Jean-Paul Ga­gné

Le mo­dèle Pan­gea conso­lide la pro­duc­tion cé­réa­lière, ac­croît sa pro­duc­ti­vi­té et la ren­ta­bi­lise. Il crée de la va­leur pour les agri­cul­teurs par­ti­ci­pants et l’éco­no­mie qué­bé­coise.

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Mo­dèle agri­cole de Pan­gea : plus d’avan­tages que d’in­con­vé­nients

Une étude com­man­dée l’an der­nier par le mi­nistre de l’Agri­cul­ture des Pê­che­ries et de l’Ali­men­ta­tion ( M A PAQ ) , Laurent Les­sard, juge plu­tôt po­si­tif le mo­dèle agri­cole de Pan­gea, une so­cié­té en com­man­dite créée par l’homme d’af­faires Charles Si­rois et l’agri­cul­teur Serge For­tin, qui ex­ploite des terres cé­réa­lières dans la ré­gion de La­nau­dière. Ce­pen­dant, comme l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA) n’est pas sa­tis­faite de ce ré­sul­tat, le mi­nistre a dé­ci­dé de faire ef­fec­tuer une autre étude, « plus ap­pro­fon­die » cette fois, pour « dé­ter­mi­ner si les fonds d’in­ves­tis­se­ment, tels que Pan­gea, ont un ef­fet sur la hausse de la va­leur des terres agri­coles », comme le pré­tend ce syn­di­cat. Cette étude a été réa­li­sée par le MAPAQ et la Fi­nan­cière agri­cole à la suite d’une cri­tique acerbe de l’UPA après que la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment et le Fonds de so­li­da­ri­té du Qué­bec eurent in­ves­ti cha­cun 10 M$ dans Pan­gea. La Banque Na­tio­nale a aus­si in­ves­ti dans cette so­cié­té.

Le mo­dèle de Pan­gea

De­puis 2012, Pan­gea a créé huit so­cié­tés opé­rantes agri­coles (SOA) en par­te­na­riat avec des agri­cul­teurs. L’en­tre­prise achète des terres agri­coles et en confie la ges­tion à un pro­duc­teur qui pos­sède lui aus­si une ou plu­sieurs terres agri­coles si­tuées à proxi­mi­té des siennes. Ces terres sont ex­ploi­tées par une SOA, dont 51 % du ca­pi­tal est dé­te­nu par le par­te­naire-agri­cul­teur. Chaque SOA pos­sède sa main-d’oeuvre, sa comp­ta­bi­li­té et gère toutes les fonc­tions de l’ex­ploi­ta­tion. Elle paie les sa­laires de l’agri­cul­teur res­pon­sable et des ou­vriers ain­si que la lo­ca­tion des terres, dont le bail va­rie entre 9 à 12 ans. Elle achète les in­trants et les équi­pe­ments, et vend les ré­coltes.

Jus­qu’à main­te­nant, l’en­tre­prise a in­ves­ti 28M$. La taille moyenne d’une SOA est un peu plus de 1000 hec­tares, com­pa­ra­ti­ve­ment à une moyenne de 123 hec­tares pour les ex­ploi­ta­tions agri­coles. En rai­son de sa taille, une SOA bé­né­fi­cie d’éco­no­mies d’échelle pour ses achats et pour l’uti­li­sa­tion des équi­pe­ments. Puis­qu’elle dis­pose d’une bonne ca­pa­ci­té d’en­tre­po­sage, elle peut vendre ses cé­réales à un mo­ment op­por­tun et ob­te­nir un meilleur prix. Il est pré­vu que les SOA trans­forment éven­tuel­le­ment les cé­réales pro­duites.

Chaque SOA se veut une bonne ci­toyenne cor­po­ra­tive : achats dans la ré­gion où elle ex­ploite des terres, pro­tec­tion des rives, ges­tion éco­res­pon­sable des en­grais, etc. Grâce à des amé­lio­ra­tions fon­cières et de meilleures pra­tiques (re­mise en culture de ter­rains en friche, ni­vel­le­ment, drai­nage, cor­rec­tion du ph, do­sage des ma­tières or­ga­niques...), les SOA peuvent ac­croître les ren­de­ments de 10 à 15% se­lon le type de culture et les cor­rec­tifs ap­por­tés. Pan­gea pos­sède 63 % des terres ex­ploi­tées par les huit SOA. À terme, elle vise avoir 20 SOA, qui réuni­raient 20000 hec­tares, ce qui ne re­pré­sen­te­rait que 0,57% des su­per­fi­cies ex­ploi­tées du Qué­bec, et compte ex­por­ter son mo­dèle.

Sa­gue­nay--Lac-Saint-Jean

Les huit SOA sont si­tuées dans six ré­gions du Qué­bec, mais c’est au Sa­gue­nay–Lac-Saint-Jean que se trouve de loin la plus forte concen­tra­tion d’achats de terres avec une part de 60% de l’en­semble des su­per­fi­cies qu’elles dé­tiennent dans l’en­semble du Qué­bec. C’est dans cette ré­gion que le prix des terres a le plus aug­men­té, d’où la ré­ac­tion de l’UPA. Cette hausse des prix a été no­tam­ment in­fluen­cée par l’achat en 2013 par Pan­gea des 2892hec­tares que la BNC avait ac­quis un an au­pa­ra­vant. Tou­te­fois, la prime de 9% payée par Pan­gea est sem­blable à la hausse de prix ob­ser­vée au cours de l’an­née pré­cé­dente.

Sou­cieuse de ne pas payer trop cher, Pan­gea man­date deux éva­lua­teurs agréés in­dé­pen­dants pour ob­te­nir le juste prix des pro­prié­tés vi­sées. Elle dit ne pas concur­ren­cer les agri­cul­teurs in­dé­pen­dants qui pour­raient vou­loir ac­qué­rir une terre. L’UPA tou­te­fois cerne un cas d’ac­qui­si­tion au Lac-Saint-Jean, où, dans un en­can, Pan­gea a payé 7,1% de plus que le prix of­fert par un agri­cul­teur. Pour sa part, la MRC du Lac-Saint-Jean-Est es­time qu’il n’a pas été dé­mon­tré que les achats de terres par des in­ves­tis­seurs ont pro­vo­qué une hausse im­por­tante de leur va­leur. De son cô­té, la Fi­nan­cière agri­cole fait va­loir que le prix des terres agri­coles a aug­men­té de 16,5% au cours d’une pé­riode don­née, soit à peine plus que la hausse de 15,3% pour l’en­semble du Qué­bec. Quant au MAPAQ, il pré­cise qu’il est im­pos­sible de dé­ter­mi­ner que la hausse du prix des terres a été in­fluen­cée par Pan­gea. Qu’à ce­la ne tienne, pour se mon­trer ré­cep­tif face aux do­léances de l’UPA, le mi­nistre Laurent Les­sard a com­man­dé une autre étude.

Le mo­dèle de Pan­gea est per­ti­nent. Il conso­lide la pro­duc­tion cé­réa­lière, ac­croît sa pro­duc­ti­vi­té et la ren­ta­bi­lise. Il crée de la va­leur pour les agri­cul­teurs par­ti­ci­pants et l’éco­no­mie qué­bé­coise sans l’aide de sub­ven­tions ad­di­tion­nelles. Il peut fa­vo­ri­ser la re­lève agri­cole et ne me­nace au­cu­ne­ment la ferme fa­mi­liale tra­di­tion­nelle, qui a tou­jours sa place. La fri­lo­si­té de l’UPA à l’en­droit de ce mo­dèle est in­jus­ti­fiée.

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