La course au re­cru­te­ment des ta­lents

Les Affaires - - Grands du droit - – Jean-Fran­çois Venne

« La guerre des ta­lents est cru­ciale pour les ca­bi­nets d’avo­cats qué­bé­cois, c’est pour­quoi je consi­dère les RH comme une fonc­tion hau­te­ment stra­té­gique », lance Anik Tru­del, chef de la di­rec­tion chez La­ve­ry.

Après son ar­ri­vée en poste en 2017, elle s’est ra­pi­de­ment ad­joint les ser­vices d’Amé­lie Jour­net comme chef, Res­sources hu­maines et trans­for­ma­tion or­ga­ni­sa­tion­nelle. Cette an­cienne de Keu­rig Ca­na­da et du Cirque du So­leil ap­porte une vi­sion des choses dif­fé­rentes par rap­port à celle qui pré­vaut dans les grands ca­bi­nets. « Je suis em­bal­lée par la vo­lon­té que je sens chez La­ve­ry de se ré­in­ven­ter », confie-t-elle.

La­ve­ry a en­tre­pris une grande consul­ta­tion de tous ses em­ployés et as­so­ciés afin de com­prendre leurs be­soins et leurs as­pi­ra­tions. Les ré­sul­tats ai­de­ront à dé­ter­mi­ner les gestes à po­ser pour as­su­rer une mo­bi­li­sa­tion maxi­male des troupes, nerf de la guerre de la ré­ten­tion des ta­lents. « Notre ca­bi­net n’a pas d’âge de re­traite obli­ga­toire, nous avons donc plu­sieurs groupes d’âge, ce qui nous offre une ri­chesse de ta­lents et d’ex­pé­rience, ex­plique Mme Tru­del. Tou­te­fois, ces gens sont à des mo­ments dif­fé­rents de leur vie pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle et ont donc des be­soins dif­fé­rents. Il faut faire preuve de flexi­bi­li­té pour trou­ver les meilleurs moyens de les ac­com­pa­gner dans leur car­rière. »

Être le choix des jeunes

Les étu­diants se trouvent bien sûr au coeur des ef­forts de re­cru­te­ment des grands ca­bi­nets, et ce, dès leur deuxième an­née de baccalauré­at. « Chaque an­née, nous re­cru­tons entre 12 et 18 étu­diants qui tra­vaille­ront deux étés chez nous avant de faire leur stage, et nous leur of­frons une ga­ran­tie d’em­bauche à la fin de ce­lui­ci », ex­plique Me An­dré Roy, as­so­cié di­rec­teur du bu­reau de Mon­tréal chez Sti­ke­man. Se­lon lui, la ga­ran­tie d’em­ploi per­met aux sta­giaires de se concen­trer sur leur tra­vail sans craindre de se re­trou­ver le bec dans l’eau lors­qu’il se ter­mi­ne­ra. « Nous sommes le seul ca­bi­net à les em­bau­cher di­rec­te­ment comme avo­cats et avo­cates, sans pro­ces­sus de sé­lec­tion à la fin du stage, ajoute Me Jo­ce­lyn Poi­rier, di­rec­teur gé­né­ral du bu­reau de Mon­tréal. Ils ont aus­si l’oc­ca­sion de choi­sir leur champ de pra­tique. »

MeRoy convient que le mar­ché a chan­gé de­puis les dé­buts de sa car­rière, il y a main­te­nant 38 ans. Les jeunes avo­cats ont plus de choix et les op­tions de re­change aux grands ca­bi­nets sont nom­breuses, no­tam­ment dans les ser­vices de conten­tieux de plus en plus dé­ve­lop­pés des en­tre­prises.

Une car­rière sti­mu­lante

« Il faut gar­der la flamme bien al­lu­mée chez nos avo­cats pour les gar­der chez nous », sou­tient de son cô­té Me Pierre Pi­lote, as­so­cié di­rec­teur du bu­reau de Gow­ling à Mon­tréal. Ce­la pas­se­rait no­tam­ment par des défis pro­fes­sion­nels à la hau­teur des am­bi­tions des avo­cats, mais aus­si par des occasions d’en­ga­ge­ment so­cial ou com­mu­nau­taire leur don­nant l’oc­ca­sion de se réa­li­ser sur le plan per­son­nel. Me Pi­lote donne l’exemple de Me Su­zie Lan­thier, de­ve­nue ad­mi­nis­tra­trice du groupe La Tra­ver­sée sur la Rive-Sud, qui offre des ser­vices aux femmes et aux en­fants vic­times d’abus sexuels et fait de la sen­si­bi­li­sa­tion contre la vio­lence dans les écoles. Ou en­core Alexandre Fo­rest, qui de­vien­dra, en 2019, le plus jeune bâ­ton- nier de l’his­toire du Bar­reau de Mon­tréal et qui est aus­si très en­ga­gé dans la Ligue na­tio­nale d’im­pro­vi­sa­tion et au­près du Sa­lon Vi­sez Droit. « Les jeunes sou­haitent se dé­ve­lop­per pro­fes­sion­nel­le­ment, mais tiennent beau­coup aus­si à le faire par leur en­ga­ge­ment so­cial et à conser­ver un équi­libre entre leur vie pro­fes­sion­nelle et d’autres pans de leur vie, alors nous les ap­puyons dans ça », avance Me Pi­lote.

La mé­thode de ges­tion de Gow­ling mise beau­coup sur le tra­vail d’équipe, la col­la­bo­ra­tion et l’offre de men­to­rat aux re­crues. Les avo­cats sa­la­riés ont été in­clus dans les dis­cus­sions en­tou­rant le plan stra­té­gique 2018-2020. « Ils sont l’ave­nir du ca­bi­net, ils doivent pou­voir ex­pri­mer leur vi­sion », in­dique Me Pi­lote. En 2017, le ca­bi­net a ins­tau­ré le pro­gramme de lea­der­ship vi­sant à dé­ve­lop­per chez les avo­cats des com­pé­tences autres que ju­ri­diques, comme la ges­tion de pro­jets ou la créa­ti­vi­té, afin de les rendre en­core plus aptes à ac­com­pa­gner les clients au quo­ti­dien.

Gow­ling offre aus­si aux jeunes la pos­si­bi­li­té d’ex­pé­ri­men­ter dif­fé­rents do­maines du droit et de chan­ger de voie, afin d’évi­ter qu’ils se sentent coin­cés. Les avo­cats de Mon­tréal au­ront aus­si bien­tôt ac­cès à des échanges in­ter­na­tio­naux par Gow­ling WLG. Ils pour­ront donc al­ler tra­vailler pen­dant un cer­tain temps chez des par­te­naires dans d’autres pays. Tout est fait pour que les avo­cats soient sti­mu­lés et aient en­vie de res­ter chez Gow­ling. « Nous vou­lons créer un en­vi­ron­ne­ment fa­vo­rable à la ré­ten­tion de nos ta­lents, c’est im­por­tant », conclut Me Pi­lote.

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