Per­son­na­li­té in­ter­na­tio­nale

Les Affaires - - Billet | Sommaire - Diane Bérard diane.be­rard@tc.tc Ch­ro­ni­queur | dia­ne_­be­rard

Jen­ni­fer Pahl­ka, fon­da­trice, Code for Ame­ri­ca

Per­son­na­li­té in­ter­na­tio­nale —

DIANE BÉRARD – Code for Ame­ri­ca veut dé­mon­trer que le gou­ver­ne­ment peut fonc­tion­ner. C’est une mis­sion ad­mi­rable, mais am­bi­tieuse... JEN­NI­FER PAHL­KA

– C’est pos­sible si on mo­bi­lise les meilleurs co­deurs et pro­gram­meurs pour qu’ils col­la­borent avec les fonc­tion­naires afin de créer et d’of­frir les ser­vices dont la po­pu­la­tion a be­soin au mo­ment où elle en a be­soin et sous la forme qui lui convient le mieux.

D.B. – Code for Ame­ri­ca, c’est une sorte de « Pro­gram­meurs sans fron­tières » ? J.P.

– Oui, pour l’es­prit qui l’anime. Mais au lieu d’en­voyer nos bé­né­voles en mis­sion dans les pays émer­gents, on les en­voie dans la jungle de l’hô­tel de ville de leur col­lec­ti­vi­té.

D.B. – Il doit être dif­fi­cile de dire au gou­ver­ne­ment « Tasse-toi, on va te mon­trer comment faire »... J.P.

– Il n’est pas ques­tion de dire au gou­ver­ne­ment « Vous avez tout faux ». Nous uti­li­sons nos res­sources pour faire des tests, que nous pré­sen­tons en­suite au gou­ver­ne­ment. Nous croyons que nous pou­vons contri­buer à faire dé­cou­vrir une autre fa­çon de faire qui mè­ne­ra à de meilleurs ré­sul­tats. Nous ne sommes pas là pour rem­pla­cer le gou­ver­ne­ment par une ar­mée de bé­né­voles. En re­vanche, je crois fer­me­ment que les ci­toyens doivent mon­trer le che­min en met­tant leurs com­pé­tences à con­tri­bu­tion pour le bien com­mun. Dans notre cas, il s’agit de com­pé­tences nu­mé­riques. Code for Ame­ri­ca n’est pas une foule de voix, c’est une foule de bras. Nos bé­né­voles roulent leurs manches pour ré­soudre des pro­blèmes, tout ce­la en res­pec­tant les fonc­tion­naires.

D.B. – Pou­vez-vous nous don­ner un exemple d’in­ter­ven­tion? J.P.

– Pre­nons le cas du pro­gramme d’aide ali­men­taire SNAP (Sup­ple­men­tal Nu­tri­tio­nal As­sis­tance Pro­gram). En Ca­li­for­nie, un des États amé­ri­cains les plus peu­plés, le taux de par­ti­ci­pa­tion à SNAP était très faible. Ce n’est pas nor­mal. Les ci­toyens n’en pro­fi­taient pas parce que c’est trop com­pli­qué. Nos bé­né­voles ont créé un pro­ces­sus sim­pli­fié par le té­lé­phone in­tel­li­gent. Vous pho­to­gra­phiez les do­cu­ments re­quis. Vous les en­voyez au gou­ver­ne­ment. Il com­mu­nique avec vous par des mes­sages texte pour le sui­vi. Code for Ame­ri­ca a dé­ve­lop­pé l’ap­pli­ca­tion pour la ville de San Fran­cis­co. Au­jourd’hui, l’État de la Ca­li­for­nie nous a confié la res­pon­sa­bi­li­té de la dé­ployer pour tous ses ci­toyens.

D.B. – Dé­ve­lop­pez-vous tou­jours vos ap­pli­ca­tions en marge du gou­ver­ne­ment pour en­suite lui pro­po­ser de les adop­ter? J.P.

– Nous comp­tons 64 groupes de bé­né­voles dans tous les États-Unis. Ils em­ploient plu­sieurs mé­thodes d’in­ter­ven­tion, se­lon le dos­sier. Cer­tains membres dé­ve­loppent des ap­pli­ca­tions. D’autres col­ligent et ana­lysent des don­nées. D’autres en­fin forment les fonc­tion­naires sur dif­fé­rents su­jets, dont le de­si­gn cen­tré sur l’uti­li­sa­teur. Toutes ces ave­nues pointent vers le même but, que les ser­vices gou­ver­ne­men­taux soient plus ef­fi­caces et plus uti­li­sés.

D.B. – Comment la phi­lo­so­phie de vos pro­gram­meurs bé­né­voles in­fluence-t-elle les ser­vices gou­ver­ne­men­taux? J.P.

– Nous avons lan­cé Code for Ame­ri­ca en 2010. En 2014, le gou­ver­ne­ment des États-Unis a lan­cé le US Di­gi­tal Ser­vice. J’ai contri­bué au lan­ce­ment de cette jeune pousse à l’in­té­rieur de la struc­ture gou­ver­ne­men­tale. Elle a pour mis­sion, entre autres, de re­pen­ser l’in­ter­face nu­mé­rique avec les ci­toyens et les ap­pels d’offres pour les ser­vices nu­mé­riques. Le US Di­gi­tal Ser­vice a re­cru­té des gens de grand ta­lent. Mais il a aus­si la par­ti­cu­la­ri­té d’at­ti­rer, sur une base tem­po­raire, des spé­cia­listes de la tech­no­lo­gie du sec­teur pri­vé. Ceux-ci passent quelques mois au gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. C’est une sorte de de­voir ci­vique. Code for Ame­ri­ca vient elle aus­si en ren­fort au US Di­gi­tal Ser­vice grâce à ses bé­né­voles. Le Ca­na­da lance pré­sen­te­ment un ser­vice si­mi­laire, le Ca­na­dian Di­gi­tal Ser­vice. Et Code for Ca­na­da en se­ra par­te­naire avec sa propre équipe de bé­né­voles.

