L’art de sé­duire les lo­ca­taires

Les Affaires - - Immobilier Commercial - – Mat­thieu Cha­rest

Fa­cile de sé­duire des en­tre­prises pour de­ve­nir des lo­ca­taires po­ten­tiels lorsque vous dé­te­nez la der­nière tour à la mode. Qui plus est, si vous êtes si­tué au centre-ville, vos ru­ti­lants lo­caux à bu­reaux sont pro­ba­ble­ment dé­jà rem­plis. A contra­rio, si vous pos­sé­dez un im­meuble désuet en pé­ri­phé­rie, votre si­tua­tion est sans doute moins rose, quoique pas déses­pé­rée.

Les don­nées sont élo­quentes. D’abord, tous les ex­perts in­ter­ro­gés s’en­tendent pour dire que les lo­caux neufs et de qua­li­té, les fa­meux « A », sont très, très re­cher­chés. Puis, la si­tua­tion géo­gra­phique des lo­caux à bu­reaux à louer a un im­pact dé­ci­sif sur leur sort. Entre 2016 et 2018 (pré­vi­sions), le taux d’in­oc­cu­pa­tion au centre-ville pas­se­ra de 10,6% à 9,5%. En ban­lieue, le taux d’in­oc­cu­pa­tion va aus­si di­mi­nuer, de 18,4% à 17%. Bref, dans le bâ­ti­ment de ca­té­go­ries « B » et « C » en ban­lieue, il reste en­core fort à faire pour at­ti­rer des lo­ca­taires.

Des pistes de so­lu­tion

Le prix, net­te­ment plus faible en pé­ri­phé­rie des centres, per­met bien sûr à cer­taines en­tre­prises moins for­tu­nées d’oc­cu­per des lo­caux. Le taux d’in­oc­cu­pa­tion éle­vé rend aus­si la né­go­cia­tion pos­sible. C’est d’ailleurs exac­te­ment ce que les pro­prié­taires ont fait dans les der­nières an­nées, ex­plique Fré­dé­ric La­brie, vice-pré­sident prin­ci­pal à la firme de conseils en im­mo­bi­lier com­mer­cial JLL. « Les lo­ca­teurs ont vou­lu ten­ter de conser­ver les loyers nets en of­frant da­van­tage de conces­sions aux lo­ca­taires. Ils ont no­tam­ment pro­mis des amé­lio­ra­tions lo­ca­tives. » Ce­pen­dant, « les bon­bons tendent à s’ame­nui­ser, ajoute-t-il, bien qu’il n’y ait pas vrai­ment de pro­gres­sion dans les loyers ».

Ce­la po­sé, la concur­rence est fé­roce entre les pro­prié­taires. Pour sor­tir du lot, il n’y a pas trente-six so­lu­tions. « Vous pou­vez né­go­cier le prix du pied car­ré, re­marque Avi Kris­pine, vice-pré­sident exé­cu­tif et di­rec­teur gé­né­ral de CBRE au Qué­bec. Dans le mar­ché du “B”, il y a beau­coup plus de place à la né­go­cia­tion, mais le mar­ché tend à se res­ser­rer. Outre le prix, vous pou­vez pro­mou­voir l’équi­libre entre le tra­vail et la vie per­son­nelle. Puisque les em­ployés sont au coeur de la de­mande des lo­caux, vous pou­vez ten­ter d’at­ti­rer des ser­vices de proxi­mi­té, comme des CPE ou des bou­tiques. Main­te­nant, les em­ployés choi­sissent pour qui ils veulent tra­vailler. »

En­fin, à l’ins­tar d’Ivan­hoé Cam­bridge et de la Place Ville Ma­rie, il est grand temps de ré­no­ver les lo­caux désuets afin de les re­mettre au goût du jour. « Il reste beau­coup d’im­meubles à ré­no­ver, dit An­nie Lab­bé, pre­mière vice-pré­si­dente im­mo­bi­lier chez PwC. On peut s’at­tendre à une meilleure ab­sorp­tion dans les pro­chaines an­nées. Là, on ré­nove, on rem­plit, on sta­bi­lise. » Alors que les in­ves­tis­seurs sont au ren­dez-vous et que le mar­ché pro­met de se res­ser­rer, le mo­ment pro­pice pour ré­no­ver, c’est main­te­nant.

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