Mau­ri­ta­nie : à Ti­ji­rit, Al­gold ac­cé­lère la ca­dence

Les Affaires - - Industrie minière - In­dus­trie mi­nière An­toine Dion-Or­te­ga re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Quelque part dans le nordouest du dé­sert mau­ri­ta­nien, près de la fron­tière du Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, une pe­tite so­cié­té d’ex­plo­ra­tion qué­bé­coise a mis la main en 2016 sur ce qu’elle croit être un gi­se­ment d’or d’un « po­ten­tiel énorme ». Ses pro­prié­tés sont d’ailleurs voi­sines de la mine d’or de Ta­siast, de la ca­na­dienne Kin­ross, qui a pro­duit 220 000 oz d’or en 2015. L’équipe ex­pé­ri­men­tée d’Al­gold Re­sources, à Ville de Mont-Royal, ai­me­rait bien pou­voir l’imi­ter bien­tôt.

En mars 2016, Al­gold a ac­quis de la so­cié­té aus­tra­lienne Gry­phon Mi­ne­rals les pro­prié­tés Ak­jou­jt et Ti­ji­rit, à 25 km au sud de la mine de Ta­siast. Ti­ji­rit al­lait ra­pi­de­ment de­ve­nir le pro­jet phare d’Al­gold, qui a lan­cé, en juin 2016, un pro­gramme de fo­rage in­ten­sif.

« On est ren­du à près de 30 000 m, ex­plique Fran­çois Au­clair, pré­sident et chef de di­rec­tion. On consi­dère que cette pro­prié­té offre énor­mé­ment de po­ten­tiel pour la mise au jour pos­sible d’un gi­se­ment en sur­face, mais à haute te­neur en or. Cette te­neur se si­tue­rait à 4 ou 5 grammes par tonne [g/t], ce qui est très éle­vé pour une mine à ciel ou­vert. »

Gry­phon avait elle-même ef­fec­tué un fo­rage de plus de 30 000 m sur trois cibles en par­ti­cu­lier, avant de cé­der ses pro­prié­tés à Al­gold en échange de 10 mil­lions d’ac­tions. Gry­phon a de­puis été ac­quise par la ca­na­dienne Te­ran­ga Gold. « Ils avaient re­pé­ré des struc­tures, mais pas de gi­se­ments, ra­conte M. Au­clair. C’est rare qu’une mine soit dé­cou­verte du pre­mier coup. C’est sou­vent la troi­sième ou qua­trième so­cié­té qui va faire la dé­cou­verte. »

Les res­sources de Ti­ji­rit s’élèvent à près de 29 000 oz d’or me­su­rées et in­di­quées, et à 240 000 oz in­fé­rées, à une te­neur de coupe de 1 g/t.

Étran­ge­ment, la for­ma­tion sur la­quelle tra­vaille Al­gold dans le dé­sert mau­ri­ta­nien res­semble à la fa­meuse cein­ture de roches vertes de l’Abi­ti­bi, à l’ori­gine de di­zaines de mines d’or au Qué­bec de­puis les an­nées 1930. « C’est un cra­ton ar­chéen, des roches très an­ciennes. On se dou­tait bien que, après la mine Ta­siast, il pou­vait y avoir autre chose. Ha­bi­tuel­le­ment, sur ces sillons de roches vertes, il y a beau­coup plus qu’un gi­se­ment, ex­plique M. Au­clair. C’est comme en Abi­ti­bi, où les mines sont ex­ploi­tées l’une à cô­té de l’autre. »

Les autres pro­prié­tés d’Al­gold se si­tuent plu­tôt au nord de Ta­siast.

Ex­pé­ri­men­tée dans la construc­tion de mines

Loin de faire des ap­pels du pied du cô­té de la voi­sine Kin­ross, Al­gold a confiance de pou­voir dé­ve­lop­per une mine elle-même. « On consi­dère qu’on a la ca­pa­ci­té tech­nique de dé­ve­lop­per une mine, dé­clare M. Au­clair. Ce qui ne veut pas dire qu’une autre so­cié­té ne pour­rait pas prendre une par­ti­ci­pa­tion si elle est in­té­res­sée. »

M. Au­clair a d’ailleurs lui-même tra­vaillé à la construc­tion du pro­jet Ta­siast lors­qu’il était chez Rio Nar­cea Gold Mines, entre 2004 et 2007. La mine de Ta­siast est de­ve­nue la pro­prié­té de Kin­ross en 2010, lors de l’ac­qui­si­tion de Red Back Mi­ning pour la ron­de­lette somme de 7,1 mil­liards de dol­lars.

Be­noit La Salle, pré­sident du conseil, a lui aus­si dé­ve­lop­pé des pro­jets d’ex­ploi­ta­tion au Bur­ki­na Fa­so et au Ni­ger alors qu’il

était pré­sident et chef de di­rec­tion de SEMAFO, so­cié­té qu’il a fon­dée en 1995.

D’ailleurs, Al­gold est l’acro­nyme des trois fon­da­teurs : M. Au­clair, M. La Salle et Yves Grou, vice-pré­sident exé­cu­tif du conseil.

Un pays peu peu­plé, peu ex­plo­ré

Pays mi­nier, la Mau­ri­ta­nie compte, pour une grande part de ses re­cettes, sur la So­cié­té na­tio­nale in­dus­trielle et mi­nière (SNIM), qui est dé­te­nue à 80 % par l’État et qui pro­duit plus de 10 mil­lions de tonnes de mi­ne­rai de fer par an. Or, celle-ci a su­bi de plein fouet les ef­fets de la chute des cours en 2014 et en 2015, fai­sant fondre sa contri­bu­tion aux coffres de l’État de plus de 80 %. De 25 % il y a à peine quelques an­nées, la part de la SNIM dans le PIB du pays est tom­bée au­tour de 15 %.

Outre la SNIM et la mine d’or de Ta­siast, le pays compte sur la mine de cuivre et d’or Guelb Mogh­rein, ex­ploi­tée par la ca­na­dienne First Quan­tum Mi­ne­rals.

Gi­gan­tesque pays de moins de quatre mil­lions d’ha­bi­tants, la Mau­ri­ta­nie de­meure lar­ge­ment in­ex­plo­rée, es­time M. Au­clair. « C’est comme l’Abi­ti­bi des an­nées 1930, dit-il. On est les pre­miers à re­tour­ner ces roches-là. »

Con­trai­re­ment à d’autres États de la ré­gion, le ter­ri­toire y est dé­jà car­to­gra­phié, cer­taines zones à des échelles de 1 : 250 000 et de 1 : 50 000.

Le 24 mars, Al­gold a fait un pla­ce­ment pri­vé de 7,5 mil­lions de dol­lars pour pour­suivre les tra­vaux à Ti­ji­rit. « On est en train de faire des fo­rages pour pu­blier des es­ti­més de res­sources dans les pro­chaines se­maines, les pro­chains mois », a dé­cla­ré M. Au­clair.

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