À chaque cycle, le Ca­na­da in­vite les scan­dales

Les Affaires - - Marchés en action - Do­mi­nique Beau­champ do­mi­nique.beau­champ@tc.tc @beau­champ_­dom

On sait dé­jà que la Bourse ca­na­dienne ivaut à seule­ment 3% de la va­leur bour­sière mon­diale et que sa concen­tra­tion dans les res­sources la mar­gi­na­lise. L’in­dice S&P/TSX compte éga­le­ment bien peu de so­cié­tés des in­dus­tries de la tech­no­lo­gie et de la san­té.

Ces ca­rences à com­bler ex­pliquent sans doute pour­quoi la Bourse ca­na­dienne est pé­rio­di­que­ment pol­luée par de nou­veaux sec­teurs spé­cu­la­tifs que le laxisme des règles lo­cales fa­ci­lite.

Par consé­quent, le Ca­na­da est de­ve­nu une plaque tour­nante pour les mi­neurs de cryp­to­mon­naies tels que Hive Blo­ck­chain Tech­no­lo­gies (HIVE, 1,18$) et de mé­taux rares tels que Li­ber­ty One Li­thium (LBY, 0,38$), ain­si que pour les pro­duc­teurs de ma­ri­jua­na. Ces trois in­dus­tries po­pu­laires au­près des pe­tits in­ves­tis­seurs à la fin d’un mar­ché haus­sier n’ajou­te­ront rien à la ré­pu­ta­tion de la Bourse ca­na­dienne à long terme. Après tout, le quart des uti­li­sa­teurs de bit­coin et la moi­tié des tran­sac­tions pro­vien­draient d’ac­ti­vi­tés illi­cites, rap­porte une étude aus­tra­lienne ci­tée par Bar­clays.

« Le manque de pro­fon­deur du mar­ché ca­na­dien fait en sorte que l’ap­pé­tit des in­ves­tis­seurs pour de nou­veaux sec­teurs leur donne pé­rio­di­que­ment une im­por­tance dé­me­su­rée », dé­plore An­tho­ny Sci­li­po­ti, pré­sident de Ve­ri­tas Re­search, un rare cri­tique de l’iner­tie ca­na­dienne en­vers la spé­cu­la­tion. Ces épi­sodes de fièvre qui « fi­nissent in­va­ria­ble­ment mal » – tels que les scan­dales en­tou­rant Bre-X, Nor­tel, YBM Ma­gnex, Si­no-Fo­rest, Va­leant ou Amaya/Po­ker Star – nuisent à notre ca­pa­ci­té d’at­ti­rer des ca­pi­taux étran­gers et, ul­ti­me­ment, aug­mentent le coût en ca­pi­tal de toutes les en­tre­prises ca­na­diennes, dit-il.

De bonnes af­faires

Il est clair pour­quoi les pro­duc­teurs de ma­ri­jua­na, de mé­taux rares ou de tous les dé­ri­vés de blo­ck­chain (chaîne de blocs) réus­sissent à s’im­mis­cer dans nos mar­chés.

Les cri­tères d’ins­crip­tion à la Bourse de crois­sance sont mi­ni­ma­listes. Cette Bourse compte 328 so­cié­tés dé­chues sus­cep­tibles de ser­vir de co­quilles pour des ac­qui­si­tions in­ver­sées.

En­fin, les frais d’ins­crip­tion en Bourse et les frais de né­go­cia­tion et de fi­nan­ce­ment sont évi­dem­ment de bonnes sources de re­ve­nus pour les Bourses et les cour­tiers.

Au pre­mier tri­mestre, d’ailleurs, la Bourse de crois­sance contri­bue­ra net­te­ment aux ré­sul­tats du Groupe TMX (X, 75$). Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale pré­voit un bond de 88% du nombre de nou­velles ins­crip­tions (à 30 so­cié­tés), de 34% des re­ve­nus ti­rés d’émis­sions se­con­daires (à 2,1 mil­liards de dol­lars) et de 24% des re­ve­nus de né­go­cia­tion de titres (à 2,9 G$) pour ce par­quet.

Ca­nac­cord Ge­nui­ty dé­nombre 58 pro­duc- teurs de can­na­bis, pour une va­leur to­tale de 27 G$ au pays, pré­ci­sant que ces don­nées ne sont pas ex­haus­tives.

