Trans­port élec­trique

Les Affaires - - Billet | Sommaire - Si­mon Lord re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Le Qué­bec est bien pla­cé pour pro­fi­ter de la manne

Les ventes mon­diales de vé­hi­cules re­char­geables ont at­teint 1223600 uni­tés l’an der­nier, se­lon EV Vo­lumes, une aug­men­ta­tion de 58% par rap­port à 2016. Quelles sont donc, pour les pro­duc­teurs au­tant que les four­nis­seurs, les occasions dans le mar­ché?

La ques­tion est im­por­tante, sur­tout au Qué­bec, parce que la pro­vince n’est pas tra­di­tion­nel­le­ment un joueur fort dans le sec­teur de l’au­to­mo­bile. Les voi­tures ont his­to­ri­que­ment été plu­tôt la force de l’On­ta­rio, le Qué­bec fai­sant plu­tôt dans le vé­hi­cule ré­créa­tif ou com­mer­cial. Ces ef­fets d’ag­glo­mé­ra­tion dans l’in­dus­trie ont ce­pen­dant ten­dance au­jourd’hui à s’ef­fri­ter.

Sa­rah Houde, di­rec­trice gé­né­rale chez Pro­pul­sion Qué­bec, la grappe des tran­sports élec­triques et in­tel­li­gents, est op­ti­miste. « Il y a beau­coup de po­ten­tiel dans l’en­semble de la chaîne, en par­tant des four­nis­seurs de mi­ne­rai pour les bat­te­ries jus­qu’aux as­sem­bleurs », af­firme-t-elle. Plus pré­ci­sé­ment, elle ex­plique que le Qué­bec est riche en li­thium, ni­ckel, co­balt et gra­phite, des res­sources fort re­cher­chées pour la pro­duc­tion de bat­te­ries. Un peu plus loin dans la chaîne, la pro­vince est aus­si riche en bre­vets et en connais­sances pour les créer. MmeHoude rap­pelle que l’IREQ , l’Ins­ti­tut de re­cherche d’Hy­dro-Qué­bec, a gran­de­ment contri­bué au dé­ve­lop­pe­ment des bat­te­ries li­thium-ion.

En ce qui a trait à la fa­bri­ca­tion de pièces, la pro­vince est éga­le­ment bien pla­cée pour réus­sir: riche en alu­mi­nium, elle a tout ce qu’il faut pour fa­bri­quer avec ce mé­tal lé­ger des com­po­santes au poids avan­ta­geux qui per­met à un vé­hi­cule d’al­ler plus loin sur une même charge.

« C’est par exemple Ver­bom, une en­tre­prise de Sher­brooke qui fa­brique les pan­neaux la­té­raux de la Tes­la S », rap­pelle MmeHoude. Éco­sys­tème et par­te­na­riat Yan Ci­mon, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té La­val et spé­cia­liste de l’in­dus­trie au­to­mo­bile, est aus­si d’ac­cord pour dire que le Qué­bec est bien pla­cé pour pro­fi­ter des occasions d’af­faires que re­pré­sente l’es­sor de la voi­ture élec­trique. « Nous sommes très bons dans plu­sieurs seg­ments à va­leur ajou­tée de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, comme l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, les tech­no­lo­gies de re­charge et l’élec­tro­nique em­bar­quée », dit-il. Sauf qu’être com­pé­tent ne suf­fit pas. Pour s’in­té­grer dans la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment d’un grand joueur, il faut ga­gner sa confiance. Construire une voi­ture est une tâche d’une grande com­plexi­té, et les er­reurs en amont peuvent créer de très im­por­tants et de très coû­teux pro­blèmes en aval. Les en­tre­prises vou­dront donc certes tra­vailler avec des firmes qui maî­trisent leur sa­voir-faire, mais sur­tout en qui elles croient.

« Dans un tel contexte, il ne faut pas sous-es­ti­mer l’ef­fort que ça prend pour faire la pre­mière vente, dit M. Ci­mon. Si on livre, on risque ce­pen­dant d’avoir du bou­lot pour une bonne pé­riode de temps. » Com­ment se glis­ser dans une telle chaîne? Une des stra­té­gies est de s’in­té­grer dans l’éco­sys­tème, de for­mer des par­te­na­riats, de s’al­lier avec un autre plus gros joueur pour of­frir à un construc­teur une so­lu­tion clé en main.

Plu­tôt que de dire à un construc­teur « nous construi­sons tel pro­duit, et toi, tu peux t’ar­ran­ger avec le reste », ex­plique Mme Houde, de Pro­pul­sion Qué­bec, une firme pour­rait s’al­lier avec d’autres pour of­frir à un grand fa­bri­cant une so­lu­tion in­té­grée.

C’est la stra­té­gie qu’a prise no­tam­ment Led­darTech, de Qué­bec, qui a an­non­cé, en fé­vrier 2017, un par­te­na­riat avec la firme al­le­mande IDT, par le­quel les deux firmes s’en­ten­daient pour col­la­bo­rer dans le projet de concep­tion, de pro­duc­tion et de com­mer­cia­li­sa­tion d’une deuxième gé­né­ra­tion de cir­cuits in­té­grés pour le sec­teur au­to­mo­bile.

M. Ci­mon, de l’Uni­ver­si­té La­val, croit que les en­tre­prises de la pro­vince pour­raient ain­si se créer de belles occasions d’af­faires à l’échelle ca­na­dienne. « C’est clair qu’il y a de belles occasions chez les four­nis­seurs de pre­mier tiers comme les Ma­gna ou Li­na­mar de ce monde », dit-il. Car se­lon lui, même si une en­tre­prise qué­bé­coise se spé­cia­lise dans un do­maine qui est exac­te­ment le même que ce­lui de ces four­nis­seurs, celle-ci pour­rait trou­ver une ma­nière d’être com­plé­men­taire et d’ajou­ter de la va­leur à ce qu’ils font pour leurs clients.

Une en­tre­prise pour­rait aus­si for­mer des al­liances avec une firme qui est dé­jà dans la chaîne de construc­tion de ces four­nis­seurs. « Il faut se rendre in­dis­pen­sable », dit M. Ci­mon. Quand le trem­ble­ment de terre de Fu­ku­shi­ma s’est pro­duit en 2011, toute l’éco­no­mie de la ré­gion s’est ar­rê­tée. Sou­dai­ne­ment, de grands construc­teurs comme BMW ne pou­vaient plus li­vrer cer­tains mo­dèles de voi­tures au Qué­bec parce que leurs four­nis­seurs pour cer­tains in­trants se trou­vaient pra­ti­que­ment tous dans cette ré­gion. Cette his­toire a ré­vé­lé que les joueurs ja­po­nais ont su se rendre in­dis­pen­sables dans cer­tains do­maines clés, ex­plique M. Ci­mon.

« Au Qué­bec, on est plus que ca­pables, nous aus­si, de de­ve­nir des in­con­tour­nables dans plu­sieurs tech­no­lo­gies liées aux au­to­mo­biles élec­triques, dit-il. Et c’est ain­si que l’on de­vrait se po­si­tion­ner. »

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