Re­gain de vie chez les PME ma­nu­fac­tu­rières

Ce n’est pas une illu­sion : la pro­por­tion d’en­tre­prises qui disent éprou­ver des pro­blèmes de re­cru­te­ment des em­ployés spé­cia­li­sés est en hausse constante et mar­quée ces der­nières an­nées. Tout le monde cherche du monde.

Les Affaires - - Billet | Sommaire - Re­né Vé­zi­na rene.ve­zi­na@tc.tc Chro­ni­queur | C @@ ve­zi­nar

Re­né Vé­zi­na

La vie n’est pas tou­jours fa­cile dans le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier, et par le pas­sé, bien des PME qué­bé­coises ont man­gé leur pain noir. Mais, pour pa­ra­phra­ser l’ex­pres­sion cé­lèbre de Mark Twain, les an­nonces de leur mort ont été très exa­gé­rées. Les plus ré­cents in­di­ca­teurs montrent que l’em­ploi ma­nu­fac­tu­rier af­fiche de­puis plu­sieurs mois une vi­gueur re­nou­ve­lée au Qué­bec.

La toute der­nière édi­tion du Ba­ro­mètre in­dus­triel qué­bé­cois, pro­duit par l’as­so­cia­tion Sous-trai­tance in­dus­trielle du Qué­bec (STIQ), re­vient avec des don­nées élo­quentes à cet égard. L’ana­lyse montre que, dans l’en­semble, le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier a connu une bonne crois­sance en 2017: les deux tiers des PME ont connu une aug­men­ta­tion no­table de leur chiffre d’af­faires et 40% en ont pro­fi­té pour aug­men­ter d’au moins 5% leur nombre d’em­ployés.

Vrai, la plus ré­cente en­quête de Sta­tis­tique Ca­na­da sur l’état de la po­pu­la­tion ac­tive laisse pla­ner quelques doutes. L’em­ploi ma­nu­fac­tu­rier a fait du sur­place en avril au pays. Mais sur un an, le nombre de per­sonnes ac­tives dans la fa­bri­ca­tion de biens a quand même pro­gres­sé de 38000.

Il se­rait té­mé­raire de te­nir ces pro­grès pour ac­quis, no­tam­ment en ce qui concerne les PME qué­bé­coises. En­core et tou­jours, des in­cer­ti­tudes de­meurent quant à leur ca­pa­ci­té à sur­mon­ter les obs­tacles qui se dressent sur leur route et qui me­nacent leur du­ra­bi­li­té.

Mon col­lègue Pierre Thé­roux y re­vient d’ailleurs plus loin dans le jour­nal (page 52) en si­gna­lant no­tam­ment les ré­ti­cences trop fré­quentes à in­ves­tir pour amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té, une consta­ta­tion qu’on re­trouve dans le Ba­ro­mètre. C’est vrai qu’au dé­part, il ar­rive que la fac­ture pa­raisse im­po­sante, mais les PME qui re­courent à la R-D et aux tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion (TIC) sont plus nom­breuses à voir leurs af­faires dé­col­ler, se­lon les don­nées re­cueillies par STIQ.

On peut dé­battre long­temps de la ques­tion à sa­voir s’il est vrai­ment op­por­tun, à un stade don­né de son dé­ve­lop­pe­ment, de s’en­ga­ger dans de nou­velles dé­penses. Tout dé­pend du contexte. Il y a ce­pen­dant un autre sou­ci en­core plus em­bê­tant qui n’épargne pra­ti­que­ment per­sonne: la dif­fi­cul­té de recruter le per­son­nel né­ces­saire à la pour­suite, voire à la crois­sance de ses ac­ti­vi­tés.

Ce n’est pas une illu­sion : la pro­por­tion d’en­tre­prises qui disent éprou­ver des pro­blèmes de re­cru­te­ment des em­ployés spé­cia­li­sés est en hausse constante et mar­quée ces der­nières an­nées.

