L’in­tel­li­gence ar­ti­ci­fielle et les sciences de la vie : des axes de re­cherche pro­met­teurs

Les Affaires - - Valorisati­on De La Recherche - Va­lo­ri­sa­tion de la re­cherche – SI­MON LORD

et en po­li­tiques de re­cherche. Il a aus­si été le fon­da­teur et le PDG de la SATT Grand Centre, à Clermont Fer­rand, entre 2013 et 2015.

« Là-bas, les SATT ont un bud­get qui leur per­mettent d’in­ves­tir dans leurs tech­no­lo­gies, alors qu’ici il faut al­ler cher­cher du fi­nan­ce­ment ex­terne, dit-il. Je crois que c’est une force du sys­tème fran­çais en com­pa­rai­son du nôtre. »

3 500 em­plois créés

Les so­cié­tés de va­lo­ri­sa­tion amènent beau­coup d’eau au mou­lin éco­no­mique de la pro­vince. Se­lon Ali­go, les SVU ont au fil des ans don­né nais­sance à 85 en­tre­prises qui sont tou­jours ac­tives, en plus de créer 3 500 em­plois au sein de celles-ci et d’at­ti­rer 610 mil­lions de dol­lars en in­ves­tis­se­ments réa­li­sés par des tiers. Et, se­lon le mi­nis­tère de l’Éco­no­mie, de la Science et de l’In­no­va­tion, les SVU on trai­té plus de 999 dé­cla­ra­tions d’in­ven­tion au cours de la pé­riode 2012-2015.

Le cycle de la va­lo­ri­sa­tion est tou­te­fois as­sez long. Il s’écoule gé­né­ra­le­ment de 10 à 15 ans entre le mo­ment où est ef­fec­tuée une dé­cla­ra­tion d’in­ven­tion et ce­lui au­quel celle-ci com­mence à gé­né­rer des re­ve­nus im­por­tants. C’est ce que montre l’ex­pé­rience de l’Uni­ver­si­té Stan­ford, qui a com­men­cé à faire de la va­lo­ri­sa­tion de fa­çon struc­tu­rée en 1980. Comme les SVU ont été créées il y a une quin­zaine d’an­nées seule­ment, l’ex­pé­rience de l’uni­ver­si­té amé­ri­caine sug­gère que leurs plus grandes re­tom­bées fi­nan­cières sont à ve­nir.

Les re­tom­bées de la va­lo­ri­sa­tion de la re­cherche ne se li­mitent pas aux re­ve­nus en­gen­drés par les SVU. La plu­part des tech­no­lo­gies uti­li­sées au­jourd’hui ont pro­fi­té des ef­forts de va­lo­ri­sa­tion de la re­cherche. Si Apple a connu un suc­cès monstre avec son iP­hone, par exemple, le gé­nie de Steve Jobs reste d’avoir in­té­gré des tech­no­lo­gies et non pas de les avoir créées, ex­plique Anne-Ma­rie La­rose.

« Les piles au li­thium, le GPS, l’écran tac­tile et l’ap­pli­ca­tion de com­mande vo­cale Si­ri ont tous été dé­ve­lop­pés avec des fonds pu­blics, dit-elle. C’est sou­vent dans les uni­ver­si­tés que sont conçues les tech­no­lo­gies de rup­ture. »

Une grappe en de­ve­nir

Pas­cal Mo­nette, PDG de l’As­so­cia­tion pour le dé­ve­lop­pe­ment de la re­cherche et de l’in­no­va­tion du Qué­bec, juge lui aus­si que l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est un do­maine qui a le vent dans les voiles. Il men­tionne no­tam­ment le fi­nan­ce­ment de 100 mil­lions de dol­lars is­su de la Stra­té­gie qué­bé­coise de la re­cherche et de l’in­no­va­tion, ac­cor­dé en mai der­nier pour la créa­tion et le dé­ve­lop­pe­ment d’une grappe qué­bé­coise en IA au cours des cinq pro­chaines an­nées.

« La grappe de­vien­dra un éco­sys­tème qui fe­ra le lien entre les cher­cheurs et l’in­dus­trie pour faire non seule­ment de la re­cherche fon­da­men­tale, mais aus­si de la re­cherche pra­tique afin de ré­pondre aux be­soins des en­tre­prises ou de dé­ve­lop­per et de mettre en mar­ché de nou­veaux pro­duits », dit Pas­cal Mo­nette.

