C’est trop long...

Les Affaires - - Sommaire - Ju­lie Cailliau Ré­dac­trice en chef, Groupe Les Af­faires ju­lie.cailliau@tc.tc @ju­lie140c

Comme « 10199 » autres per­sonnes, j’ai res­pi­ré le même air que Mi­chelle Oba­ma au Pa­lais des congrès de Mon­tréal, dé­but fé­vrier. Oui, je sais, je suis en re­tard pour vous en par­ler. Vous ad­met­trez tout de même que la cause des femmes et, plus gé­né­ra­le­ment, celle de la di­ver­si­té, est un su­jet qui ne s’épui­se­ra pas de si­tôt. En­ten­dez-moi bien, j’ai­me­rais qu’on puisse pas­ser à un autre ap­pel. Ça vou­drait dire que la ques­tion est ré­glée. À l’ap­proche de la 44e Jour­née in­ter­na­tio­nale des femmes, on en est loin. Même au Ca­na­da.

Une étude pu­bliée la se­maine der­nière, com­man­di­tée par l’Uni­ver­si­té Car­le­ton, BMO, le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da et les consul­tants de The Bea­con Agen­cy, rap­porte que « nombre des en­tre­pre­neures in­ter­ro­gées ont dit ne pas se sen­tir bien­ve­nues ou in­cluses dans l’axe d’in­ter­ven­tion des ré­seaux d’af­faires, des in­cu­ba­teurs et des ac­cé­lé­ra­teurs. Les femmes au­toch­tones en­tre­pre­neures ont dit de­voir re­le­ver ces mêmes dé­fis, en sus d’autres far­deaux comme les pré­ju­gés et le manque d’ac­cès à la for­ma­tion en­tre­pre­neu­riale dans les ré­serves ». En juin der­nier, c’est McKin­sey qui consta­tait que le Ca­na­da fait du sur-place en ma­tière d’équi­té de­puis 20 ans et qu’au rythme ac­tuel, il lui fau­drait de 30 à 180 ans pour ef­fa­cer les écarts qui pé­na­lisent les femmes.

In­sup­por­ta­ble­ment trop long. Je com­prends donc que Mi­chelle Oba­ma se soit mon­trée si ca­té­go­rique dans son dis­cours. Pour at­teindre l’éga­li­té, « il faut s’en don­ner l’ob­jec­tif, et les mieux pla­cés pour le faire, ce sont les hommes... c’est un peu ef­frayant, n’est-ce pas? » Rires dans la salle, mais la pique était acé­rée.

Le risque, avec un dis­cours qui met tous les hommes dans le même pa­nier, c’est une bien-pen­sance qui va­lo­ri­se­rait sys­té­ma­ti­que­ment des stan­dards ex­clu­si­ve­ment fé­mi­nins, alors que l’ob­jec­tif n’est pas de rem­pla­cer les hommes par les femmes, mais bien de les unir. La ri­chesse ré­side dans la di­ver­si­té (com­bien de fois fau­dra-t-il le rap­pe­ler...). Le Qué­bec pour­rait ajou­ter de 7 % à 9% à son PIB d’ici 2026 grâce à la pa­ri­té, se­lon McKin­sey.

Il faut donc ame­ner le ba­lan­cier au centre, pas à l’autre ex­trême. D’ailleurs, Mme Oba­ma a bien pris soin de ne pas vous an­ta­go­ni­ser, mes­sieurs, en glis­sant plu­sieurs fois « je ne dis pas ça comme une cri­tique ». N’em­pêche, c’est sur les épaules des hommes qu’elle fait re­po­ser la res­pon­sa­bi­li­té de la di­ver­si­té de genres. « Vous de­vrez vous son­der l’âme, vous de­man­der à quel point vous êtes prêt à cé­der de votre pou­voir. »

C’est brut, mais c’est vrai. On peut bien de­man­der aux femmes de « lean in », d’af­fi­cher leurs am­bi­tions, de s’en­trai­der, de se trans­cen­der – et elles sont de plus en plus nom­breuses à le faire –, il n’en reste pas moins que l’ai­guille ne bou­ge­ra pas avant long­temps si les hommes ne s’en re­mettent plus sou­vent au lea­der­ship fé­mi­nin.

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