Com­ment Sol­max est de­ve­nu le nu­mé­ro 1 de son in­dus­trie

Les Affaires - - Fusions Et Acquisitio­ns - – Jean-Fran­çois Venne

« Dans notre in­dus­trie, l’offre dé­pas­sait de beau­coup la de­mande, créant un cli­mat pro­pice à la conso­li­da­tion. Comme troi­sième joueur mon­dial, nous étions vul­né­rables, ra­conte Jacques Cô­té, pré­sident fon­da­teur de Sol­max. Nous cher­chions donc une cible à ac­qué­rir. »

Et quelle cible! Le choix du fa­bri­cant de géo­mem­brane de po­ly­éthy­lène ba­sé à Va­rennes se porte sur GSE En­vi­ron­men­tal. Or, il s’agit là du pre­mier joueur mon­dial de son in­dus­trie, dont le chiffre d’af­faires était trois fois plus éle­vé que ce­lui de Sol­max. Pour l’am­pleur et la com­plexi­té du dossier, cette ac­qui­si­tion a per­mis à l’en­tre­prise de rem­por­ter le prix Tran­sac­tion de l’an­née dans la ca­té­go­rie de 10 à 500 M$ au ga­la du Club M&A, en mai der­nier. Trou­ver des par­te­naires De­puis quelques an­nées, la ren­ta­bi­li­té de GSE En­vi­ron­men­tal, dé­te­nue par deux fonds d’in­ves­tis­se­ment, n’est plus au ren­dez-vous. Une conso­li­da­tion avec l’en­tre­prise de Hous­ton était donc ten­tante...

Au fi­nal, les dis­cus­sions entre les deux joueurs du­re­ront 14 mois et se­ront fer­tiles en re­bon­dis­se­ments. Au dé­part, les pro­prié­taires de GSE ont plu­tôt en tête d’ache­ter Sol­max. Puis, une co­en­tre­prise est en­vi­sa­gée, mais sans grand en­thou­siasme de la part de GSE. Sol­max pro­pose fi­na­le­ment d’ache­ter l’en­tre­prise amé­ri­caine, tout en étant consciente qu’il s’agit d’une très grosse bou­chée.

« Nous avons été en­ga­gés dans cette tran­sac­tion dès le dé­but, ré­vèle Ch­ris­tian Du­bé, pre­mier vice-pré­sident, Qué­bec à la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec. Au dé­part, les di­ri­geants de Sol­max n’étaient pas cer­tains s’ils pou­vaient faire une si grosse ac­qui­si­tion et sou­hai­taient en dis­cu­ter avec nous. » La Caisse a dé­ci­dé d’em­bar­quer dans l’aven­ture, tout comme le Fonds de so­li­da­ri­té FTQ, par­te­naire de Sol­max de­puis 1996, et un syn­di­cat de six banques me­né par la Banque na­tio­nale du Ca­na­da et la Banque TD. Ul­ti­ma­tum Reste qu’une tran­sac­tion d’une telle am­pleur n’est pas de tout re­pos. « Nous ache­tions sept usines, il fal­lait faire énor­mé­ment de vé­ri­fi­ca­tions et cer­taines d’entre elles ont failli tout faire échouer », re­late M. Cô­té. Par exemple, un au­dit ré­vèle que l’usine de GSE, en Thaï­lande, au­rait un li­tige avec les au­to­ri­tés doua­nières thaï­lan­daises, le­quel pour­rait lui coû­ter jus­qu’à 100 mil­lions de dol­lars. Les par­te­naires fi­nan­ciers re­fusent d’al­ler de l’avant tant que le tout ne se­ra pas éclair­ci. Il a fal­lu un bon trois se­maines pour étu­dier la si­tua­tion et conve­nir que le risque s’éle­vait à un maxi­mum de 5M$.

Si­tua­tion si­mi­laire quand un au­dit à l’usine al­le­mande, si­tuée sur une an­cienne base mi­li­taire, émet l’hy­po­thèse d’un risque en­vi­ron­ne­men­tal. Sol­max man­date WSP pour al­ler y voir de plus près et les conclu­sions ras­su­rantes per­mettent de pour­suivre les né­go­cia­tions. Ces der­nières se­ront ha­le­tantes jus­qu’à la toute fin. « Le 20 dé­cembre au ma­tin, je re­çois un coup de fil du pré­sident de GSE, qui me dit que les dis­cus­sions ont été trop longues et com­mencent à leur coû­ter cher, ra­conte M. Cô­té. Si la tran­sac­tion n’est pas conclue à 17 heures cette jour­née-là, ils se re­tirent des né­go­cia­tions. Heu­reu­se­ment, à 11h36, Fran­çois Amyot, l’avo­cat de McCar­thy Té­trault qui pi­lo­tait ce dossier, m’a confir­mé que tout était si­gné. »

M. Cô­té sou­tient qu’il se sen­tait « heu­reux et ma­ga­né comme un chat de ruelle qui vient de rem­por­ter un éprou­vant com­bat ». Sol­max dé­te­nait trois usines et une cen­taine d’em­ployés. GSE compte 600 em­ployés et sept usines. Comme dans toute F&A, la né­go­cia­tion pas­sée, le plus dif­fi­cile reste à ve­nir: réus­sir l’in­té­gra­tion.

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