Que pen­ser d’un in­ves­tis­se­ment dans le pétrole?

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Lors­qu’on parle de pétrole, on parle de de­mande de pétrole, de crois­sance éco­no­mique, de crises éco­no­miques, d’offre de pétrole, de po­li­tique, de guerres, de ré­serves stra­té­giques de pétrole, de spé­cu­la­tion, de ma­ni­pu­la­tions de prix, et j’en passe. En voi­ci des exemples:

1- La de­mande mon­diale de pétrole aug­mente, mais le prix du ba­ril chute au NYMEX. La rai­son: l’offre aug­mente en rai­son de la re­prise de l’ex­trac­tion de pétrole de schiste. (2016-2017)

2- Le prix du ba­ril de pétrole re­bon­dit à la suite de la ces­sa­tion des ac­ti­vi­tés d’un port li­byen à cause des hos­ti­li­tés entre bel­li­gé­rants dans la ré­gion. (2017)

3- Le Ni­gé­ria triche quant à son quo­ta de pro­duc­tion de pétrole. L’Ara­bie Saou­dite ré­torque pu­bli­que­ment qu’il faut tri­cher en­semble et ouvre les valves. Ré­sul­tat: le prix du ba­ril s’ef­fondre. (1984-1985)

4- La Rus­sie (pays non-membre de l’OPEP) s’en­tend avec l’OPEP pour di­mi­nuer sa pro­duc­tion de 400000 ba­rils/jour afin de sou­te­nir le prix du brut. (2016)

5- Mal­gré la crise fi­nan­cière, le pétrole est en­core à 150$ US le ba­ril. (2008)

Ce n’est pas tout. Ce n’est qu’une in­fime par­tie de ce qui peut se pas­ser.

Avouez qu’il y a de quoi en perdre son la­tin. Il faut avoir la tête et les yeux par­tout dans le monde (24h sur 24h) pour com­prendre quelque chose au prix du brut.

Faut-il in­ves­tir une par­tie de son por­te­feuille dans le pétrole? Ça dé­pend de cha­cun, mais je se­rais por­té à dire que oui.

Le pour­quoi est pré­sen­té ci-des­sous, mais d’abord un mot sur la fa­çon de faire.

L’ap­proche ris­quée et dif­fi­cile

Ache­tez des contrats à terme sur le pétrole.

Un contrat à terme est une en­tente contrai­gnante entre deux par­ties (ache­teur et ven­deur). Ce contrat est à terme dans la me­sure où il sti­pule que les deux par­ties s’en­gagent à né­go­cier dans un ave­nir pré­dé­ter­mi­né (à terme) une quan­ti­té don­née d’un bien, à un prix fixé au­jourd’hui. Ce contrat est contrai­gnant dans la me­sure où il exige la li­vrai­son. Par exemple, le prix du brut que vous voyez à la té­lé­vi­sion ou dans les jour­naux est le prix pour li­vrai­son dans un mois, con­trai­re­ment au prix SPOT (au comp­tant) qu’on ne voit que ra­re­ment. Ain­si, si vous pen­sez que le prix du brut va aug­men­ter, di­sons à 60$ US, vous n’avez qu’à ache­ter un contrat à terme sur ce pro­duit pour li­vrai­son dans 3 mois. Si vous avez rai­son et que le prix monte à 55$ US (il est à en­vi­ron 50$ US au­jourd’hui), vous n’au­rez qu’à vendre votre contrat et réa­li­se­rez un pro­fit de 5$ US mul­ti­plié par la quan­ti­té stan­dard sous-ja­cente. Si vous vous trom­pez et que le prix baisse, vous n’au­rez qu’à vendre votre contrat et ac­cep­ter la perte.

Le dan­ger avec les contrats à terme, c’est que le temps joue contre vous. Les contrats stan­dards ne durent guère plus que 2 ans. Si ja­mais vous ou­bliez votre contrat et que l’échéance ar­rive, vous de­vez (c’est une obli­ga­tion) soit li­vrer le pro­duit, soit ac­cep­ter la li­vrai­son. Ce n’est pas un ca­deau, ni fi­nan­ciè­re­ment, ni phy­si­que­ment. Le temps de­vient votre en­ne­mi.

