Nou­veau souffle chez Meubles Pa­var

Les Affaires - - Billet | Sommaire - Si­mon Lord re­dac­tion­le­saf­[email protected] Re­lève fa­mi­liale

Mi­chael Di Pao­lo a ra­che­té en 2004 l’en­tre­prise de fa­bri­ca­tion de chaises que son père Ni­co­la avait fon­dée en 1983, Meubles Pa­var. Ce n’est tou­te­fois pas à ce mo­ment-là que la fa­mille a fait face aux plus grands dé­fis de son trans­fert, mais bien un peu plus de 10 ans plus tôt.

En 1991, Mi­chael Di Pao­lo étu­die en ma­thé­ma­tiques à l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia. Un beau jour, alors qu’il vient de ter­mi­ner ses études et d’ac­cep­ter un em­ploi à To­ron­to, il re­çoit un ap­pel de son père. Les af­faires sont tran­quilles. Ni­co­la est in­ca­pable de vendre ou de prendre de l’ex­pan­sion. Il de­mande donc à son fils de ve­nir l’ai­der, mais seule­ment pour six mois. « J’y suis al­lé, et je ne suis ja­mais re­par­ti », ra­conte Mi­chael Di Pao­lo.

À ce mo­ment-là, il est dé­jà à l’aise dans l’en­tre­prise puis­qu’il y a tra­vaillé dès l’ou­ver­ture. Sauf que là, plu­tôt que de tra­vailler comme ou­vrier sur les ma­chines de l’usine comme au­pa­ra­vant, il se re­trouve dans les bu­reaux. Il tente d’amé­lio­rer le mar­ke­ting en ré­in­ven­tant l’image de marque de l’en­tre­prise, et fait la tour­née des foires com­mer­ciales. Il com­mu­nique avec des ar­chi­tectes et des de­si­gners, construit même un site web pour l’en­tre­prise. Il met aus­si sur pied une salle de montre. Son but : ra­vi­ver les ventes, qui ont souf­fert en rai­son de la concur­rence des chaises à bas prix im­por­tées d’Eu­rope. Il dé­cide aus­si de mo­der­ni­ser l’en­tre­prise. Il met en avant sa vo­lon­té de com­men­cer à uti­li­ser des or­di­na­teurs et des ma­chines plus ef­fi­caces, mais le comp­table part parce qu’il ne connaît rien à l’in­for­ma­tique.

Ra­che­ter ou ne pas ra­che­ter ?

« Ces deux ou trois an­nées-là ont été les plus dif­fi­ciles. Une dis­pute écla­tait chaque se­maine entre mon père et moi. On avait du mal à com­mu­ni­quer. On avait cha­cun notre vi­sion du monde et de son évo­lu­tion », dit Mi­chael Di Pao­lo. Cer­tains jours, il pense même quit­ter le ba­teau. Après quelques an­nées, le cli­mat s’adou­cit quand la fa­mille constate que l’ap­proche de Mi­chael at­tire les clients et que les re­ve­nus nou­vel­le­ment en­gran­gés ont per­mis à Pa­var de rem­bour­ser ses dettes.

Le choix de la re­lève, sui­vi du trans­fert de l’en­tre­prise, en 2004, s’est mon­tré plus ba­nal. Le frère de Mi­chael tra­vaillait dans le do­maine de la san­té, alors que sa soeur n’était pas in­té­res­sée à re­prendre Pa­var. Vendre l’en­tre­prise au­rait par ailleurs été très dif­fi­cile parce qu’elle exerce ses ac­ti­vi­tés dans un mar­ché ni­ché : con­trai­re­ment aux autres fa­bri­cants de chaises de Montréal, Pa­var ne ma­nu­fac­ture pas ses pro­duits à par­tir de car­casses pré­fa­bri­quées. Elle les fait en en­tier, sur me­sure. Un ache­teur ayant peu d’ex­per­tise dans le do­maine de la chaise au­rait donc eu de la dif­fi­cul­té à bien gé­rer l’en­tre­prise. Il res­tait Mi­chael.

« Mon père di­sait sou­vent : "Si un jour tu veux re­prendre l’en­tre­prise..." J’y ai ré­flé­chi. Je di­sais : "Peut-être." En 2004, j’ai sen­ti que j’étais prêt. Je gé­rais Pa­var de­puis long­temps dé­jà. Je l’ai donc ra­che­tée », dit-il.

Ex­pert et fier

Au­jourd’hui, l’en­tre­prise fa­brique 200 000 chaises par an­née dans son usine de Saint-Laurent, dont la su­per­fi­cie est de 50 000 pi2, soit cinq fois la sur­face du bâ­ti­ment où elle était ins­tal­lée de 1983 à 2004. Pa­var réa­lise des ventes an­nuelles de 5 à 10 mil­lions de dol­lars, dont les trois quarts sont faites aux États-Unis. Sa clien­tèle – des écoles, des hô­tels et des res­tau­rants – com­prend no­tam­ment Dis­ney et Hard Rock Cafe. Le pro­chain dé­fi de l’en­tre­prise : se lan­cer dans la fa­bri­ca­tion ro­bo­ti­sée d’ici trois à cinq ans.

Ni­co­la, fon­da­teur de Pa­var et père de Mi­chael, âgé de 83 ans, conti­nue de vi­si­ter l’en­tre­prise une fois par se­maine, ha­bi­tuel­le­ment le lun­di ou le mar­di, entre 10 h et mi­di. Son ex­per­tise est tou­jours pré­cieuse.

« Sa connais­sance du bois est consi­dé­rable, dit Mi­chael. Quand j’ai un pro­blème, c’est lui que j’ap­pelle en pre­mier. Mon père est un homme de peu de mots, mais notre vo­lume de vente est de 20 à 30 fois ce qu’il était avant, alors je crois qu’il est fier de ce qu’on a ac­com­pli. »

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Mi­chael Di Pao­lo a re­pris l’en­tre­prise de fa­bri­ca­tion de chaises que son père Ni­co­la avait fon­dée, Meubles Pa­var.

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