Crois­sance des dé­penses mi­li­taires : une tendance lourde

Les Affaires - - Forum - As­so­cié prin­ci­pal,

Consé­quence de l’in­sta­bi­li­té crois­sante et de l’ob­ses­sion des nations pour la sé­cu­ri­té, une re­prise à la hausse des dé­penses mi­li­taires à l’échelle mon­diale semble in­évi­table. Se­lon le taux de crois­sance ap­pré­hen­dé des bud­gets des grandes puis­sances mi­li­taires, les dé­penses à l’ho­ri­zon 2025 de­vraient fri­ser 2 000 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains (G$ US).

Se­lon le der­nier rap­port an­nuel Mi­li­ta­ry Ba­lance de l’In­ter­na­tio­nal Ins­ti­tute for Stra­te­gic Stu­dies, les dé­penses mi­li­taires mon­diales se sont éle­vées à 1 500 G$ US en 2016. Les États-Unis de­meurent en tête, avec des dé­penses de 600 G$ US, sui­vis par la Chine (145 G$ US), la Rus­sie (58,9 G$ US), l’Ara­bie saou­dite (56,9 G$ US) et le Royaume-Uni (52,5 G$ US). À titre com­pa­ra­tif, le bud­get ca­na­dien en ma­tière de dé­fense est d’en­vi­ron 15 G$ US.

Si ces chiffres peuvent don­ner le ver­tige, il n’en reste pas moins que, de­puis le dé­but des an­nées 1990, ces dé­penses n’ont ces­sé de dé­croître : elles sont pas­sées de 3,4 % à 2,3 % du PIB mon­dial. La stra­té­gie Light Foot­print de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma a en ef­fet per­mis de ré­duire si­gni­fi­ca­ti­ve­ment la voi­lure après les coû­teuses guerres en Irak et en Af­gha­nis­tan. Ce re­cul his­to­rique doit ce­pen­dant être nuan­cé. Les États-Unis et l’UE ont ef­fec­ti­ve­ment ré­duit leurs dé­penses de 1 % à 2 %, mais cer­taines ré­gions du monde ont lé­gè­re­ment ac­cru les leurs, no­tam­ment le monde arabe et l’Asie du Sud-Est.

Le gou­ver­ne­ment Trump a fait du rap­port de force le le­vier-clé de sa po­li­tique étran­gère et an­non­cé le ren­for­ce­ment de l’ar­mée amé­ri­caine, même si de nom­breuses voix ap­pellent à ac­croître l’ef­fi­ca­ci­té du Pen­ta­gone. Le nou­veau pré­sident a ré­cem­ment an­non­cé qu’il aug­men­te­rait le bud­get de la Dé­fense de 54 G$ US, grâce no­tam­ment à des com­pres­sions mas­sives dans plu­sieurs agences fé­dé­rales.

En Eu­rope, le ré­ar­me­ment s’avère sans doute in­con­tour­nable. Les Eu­ro­péens ont, en ef­fet, di­mi­nué de fa­çon dra­co­nienne leur ca­pa­ci­té d’in­ter­ven­tion de­puis quinze ans au sein de l’OTAN et n’ont dé­sor­mais d’autre choix que de se sub­sti­tuer au re­trait pro­gram­mé du bou­clier de l’Oncle Sam. Pa­ra­doxa­le­ment, le Brexit four­nit l’oc­ca­sion de ré­étu­dier une co­opé­ra­tion mi­li­taire eu­ro­péenne dont les Bri­tan­niques ne vou­laient pas. Le bud­get mi­li­taire de l’UE à 27 membres est com­pa­rable à ce­lui de la Chine, et la France, l’Allemagne et l’Ita­lie y pèsent pour les deux tiers. Si les pays eu­ro­péens membres de l’OTAN res­pec­taient leurs en­ga­ge­ments de dé­pen­ser 2 % de leur PIB res­pec­tif au titre du fi­nan­ce­ment de leur sé­cu­ri­té, ils y ajou­te­raient en­vi­ron 57 G$ US, soit l’équi­valent du bud­get mi­li­taire de l’Ara­bie saou­dite.

L’ef­fort mi­li­taire chi­nois ne de­vrait pas ra­len­tir. La Chine a vu ses dé­penses mi­li­taires aug­men­ter de 15 % par an de 2008 à 2015, et de 7 % de 2015 à 2016. Ses ca­pa­ci­tés de re­cherche se sont si­gni­fi­ca­ti­ve­ment ac­crues, no­tam­ment avec la mise au point de l’avion de com­bat J -20, de mis­siles courte por­tée (PL 10) et d’un mis­sile air-air unique d’une por­tée de 300 km. Les au­to­ri­tés chi­noises vont dé­sor­mais pous­ser leurs forces ar­mées à s’en­ga­ger sur les théâtres de conflits pour les sou­mettre à l’épreuve du feu.

En­fin, la géo­po­li­tique du Moyen-Orient reste très in­cer­taine en rai­son de nom­breux conflits fron­ta­liers, eth­niques et re­li­gieux. Cette ré­gion du monde dé­pense chaque an­née plus de 150 G$ US dans le do­maine mi­li­taire. Les pays les plus dé­pen­siers à ce cha­pitre sont l’Ara­bie saou­dite, Is­raël, la Tur­quie, l’Irak et les Émi­rats arabes unis.

Toutes les in­dus­tries de­vraient pro­fi­ter de cette manne, et en par­ti­cu­lier les in­dus­tries aé­ro­nau­tique, aé­ro­spa­tiale et na­vale de dé­fense. Se­lon nos prévisions, les dé­penses dans le sec­teur de l’aé­ro­nau­tique et de l’aé­ro­spa­tiale mi­li­taire de­vraient pas­ser de 180 G$ US en 2016 à 275 G$ US en 2025, prin­ci­pa­le­ment dans l’ana­lyse de don­nées et les drones (+70 %), la cy­ber­sé­cu­ri­té (+50 %), les so­lu­tions sé­cu­ri­sées (+45 %), le ren­sei­gne­ment (+35 %) et l’aé­ro­spa­tiale (+25 %). L’in­dus­trie ca­na­dienne dis­pose de quelques fleu­rons de l’aé­ro­nau­tique (Bom­bar­dier et CAE en par­ti­cu­lier) qui pour­raient ti­rer pro­fit di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment de cette tendance lourde, à condi­tion de col­la­bo­rer ef­fi­ca­ce­ment avec d’autres sec­teurs, comme ce­lui de l’in­tel­li­gence artificiel­le, qui fi­gure en pre­mière ligne no­tam­ment au Qué­bec.

Aux pouvoirs pu­blics de four­nir le coup de pouce dé­ci­sif en construi­sant des pas­se­relles entre les dif­fé­rentes grappes in­dus­trielles concer­nées.

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