Ces contrats ne coûtent pra­ti­que­ment rien à né­go­cier, mais exigent une marge sub­stan­tielle (et par consé­quent, une mise de fonds dans votre compte chez le cour­tier). D’autre part, votre cour­tier doit avoir les per­mis né­ces­saires pour né­go­cier des contrats à terme (ce qui n’est pas évident). Une so­lu­tion plus simple et moins ris­quée L’autre so­lu­tion est d’ache­ter des ac­tions d’une pé­tro­lière so­lide. Il y en a quelques-unes dans le monde. Mon choix s’est ar­rê­té sur Bri­tish Pe­tro­leum (BP, 34,99$ US). Mal­gré l’ac­ci­dent de Deep Wa­ter Ho­ri­zon au large de la Loui­siane, en 2010, quelque 40 G$ US plus tard, BP reste une en­tre­prise so­lide. L’ac­tion se né­go­cie à 1,15 fois la va­leur aux livres, 1,72 fois les ventes par ac­tion. La va­leur de l’en­tre­prise n’est pen­dant ce temps que de 0,79 fois les re­ve­nus (180 G$ US). Par contre, le ren­de­ment de l’avoir des ac­tion­naires est faible (0,18%), et le ren­de­ment du di­vi­dende est plu­tôt mince (1,18%). Ces deux der­niers chiffres, ain­si que le cours de l’ac­tion (en­vi­ron 35$ US), re­flètent d’une part la fai­blesse du prix du pétrole et d’autre part, l’ac­ci­dent de 2010 et ses consé­quences ju­di­ciaires. En dé­pit de ces obs­tacles, BP af­fiche un cous­sin fi­nan­cier de quelque 23,5 G$ US et un fonds de rou­le­ment de 10,6 G$ US. C’est une en­tre­prise par­fai­te­ment in­té­grée verticalem­ent et di­ver­si­fiée géo­gra­phi­que­ment (pré­sente dans 52 pays) pour mi­ni­mi­ser le risque po­li­tique. Avec une re­prise de la de­mande mon­diale de pétrole (sur­tout en pro­ve­nance des éco­no­mies émer­gentes) et un as­sai­nis­se­ment du cli­mat mon­dial, cette en­tre­prise re­lè­ve­ra ré­gu­liè­re­ment son di­vi­dende et amé­lio­re­ra ses ré­sul­tats. Com­pa­rée à un concur­rent aus­si co­riace que Exxon Mo­bile (XOM, 81,69$ US), qui a eu son lot de mal­chances, en par­ti­cu­lier avec l’ac­ci­dent de l’Exxon Val­dez, BP semble aus­si so­lide, ré­si­liente et sur­tout moins chère. Un pe­tit hic, mais voi­ci pour­quoi il est pe­tit Évi­dem­ment, cer­tains se de­man­de­ront s’il n’y a pas un risque pour les prix pé­tro­liers à long terme en rai­son de l’aug­men­ta­tion de l’offre en pro­ve­nance des schistes. Si l’offre aug­mente chaque fois que les prix grimpent, ceux-ci risquent de ne pas mon­ter très for­te­ment.

Vrai­ment, ce n’est pas évident. Mais on peut ap­por­ter quelques élé­ments de ré­ponse. Dans un ar­ticle pu­blié le 12 mai 2015 dans le ma­ga­zine In­ves­to­pe­dia, An­drew Beat­tie nous cite quelques chiffres in­té­res­sants: en Ara­bie Saou­dite, au Moyen-Orient en gé­né­ral, et en Afrique du Nord, le coût de pro­duc­tion d’un ba­ril de pétrole est en de­çà de 10$ US. Le pétrole de la mer du Nord et d’Hi­ber­nia ain­si que ce­lui des sables bi­tu­mi­neux flirtent avec les 70$ US. Quant au pétrole de schiste, son coût le moins éle­vé a été ob­ser­vé au Texas, à 40$ US. Ailleurs, ce coût se si­tue entre 50 et 70$ US. Il peut aus­si al­ler jus­qu’à 90$ US le ba­ril. On no­te­ra qu’une bonne par­tie de l’offre sup­plé­men­taire à ve­nir semble de­voir être à un coût su­pé­rieur aux prix ac­tuels.

Consi­dé­rons main­te­nant que les puits de pétrole de schiste ont des ré­serves peu im­por­tantes et que leur ex­ploi­ta­tion est une ques­tion de court terme et non stra­té­gique. Le fin mot de l’his­toire est que le pétrole de schiste peut per­tur­ber l’offre de brut à court terme, mais cer­tai­ne­ment pas à long terme. La plu­part des ex­perts en pétrole s’en­tendent en fait pour dire qu’à l’ho­ri­zon 2022-23 (ce qui n’est pas loin), l’offre de pétrole ne se­ra pas suf­fi­sante puisque les grands pro­duc­teurs ont dé­lais­sé tem­po­rai­re­ment les grands pro­jets por­teurs. Y au­rait-il un dan­ger en vue pour les membres de l’OPEP, la Rus­sie, le Ka­za­khs­tan et d’autres grands pro­duc­teurs? La ré­ponse est dé­fi­ni­ti­ve­ment NON à plus ou moins long terme.

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