En 2013, elle était de 66%, pour bon­dir à 73% en 2015 et à 82% en 2017. La ten­dance est la même pour ce qui est de la ré­ten­tion de ces em­ployés. Il ne s’agit pas seule­ment de les trou­ver, il faut en­suite les gar­der!

Or, ces em­ployés spé­cia­li­sés se font de plus en plus rares et sont de plus en plus convoi­tés. Les foires d’em­plois – où on cour­tise des can­di­dats – se mul­ti­plient d’un bout à l’autre du Qué­bec. Le rap­port de force est en train de s’in­ver­ser. Ce sont dé­sor­mais les em­ployeurs éven­tuels qui doivent se mon­trer per­sua­sifs et si­gna­ler qu’ils sont les meilleurs. De ma­nière à at­ti­rer chez eux les ta­lents re­cher­chés.

Il ar­rive tou­te­fois que de toute fa­çon, la maind’oeuvre en de­mande ne suf­fise pas.

Les ac­teurs de la grappe qué­bé­coise de l’aé­ro­nau­tique en savent quelque chose. Dé­but mai, leur fo­rum, Aé­ro Mon­tréal, lan­çait une vaste cam­pagne de pro­mo­tion pour in­ci­ter les jeunes et les moins jeunes à en­vi­sa­ger un ave­nir dans l’aé­ro­nau­tique. Nom de code: Ose créer l’ave­nir.

C’est un mi­lieu pa­ra­doxal que ce­lui-ci: il fait ré­gu­liè­re­ment les man­chettes quand il va mal et qu’on doit li­cen­cier des tra­vailleurs, mais moins sou­vent quand il s’en­vole et a be­soin de ren­fort. Au fi­nal, le mes­sage est évi­dem­ment mal per­çu. Avec comme ré­sul­tat qu’il est en manque chro­nique de tra­vailleurs spé­cia­li­sés, qui pour­rait at­teindre 30000per­sonnes d’ici 10ans en comp­tant les dé­parts à la re­traite.

Les très grandes en­tre­prises comme Bom­bar­dier, CAE, Pratt & Whit­ney et les autres vont cer­tai­ne­ment pas­ser le râ­teau et ra­mas­ser tout ce qui bouge.

Or, dans cet éco­sys­tème aé­ro­nau­tique, on trouve aus­si des di­zaines de PME sous-trai­tantes, dont la ca­pa­ci­té à pro­duire est vi­tale pour les grands don­neurs d’ordres. Elles n’ont pas les mêmes moyens, et, sou­vent, ne peuvent pas of­frir les mêmes condi­tions d’em­ploi. Si la base s’af­fai­blit, faute de res­sources, les en­tre­prises au som­met risquent elles aus­si de s’af­fai­blir.

Le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier de l’aé­ro­nau­tique est un exemple frap­pant, mais il n’est pas le seul. C’est pa­reil en TIC au­tant que dans l’agroa­li­men­taire. Tout le monde cherche du monde. Et la can­ni­ba­li­sa­tion entre en­tre­prises proches, mal­heu­reu­se­ment, n’est pas ex­cep­tion­nelle.

Si, au moins, on pou­vait réa­li­ser, comme so­cié­té, que l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière ne se li­mite plus aux fi­la­tures de ja­dis et autres du même genre. Cette image d’un pas­sé ré­vo­lu han­di­cape en­core le sec­teur dont la seule men­tion est as­so­ciée par cer­tains à des usines in­sa­lubres as­sor­ties d’em­plois mal payés.

Il en reste en­core des re­lents. Tout n’est pas par­fait. Il se­rait tou­te­fois im­por­tant de com­prendre que les PME mo­dernes qui sou­tiennent ce vaste sec­teur contri­buent di­rec­te­ment à créer de la plus-va­lue, donc à notre pros­pé­ri­té col­lec­tive. Il ne fau­drait sur­tout pas sous-es­ti­mer leur contri­bu­tion.

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