GÉ­RER À L’ÈRE DU PLEIN EM­PLOI ET DES PÉ­NU­RIES

Les Affaires - - Front Page - Mia Hom­sy re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc

Comme l’an der­nier, le mar­ché de l’em­ploi est en pleine ef­fer­ves­cence au Qué­bec. En dé­cembre 2017, le taux de chô­mage est tom­bé à 5%. Deux phé­no­mènes ex­pliquent ce creux his­to­rique: l’éco­no­mie a dé­pas­sé les at­tentes et la po­pu­la­tion vieillit, ce qui fait ré­tré­cir le bas­sin de main-d’oeuvre po­ten­tiel. Il sem­ble­rait donc que le plein em­ploi soit at­teint. D’ailleurs, les pé­nu­ries de main-d’oeuvre s’ag­gravent dans di­vers sec­teurs, de sorte que les em­ployeurs cherchent de nou­velles fa­çons d’at­ti­rer des gens qua­li­fiés.

Les chiffres en disent long. Pour la pre­mière fois en plus de 10 ans, nous as­sis­tons à une troi­sième an­née consé­cu­tive de créa­tion nette d’em­plois. De­puis le dé­but de 2015, plus de 220000em­plois, ma­jo­ri­tai­re­ment à temps plein, ont été créés au Qué­bec. Entre les troi­sièmes tri­mestres de 2016 et de 2017, le nombre de postes va­cants a gros­si de 30%, pour at­teindre presque 90000. Se­lon la Fé­dé­ra­tion ca­na­dienne de l’en­tre­prise in­dé­pen­dante, en jan­vier 2018, près de 40% des pe­tites en­tre­prises ca­na­diennes sou­li­gnaient que le manque de tra­vailleurs qua­li­fiés frei­nait leur pro­duc­tion.

D’autres phé­no­mènes in­diquent que la si­tua­tion se com­plexi­fie­ra au cours de la pro­chaine dé­cen­nie: la dé­mo­gra­phie et l’ac­cé­lé­ra­tion du chan­ge­ment tech­no­lo­gique.

D’après les pré­vi­sions, entre 2015 et 2024, un mil­lion de tra­vailleurs de­vraient prendre leur re­traite au Qué­bec. En 2030, il y au­ra 140000 tra­vailleurs de moins et 630000 re­trai­tés de plus. Pa­ral­lè­le­ment, l’au­to­ma­ti­sa­tion et la ro­bo­ti­sa­tion vien­dront bou­le­ver­ser les pra­tiques. On es­time qu’en­vi­ron 1,4 mil­lion de tra­vailleurs qué­bé­cois se­ront tou­chés (nou­velles tâches, nou­veaux chô­meurs tech­no­lo­giques, per­sonnes en si­tua­tion de sous-em­ploi ou en quête de nou­velles for­ma­tions). Les mé­tiers né­ces­si­tant un tra­vail cog­ni­tif non rou­ti­nier se­ront plus à l’abri des ro­bots et des lo­gi­ciels in­tel­li­gents (tâches exi­geant des ca­pa­ci­tés d’ana­lyse non stan­dar­di­sée, de l’im­pro­vi­sa­tion, de la ré­so­lu­tion de pro­blèmes nou­veaux, de la créa­ti­vi­té, de la trans­mis­sion de sa­voir, de la su­per­vi­sion d’autres per­sonnes, de l’au­to­no­mie et des ap­ti­tudes so­ciales).

Bien sûr, une meilleure in­té­gra­tion des im­mi­grants au mar­ché du tra­vail et la ré­ten­tion des tra­vailleurs de 55 ans et plus de­meurent es­sen­tielles. D’im­por­tants ef­forts sont consen­tis à cet égard, mais il fau­dra en faire da­van­tage. L’au­to­ma­ti­sa­tion et la ro­bo­ti­sa­tion se­ront-elles la so­lu­tion à la pé­nu­rie de main-d’oeuvre? À moyen terme, les ro­bots ai­de­ront pro­ba­ble­ment, mais à long terme, ils fe­ront res­sor­tir l’en­jeu vé­ri­table : la for­ma­tion. Les trans­for­ma­tions du mar­ché du tra­vail s’ac­cé­lé­re­ront et les tra­vailleurs de­vront être ou­tillés pour s’adap­ter en conti­nu à de nou­velles exi­gences im­po­sées par la tech­no­lo­gie.

La so­lu­tion pas­se­ra donc in­évi­ta­ble­ment par l’offre d’une for­ma­tion de qua­li­té, conti­nue, ac­ces­sible et flexible. Cette res­pon­sa­bi­li­té in­combe en pre­mier lieu au gou­ver­ne­ment, mais c’est aus­si une ques­tion so­cié­tale qui exi­ge­ra une col­la­bo­ra­tion et une co­or­di­na­tion meilleures entre les en­tre­prises, le mi­nis­tère de l’Em­ploi et le mi­lieu de l’édu­ca­tion.

la Mia Hom­sy

est di­rec­trice gé­né­rale de l’Ins­ti­tut du Qué­bec (IdQ) de­puis sa fon­da­tion, en fé­vrier 2014.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.