La grande mo­bi­li­sa­tion

Les Affaires - - Transfert d’entreprise - Trans­fert d’en­tre­prise Jean-Fran­çois Venne re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Le vieillis­se­ment des en­tre­pre­neurs qué­bé­cois fait craindre un manque de re­lève. Pour y re­mé­dier, plu­sieurs ini­tia­tives sur­gissent pour re­pé­rer des re­pre­neurs, mais sur­tout pour les mettre en contact avec des cé­dants et les ac­com­pa­gner dans le trans­fert d’en­tre­prise.

En mars 2015, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec crée le Centre de trans­fert d’en­tre­prise du Qué­bec (CTEQ), qui rem­place les centres de trans­fert d’en­tre­prise ré­gio­naux (CTE), comme l’ex­plique son PDG, Vincent Le­corne. « Le gou­ver­ne­ment vou­lait une ap­proche forte et har­mo­nieuse pour in­ter­ve­nir en trans­fert d’en­tre­prise sur l’en­semble du ter­ri­toire, ex­plique-t-il. Dé­sor­mais, toutes les ré­gions ont ac­cès à des conseiller­s et aux meilleures pra­tiques. »

Le CTEQ offre des for­ma­tions sur la pré­pa­ra­tion de la re­lève, l’ac­qui­si­tion ou la ces­sion d’une en­tre­prise ou en­core la réus­site d’un trans­fert de di­rec­tion. Il pro­pose aus­si le Pro­gramme de sou­tien à la re­prise col­lec­tive, qui ac­corde un ap­pui fi­nan­cier d’un mil­lion de dol­lars sur quatre ans, afin d’ai­der des em­ployés à ra­che­ter leur en­tre­prise.

Le CTEQ se­ra l’hôte, en mai 2017, à Mon­tréal, du pre­mier Som­met in­ter­na­tio­nal du re­pre­neu­riat. Des cher­cheurs qué­bé­cois, ca­na­diens et in­ter­na­tio­naux y pré­sen­te­ront no­tam­ment les plus ré­centes études sur les dif­fé­rents vo­lets du trans­fert d’en­tre­prise. Son ou­til le plus re­mar­quable est son In­dex, une banque de don­nées de cé­dants et de re­pre­neurs. L’ac­cès à ces don­nées confi­den­tielles se fait par l’in­ter­mé­diaire d’un conseiller du CTEQ et vise à mettre en contact les re­pre­neurs et les cé­dants.

« L’In­dex com­prend près de 3 200 re­pre­neurs, qui ont été ren­con­trés et dont l’in­té­rêt, les moyens fi­nan­ciers et les com­pé­tences ont été va­li­dés par nos conseiller­s, sou­tient M. Le­corne. La banque de don­nées compte aus­si 300 cé­dants. Donc, bien que les sta­tis­tiques fassent craindre une pé­nu­rie de re­pre­neurs, c’est plu­tôt de cé­dants que nous man­quons. Le pro­chain grand dé­fi du CTEQ se­ra d’ame­ner les cé­dants à se ma­ni­fes­ter. » L’In­dex com­porte éga­le­ment 500 ex­perts pou­vant in­ter­ve­nir dans le cadre d’un trans­fert d’en­tre­prise.

L’ac­com­pa­gne­ment au coeur de la réus­site

Du cô­té du Ré­seau M, on met le cap sur l’ac­com­pa­gne­ment grâce à une bri­gade d’une soixan­taine de men­tors ac­cré­di­tés en trans­fert d’en­tre­prise. « Pour être ac­cré­di­tés, ils doivent eux-mêmes avoir vé­cu ce pro­ces­sus, ex­plique le di­rec­teur gé­né­ral Pierre Du­ha­mel. Il ne s’agit pas d’être di­rec­tifs ou même d’agir comme des consul­tants. Nos men­tors sont sim­ple­ment là pour échan­ger avec les re­pre­neurs et les cé­dants, dis­cu­ter des dif­fé­rentes op­tions, de leurs mo­ti­va­tions, de leurs craintes, des meilleures ap­proches, etc. »

L’ac­com­pa­gne­ment est d’ailleurs au coeur de plu­sieurs ini­tia­tives en trans­fert d’en­tre­prise, af­firme Louise Ca­dieux, pro­fes­seure ti­tu­laire en ma­na­ge­ment à l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Trois-Ri­vières. Elle cite la pla­te­forme JOII, conçue par Maxime Paul­hus Gos­se­lin. Cet en­tre­pre­neur a vé­cu un trans­fert d’en­tre­prise fa­mi­liale avor­té en rai­son d’une com­mu­ni­ca­tion dif­fi­cile. Il a conçu une pla­te­forme ai­dant à ali­gner la vi­sion du cé­dant et celle du re­pre­neur, afin de fa­vo­ri­ser un trans­fert har­mo­nieux.

« Dans un trans­fert d’en­tre­prise, l’in­tan­gible est sou­vent plus fort que le tan­gible, pré­cise Louise Ca­dieux. S’il n’y a pas une bonne en­tente entre le re­pre­neur et le cé­dant dès le dé­part, en gé­né­ral, le trans­fert n’abou­tit pas. »

Tou­jours dans une op­tique d’ac­com­pa­gne­ment, Cha­nel Ale­pin, avocate au ca­bi­net Ale­pin Gau­thier Avo­cats, Edith Ar­se­nault, vice-pré­si­dente de Land­co Group (pro­prié­taire des bou­tiques Sé­duc­tion et Ro­mance), et Alexandre Ray­mond, de Ray­mond re­cherche de cadres, ont lan­cé le Groupe La Re­lève. Il s’agit d’un ré­seau d’une ving­taine de jeunes en­tre­pre­neurs dé­fi­nis comme la re­lève de leur en­tre­prise fa­mi­liale. Ils se ren­contrent pour échan­ger, as­sis­ter à des for­ma­tions et à des confé­rences.

Mes­sage re­çu

Ré­cem­ment, HEC Mon­tréal lan­çait un MOOC (un cours en ligne ou­vert et gra­tuit) sur les en­tre­prises fa­mi­liales. Conçu par le Centre des fa­milles en af­faires et des pro­fes­seurs de HEC Mon­tréal, le cours vise à dé­mys­ti­fier les en­tre­prises fa­mi­liales et à of­frir un es­pace de ré­flexion à ceux qui les di­rigent ou à la re­lève. HEC Mon­tréal pro­pose aus­si des dé­jeu­ners-cau­se­ries, des for­ma­tions et des col­loques aux re­pre­neurs. D’autres or­ga­ni­sa­tions, comme la Fon­da­tion des fa­milles en af­faires, dis­pensent des for­ma­tions, alors que le Grou­pe­ment des chefs d’en­tre­prise du Qué­bec a une cel­lule ré­ser­vée au trans­fert d’en­tre­prise qui mise beau­coup sur le men­to­rat et le coa­ching. Tout le monde se mo­bi­lise.

« On n’a plus le même dis­cours qu’il y a une ving­taine d’an­nées, quand j’ai com­men­cé à tra­vailler dans le do­maine du trans­fert d’en­tre­prise, re­con­naît Louise Ca­dieux. De plus en plus de gens, dans le pri­vé comme au gou­ver­ne­ment, com­prennent qu’il faut don­ner des ou­tils aux cé­dants et aux re­pre­neurs d’en­tre­prise pour qu’ils réus­sissent. Le mes­sage est pas­sé, et ces ou­tils se mul­ti­plient. »

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