La grappe, qui vise la re­cherche, la for­ma­tion, l’in­no­va­tion ain­si que la créa­tion d’en­tre­prises, s’ar­ti­cu­le­ra au­tour de l’Ins­ti­tut de va­lo­ri­sa­tion des don­nées, qui compte 900 scien­ti­fiques et 150 cher­cheurs.

M. Mo­nette es­time que l’IA pour­rait gé­né­rer des pro­jets concrets, comme des fau­teuils rou­lants au­to­ma­ti­sés ca­pables de se dé­pla­cer seuls ou de ré­pondre à des com­mandes vo­cales, des al­go­rithmes pou­vant ana­ly­ser des don­nées com­plexes dans le sec­teur mé­di­cal, ou en­core des ap­pa­reils mé­di­caux pou­vant dé­ce­ler des tu­meurs sur une ra­dio­gra­phie.

D’autres ap­pli­ca­tions concrètes se­ront sans doute mises au point dans des sec­teurs clés tels que l’éner­gie, le trans­port et la lo­gis­tique, le com­merce et la fi­nance.

Le do­maine des sciences de la vie est éga­le­ment pro­met­teur pour la va­lo­ri­sa­tion. Pas­cal Mo­nette ex­plique que les do­maines d’ex­per­tise, au Qué­bec, en­globent la car­dio­lo­gie, les neu­ros­ciences, l’on­co­lo­gie, l’in­fec­tio­lo­gie, la gé­no­mique, l’ima­ge­rie, la san­té nu­mé­rique, la ré­adap­ta­tion et la mé­de­cine spor­tive. « Ces forces sont tri­bu­taires de la re­cherche ef­fec­tuée dans les éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment su­pé­rieur », dit-il.

M. Si­mo­neau juge qu’il y au­rait des bé­né­fices à va­lo­ri­ser da­van­tage la re­cherche ef­fec­tuée dans des do­maines qui, comme les sciences hu­maines, sont moins ci­blés par la va­lo­ri­sa­tion. Il y au­rait se­lon lui de grands avan­tages à ef­fec­tuer des rap­pro­che­ments entre ces do­maines de re­cherche et le mi­lieu éco­no­mique. Il cite en exemple les fa­cul­tés de psy­cho­lo­gie et note que les cher­cheurs dans ce do­maine com­mer­cia­lisent de­puis long­temps des tests, comme ceux me­su­rant l’in­tel­li­gence ou la per­son­na­li­té, qui sont par­fois uti­li­sés en en­tre­prise pour éva­luer et com­prendre des can­di­dats. « Et ça, ce n’est pas sor­ti d’une fa­cul­té de chi­mie, de math ou de gé­nie, dit M. Si­mo­neau. Pour­tant, les re­tom­bées d’une telle va­lo­ri­sa­tion ont été très grandes. On peut main­te­nant mieux com­prendre com­ment fonc­tionne l’être hu­main. »

Une plus grande connexion entre le mi­lieu éco­no­mique et les fa­cul­tés uni­ver­si­taires où on fait moins de va­lo­ri­sa­tion per­met­trait éga­le­ment d’ap­pro­fon­dir les ré­flexions dans le monde des af­faires – une forme de va­lo­ri­sa­tion du sa­voir uni­ver­si­taire. Les cher­cheurs des sciences so­ciales, par exemple, ont une vi­sion et une com­pré­hen­sion par­ti­cu­lières du com­por­te­ment hu­main qui peuvent contri­buer à en­vi­sa­ger des in­no­va­tions pro­fi­tables, même s’il ne s’agit pas de mettre au jour une nou­velle tech­no­lo­gie. Ain­si, Fa­ce­book et Lin­kedIn dé­montrent bien qu’il est pos­sible d’in­no­ver sans in­ven­ter.

« Ces ré­seaux so­ciaux ont du suc­cès non pas parce que la tech­no­lo­gie est hors de l’or­di­naire, mais plu­tôt parce que des en­tre­pre­neurs ont com­pris que les gens veulent faire par­tie de ré­seaux so­ciaux et que l’être hu­main dé­sire com­mu­ni­quer. »

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