PME : la col­la­bo­ra­tion à pe­tit prix

Les Affaires - - Espaces de travail - — FAN­NY BOU­REL

Les pe­tites en­tre­prises n’ont pas for­cé­ment les moyens de ré­amé­na­ger to­ta­le­ment leurs lo­caux pour s’of­frir des bu­reaux ul­tra-no­va­teurs. Ce­pen­dant, des so­lu­tions existent afin de rendre les es­paces de tra­vail plus col­la­bo­ra­tifs mal­gré un bud­get res­treint.

Il est pos­sible d’ins­tau­rer de pe­tites zones se prê­tant à la col­la­bo­ra­tion sans avoir à en­le­ver ou à ins­tal­ler des cloi­sons. Les spé­cia­listes du mo­bi­lier de bu­reau ont ima­gi­né des ban­quettes à très haut dos­sier qui per­mettent de créer une bulle pro­pice aux face-à-face.

Le ma­nu­fac­tu­rier qué­bé­cois Tek­nion Roy & Bre­ton est al­lé plus loin en conce­vant un co­con se­mi-fer­mé d’en­vi­ron 1,5 m de haut. Il est com­po­sé de deux so­fas se fai­sant face ain­si que de pa­rois en bois par­tiel­le­ment ajou­rées et re­cou­vertes de tis­su pour une meilleure iso­la­tion pho­nique. « Il s’agit de pro­po­ser un in­ter­mé­diaire entre les postes de tra­vail in­di­vi­duels et les salles de réunion, qui sont sou­vent constam­ment oc­cu­pées, tout en of­frant une in­ti­mi­té vi­suelle et acous­tique », ex­plique Martin Che­nette, di­rec­teur du de­si­gn in­dus­triel chez Tek­nion.

Au-de­là du mo­bi­lier, l’es­sen­tiel est de pro­po­ser des es­paces fa­ciles à uti­li­ser et pla­cés à des points stra­té­giques de croi­se­ment entre les per­sonnes. La culture de l’en­tre­prise doit elle aus­si évo­luer pour en­cou­ra­ger la col­la­bo­ra­tion. « Sou­vent, les em­ployés sont gê­nés de se rendre dans ces lounges, car do­mine en­core l’idée qu’il faut res­ter à son poste de tra­vail », re­marque Guy­laine Breault, as­so­ciée et stra­tège en en­vi­ron­ne­ment de tra­vail de la firme A2­de­si­gn.

Autre so­lu­tion pour évi­ter que cha­cun reste de son cô­té : em­ployer des tables ou des poufs mo­biles. Ces ac­ces­soires op­ti­misent les postes in­di­vi­duels en les trans­for­mant en lieu de tra­vail col­lec­tif. Ain­si, les vi­sites im­promp­tues au cu­bi­cule d’un col­lègue peuvent de­ve­nir des mo­ments pro­duc­tifs.

La cui­sine, un po­ten­tiel in­ex­ploi­té

Les en­tre­prises qui ne sou­haitent pas se lan­cer dans une mé­ta­mor­phose com­plète de leurs lo­caux peuvent aus­si concen­trer leurs ef­forts sur une pièce sou­vent sous-uti­li­sée : la cui­sine. « C’est du gâ­chis si elle ne sert que pour les lunchs, dit Martin Che­nette. Les pe­tites en­tre­prises sous-es­timent sou­vent cet es­pace. » En la ren­dant plus cha­leu­reuse et plus in­vi­tante, on peut amé­na­ger cette pièce pour ac­cueillir des séances de tra­vail, des réunions, des for­ma­tions ou en­core des 5 à 7.

Tech­noCom­pé­tences, un OBNL, l’a bien com­pris : lors­qu’il a re­grou­pé sa di­zaine d’em­ployés au sein d’une aire ou­verte il y a en­vi­ron un an, la cui­sine n’a pas été né­gli­gée. Le co­mi­té sec­to­riel de la maind’oeuvre des TIC au Qué­bec y a ajou­té un îlot de 6 m de long. « En plus des dî­ners, ce­la sert à or­ga­ni­ser des réunions in­for­melles, et donc, à créer des oc­ca­sions d’échange, ob­serve Vincent Corbeil, di­rec­teur gé­né­ral par in­té­rim. La cui­sine est au­jourd’hui un es­pace-clé de nos lo­caux. » Un constat qui ne sur­prend pas Guy­laine Breault. « Si on se ras­semble et qu’on so­cia­lise, on dé­ve­loppe la confiance et, en fin de compte, la col­la­bo­ra­tion. »

Les ta­bleaux blancs sont éga­le­ment un moyen peu coû­teux de fa­vo­ri­ser l’échange et la par­ti­ci­pa­tion au sein des équipes. « Cha­cun peut y écrire ses idées, pré­cise-t-elle. C’est simple, mais ce­la fait une grande dif­fé­rence. » D’ailleurs, Tek­nion fa­brique un pan­neau di­vi­seur sur rou­lettes : l’un des cô­tés est re­vê­tu de tis­su pour une meilleure acous­tique et l’autre ac­cueille un ta­bleau blanc. Ce pro­duit s’est ven­du 10 fois plus que pré­vu.

Tech­noCom­pé­tences a lui aus­si fait ins­tal­ler un grand ta­bleau blanc dont il se sert pour ap­pli­quer la mé­thode agile, très po­pu­laire dans l’in­dus­trie des TI. « Ce­la a vrai­ment amé­lio­ré la com­pré­hen­sion de ce que cha­cun fait et du tra­vail qui reste à ac­com­plir », dé­clare Vincent Corbeil.

Si l’amé­na­ge­ment d’un es­pace de tra­vail contri­bue à mo­di­fier les com­por­te­ments, c’est sur­tout l’état d’es­prit de l’en­tre­prise et sa culture or­ga­ni­sa­tion­nelle qui doivent chan­ger pour faire émer­ger la col­la­bo­ra­tion. Heu­reu­se­ment pour les pe­tites struc­tures, dé­cloi­son­ner sa ma­nière de pen­ser ne coûte rien !

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.