Trois-Ri­vières ou Qué­bec.

Une si­tua­tion qui ne sau­rait du­rer si l’on se fie aux ef­forts qu’elle dé­ploie pour cour­ti­ser les fran­chi­seurs du Qué­bec. Chez Piz­za Piz­za, une fran­chise re­quiert un in­ves­tis­se­ment de base de 325 000 $ à 350 000 $, ex­plique M. Fu­schi­ni, dont un ver­se­ment ini­tial ( down pay­ment) mi­ni­mum de 100 000 $ en ar­gent. Par la suite, les re­de­vances au fran­chi­seur s’élèvent à 6% des re­ve­nus du fran­chi­sé, et les dé­penses de pu­bli­ci­té, à 4 % à Mon­tréal et à 6 % ailleurs.

Piz­za Piz­za re­fuse de dé­voi­ler à com­bien s’élèvent les ventes moyennes par res­tau­rant, un in­di­ca­teur de per­for­mance clé dans l’in­dus­trie. Tout au plus, l’en­tre­prise parle, pour son exer­cice 2015-2016, de ventes de 533,8 M$ au pays. Des re­ve­nus qui dé­pendent à 60 % de son ser­vice de li­vrai­son à do­mi­cile.

Si elle compte plus de 500 suc­cur­sales dans la pro­vince voi­sine, com­bien pour­rait-elle en avoir au Qué­bec ? Piz­za Piz­za, qui a dé­jà ou­vert 22 res­tau­rants et comp­toirs au cours des trois der­nières an­nées dans la pro­vince, re­fuse de ré­vé­ler son jeu.

Le hic, c’est qu’en dé­bar­quant dans la se­conde pro­vince du pays sur le plan de la po­pu­la­tion, la to­ron­toise ne s’at­taque pas à un ter­ri­toire vierge. Do­mi­no’s Piz­za, qui oc­cupe la part du lion aux États-Unis, est pré­sente au Qué­bec de­puis des an­nées. Il en va de même des Double Piz­za, Bos­ton Piz­za, Mikes et Piz­za Hut.

Et c’est sans comp­ter le cré­neau des piz­zé­rias in­dé­pen­dantes ou ré­gio­nales, comme Piz­zaiolle, F+F Piz­za, Piz­zé­ria No. 900, La Bri­gade, Piz­ze­ria67, les­quelles oc­cupent aus­si des parts par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tantes dans la pro­vince. « C’est une autre ca­rac­té­ris­tique dis­tinc­tive du Qué­bec, confirme Mar­tin Vé­zi­na, porte-pa­role de l’As­so­cia­tion des res­tau­ra­teurs du Qué­bec (ARQ). Pas moins de 65 % des res­tau­rants d’ici sont dits in­dé­pen­dants [non liés à une grande chaîne]. À titre de com­pa­rai­son, en On­ta­rio, les in­dé­pen­dants ne comptent que pour 52 %. »

Qu’à ce­la ne tienne. Mal­gré une concur­rence dé­jà fé­roce, Jor­dan Le­bel, pro­fes­seur de mar­ke­ting ali­men­taire à la John Mol­son School of Bu­si­ness de l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia, est d’avis que le mar­ché du Qué­bec peut sur­vivre aux am­bi­tions ex­pan­sion­nistes de Piz­za Piz­za. En d’autres mots, Mon­tréal et le reste de la pro­vince n’au­raient pas en­core at­teint leur ni­veau de sa­tu­ra­tion.

Il en va de même de la lec­ture de De­rek J. Lessard, ana­lyste fi­nan­cier chez TD Va­leurs mo­bi­lières. Dans un rap­port pu­blié en 2010 sur les pos­si­bi­li­tés d’ex­pan­sion de Piz­za Piz­za au pays, il es­ti­mait qu’avant d’at­teindre son ni­veau de sa­tu­ra­tion, le Ca­na­da pou­vait en­core ac­cueillir 535 nou­velles piz­zé­rias, in­cluant 265 au Qué­bec. Du nombre, la to­ron­toise pou­vait es­pé­rer s’ac­ca­pa­rer au moins le tiers des ou­ver­tures en­vi­sa­gées avant d’at­teindre le ni­veau de sa­tu­ra­tion, es­ti­mé alors par l’ana­lyste à une piz­zé­ria par 15 000 ha­bi­tants.

Les piz­zas sont ten­dance et sont de plus en plus pré­sen­tées comme des ali­ments san­té. Se­lon le pro­fes­seur Le­bel de l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia, le seul pro­blème de Piz­za Piz­za se rap­porte à la no­to­rié­té. « Aus­si im­por­tante soit-elle au Ca­na­da, sa marque de­meure en­core peu con­nue au Qué­bec. »

Pour par­ve­nir à ex­ploi­ter son plein po­ten­tiel, Piz­za Piz­za de­vra, se­lon M. Le­bel, s’at­te­ler à aug­men­ter sa no­to­rié­té spon­ta­née. Comme les Rô­tis­se­ries St-Hu­bert lors­qu’on parle de pou­let, « elle doit as­pi­rer à de­ve­nir la pre­mière marque à sur­gir dans l’es­prit des Qué­bé­cois lorsque vient le temps de com­man­der une piz­za. »

Si­non, pour ac­croître ses parts de mar­ché, il reste à l’en­tre­prise à en­vi­sa­ger le cré­neau des piz­zas sur­ge­lées, du­quel elle de­meure ab­sente, ou en­core la voie de l’ac­qui­si­tion d’en­tre­prises exis­tantes, comme elle l’a fait en 2007 avec Piz­za 73, dans l’ouest du pays.

Au Qué­bec, plu­sieurs cibles, dont la mont­réa­laise Double Piz­za, se­raient à sa por­tée. La to­ron­toise n’a pas vou­lu com­men­ter.

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