L’in­dus­trie a ré­col­té des ca­pi­taux re­cord de 817 mil­lions de dol­lars au qua­trième tri­mestre de 2017. Trois d’entre eux dé­gagent un bé­né­fice d’ex­ploi­ta­tion, Aphria, MedRe­leaf et CannT­rust. GMP Va­leurs mo­bi­lières pré­voit par exemple que le prin­ci­pal four­nis­seur de la SAQ au Qué­bec, Hy­dro­po­the­ca­ry (THCX, 4$), qua­dru­ple­ra ses re­ve­nus d’ici 2020 et réa­li­se­ra ses pre­miers pro­fits dès 2019.

Chaque jour, plus de 500 M$ d’ac­tions des doyens du can­na­bis Ca­no­py Growth (WEED, 27,99 $) et Au­ro­ra Can­na­bis(ACB, 8,11 $) s’échangent, un vo­lume qui les hisse dans le pe­lo­ton de tête der­rière les ac­tions de la Banque TD (TD, 70,48$), la Banque Royale (RY, 97,20$) et la Banque Sco­tia (BNS, 77,22$).

Le pot, la crois­sance avant tout

L’en­goue­ment, pour la ma­ri­jua­na tout au moins, risque de du­rer puisque la lé­ga­li­sa­tion pro­chaine du pot à usage ré­créa­tif au Ca­na­da donne de la lé­gi­ti­mi­té à l’in­dus­trie.

Aux États-Unis, le re­cru­te­ment de John Boeh­ner, l’ex-pré­sident de la Chambre des re­pré­sen­tants, au conseil consul­ta­tif d’Acreage Hol­dings, fait en­core une fois es­pé­rer que le vent tourne aux États-Unis concer­nant la lé­ga­li­sa­tion fé­dé­rale.

L’in­dus­trie du pot com­mence aus­si à at­ti­rer aus­si des ca­pi­taux ins­ti­tu­tion­nels. L’ins­crip­tion au Nas­daq, en fé­vrier, de la ca­na­dienne Cro­nos Group (CRON, 8,12$) a fait bon­dir les achats ins­ti­tu­tion­nels, rap­porte Bloom­berg. Ca­no­py et Au­ro­ra pensent l’imi­ter.

Bien que GMP et Ca­nac­cord Ge­nui­ty aient amor­cé il y a un bon mo­ment la cou­ver­ture des pro­duc­teurs de pot, la Banque de Mon­tréal a fi­nan­cé Ca­no­py en jan­vier et Cro­nos en mars, a af­fec­té un ana­lyste à l’in­dus­trie et tien­dra une pre­mière confé­rence le 30 mai.

Pour­tant, bien peu d’ef­forts sont dé­ployés pour frei­ner ces mou­ve­ments de foule outre le conseil gé­né­rique qui consiste à ré­pé­ter aux pe­tits in­ves­tis­seurs à faire leurs de­voirs.

« Il faut croire que (les pertes) sont le prix à payer pour le pro­grès quand de nou­velles in­dus­tries émergent. Qui se sou­vient de Nets­cape et de Pets.com? C’est dans la na­ture hu­maine de se lais­ser sé­duire par des pro­messes exa­gé­rées », croit Pat McKeough, édi­teur de Tsi­net­work.ca.

À la Bourse de crois­sance, où la ma­jo­ri­té des titres spé­cu­la­tifs naissent, le di­rec­teur général Bra­dy Flet­cher a dit: « Nous n’avons pas l’in­ten­tion de pé­na­li­ser tous nos en­tre­pre­neurs pour le conte­nu (lé­gal) dif­fu­sé par des tiers », après la dif­fu­sion, par l’agence amé­ri­caine OTC Mar­kets Group, d’une liste d’alerte de 13 so­cié­tés ca­na­diennes fai­sant usage de pro­mo­teurs ré­mu­né­rés pour mous­ser leur titre.

À l’ère de l’in­ves­tis­se­ment « res­pon­sable » ou « à im­pact so­cial », on ne peut pas dire que le Ca­na­da se place au-des­sus de la mê­lée en in­vi­tant la spé­cu­la­tion et des scan­dales po­ten­tiels qui ap­pau­vri­ront sur­tout les pe­tits in­ves­tis­seurs.

C’est sans comp­ter les pour­suites qui pour­raient éven­tuel­le­ment frap­per les four­nis­seurs de can­na­bis – comme ce fut le cas pour les pro­duc­teurs de ta­bac – de la part de fu­meurs ou de leur fa­mille – et peut-être des ins­tances pu­bliques – concer­nant le de­gré d’ac­cou­tu­mance ou les coûts pour la so­cié­té de la consom­ma­tion de ma­ri­jua­na.

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