D.B. – Vous vi­sez un chan­ge­ment sys­té­mique. Y a-t-il des signes que ce­la fonc­tionne? J.P.

– Les pro­cé­dures d’ap­pels d’offres, le re­cru­te­ment et la struc­ture or­ga­ni­sa­tion­nelle du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain évo­luent. Nous croyons que la re­la­tion entre Code for Ame­ri­ca et le gou­ver­ne­ment y est pour quelque chose. Vous ob­ser­ve­rez le même im­pact au Ca­na­da. Lorsque le chan­ge­ment vient à la fois de l’in­terne et de l’ex­terne, vous aug­men­tez le po­ten­tiel d’un vi­rage sys­té­mique.

D.B. – Com­bien avez-vous d’em­ployés et de bé­né­voles? J.P.

– Code for Ame­ri­ca em­ploie 65 per­sonnes et at­tire 22000 vo­lon­taires. Ils se consacrent à des en­jeux liés à leur col­lec­ti­vi­té. Il y a Code for Mia­mi, Code for Sa­van­nah, etc.

D.B. – Comment Code for Ame­ri­ca a-t-elle évo­lué en huit ans? J.P.

– En 2010, notre but se li­mi­tait à dé­mon­trer, à pe­tite échelle, ce qu’on peut at­teindre en tra­vaillant au­tre­ment. Notre seul pro­jet était d’en­voyer des ex­perts en tech­no­lo­gie tra­vailler bé­né­vo­le­ment au gou­ver­ne­ment sur des pro­grammes à court terme. L’ap­pli­ca­tion pour l’aide ali­men­taire est is­sue de cette pre­mière ex­pé­rience. Il a été dé­ci­dé de pour­suivre à long terme et à plus grande échelle. L’ap­pli­ca­tion SNAP dé­ve­lop­pée pour San Fran­cis­co a été dé­ployée dans toute la Ca­li­for­nie. Elle se­ra ac­ces­sible dans cinq autres États. Notre ac­tion migre du quar­tier à la ville, au com­té, à la ré­gion et, éven­tuel­le­ment, à la na­tion.

D.B. – Code for Ame­ri­ca sou­haite avoir un im­pact sur des mil­lions de ci­toyens. Par­lez-nous des dé­fis que ce­la pose. J.P.

– D’abord, nous avons le même dé­fi de­puis le dé­but... le gou­ver­ne­ment est lent! Il est construit sur le prin­cipe de l’aver­sion au risque, pour des rai­sons évi­dentes. L’autre dé­fi concerne la pé­ren­ni­té des pro­jets lorsque ceux-ci sont gé­rés par des bé­né­voles. Le troi­sième tient à la ré­par­ti­tion des tâches entre les bé­né­voles et le gou­ver­ne­ment. C’est une conver­sa­tion ré­cur­rente. Par exemple, est-ce sou­hai­table, et sur­tout pé­renne, qu’un pro­gramme fonc­tionne uni­que­ment grâce au tra­vail des bé­né­voles, et en dé­pit du gou­ver­ne­ment? Je ne crois pas. Notre rôle consiste à le conscien­ti­ser et le rendre im­pu­table.

D.B. – Nos lec­teurs pour­raient conclure que vos in­ter­ven­tions ne les touchent pas. Qu’elles visent l’ac­cès aux ser­vices so­ciaux pour les plus vul­né­rables... J.P.

– Nous avons tous be­soin d’un gou­ver­ne­ment com­pé­tent nu­mé­ri­que­ment, in­tel­li­gent, agile et ré­ac­tif aux chan­ge­ments. Chaque ci­toyen qui paie des im­pôts de­vrait se sou­cier de la fa­çon dont ceux-ci sont em­ployés. Nul be­soin d’être pauvre pour vous sou­cier de l’ef­fi­ca­ci­té du fi­let so­cial. Et puis, tout le monde a un contact avec le gou­ver­ne­ment. Par exemple, les en­tre­pre­neurs qui construisent des vé­hi­cules sans conduc­teurs vont se frot­ter à la ré­gle­men­ta­tion. Ils vont sou­hai­ter que leur gou­ver­ne­ment ait une sen­si­bi­li­té, une ré­ac­ti­vi­té et une connais­sance des en­jeux tech­no­lo­giques contem­po­rains. Per­sonne ne peut pas­ser outre le gou­ver­ne­ment.

En 2010, l’Amé­ri­caine

Jen­ni­fer Pahl­ka a fon­dé Code for Ame­ri­ca, un OBNL qui met 22 000 pro­gram­meurs bé­né­voles au ser­vice de la mise à ni­veau nu­mé­rique de l’État. Il existe dé­sor­mais un Code for Ca­na­da. J’ai ren­con­tré Jen­ni­fer Pahl­ka au Skoll World Fo­rum on So­cial En­tre­pre­neur­ship, où l’or­ga­nisme a été ré­ci­pien­daire d’un Skoll Award.

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