Le Ma­roc, porte d’en­trée du mar­ché afri­cain

Les Affaires - - Billet | Sommaire - Fran­çois Nor­mand fran­cois.nor­[email protected] @fran­cois­nor­mand

Le Qué­bec voit de plus en plus le Ma­roc dans sa soupe. C’est pour­quoi le gou­ver­ne­ment Couillard ou­vri­ra un bureau de re­pré­sen­ta­tion à Ra­bat, afin de pro­fi­ter du dy­na­misme de ce pays fran­co­phone, où le gou­ver­ne­ment lo­cal et les mul­ti­na­tio­nales in­ves­tissent mas­si­ve­ment.

Le Ma­roc est de prime abord un mar­ché in­té­res­sant, avec ses 35 mil­lions d’ha­bi­tants. Il l’est aus­si en rai­son de ses liens avec le reste de l’Afrique, car les en­tre­prises ma­ro­caines ont sou­vent des chaînes lo­gis­tiques conti­nen­tales. « La porte d’en­trée du conti­nent afri­cain pour nos en­tre­prises, ce n’est ni le Sé­né­gal ni la Côte d’Ivoire : c’est le Ma­roc », confirme Karl Mi­ville de Chene, ex­pert en dé­ve­lop­pe­ment du com­merce in­ter­na­tio­nal et as­so­cié chez Con­tacts Monde, en fai­sant ré­fé­rence aux re­pré­sen­ta­tions que le Qué­bec a dé­jà dans ces deux pays.

Le Qué­bec a tou­te­fois de la dif­fi­cul­té à pro­fi­ter du dy­na­misme du Ma­roc, comme en té­moigne le dé­clin de ses ex­por­ta­tions de­puis cinq ans. En 2013, les ex­pé­di­tions des en­tre­prises qué­bé­coises vers ce pays ont to­ta­li­sé 72,3 mil­lions de dol­lars. Or, en 2017, elles avaient fon­du à 35 M$, se­lon l’Ins­ti­tut de la sta­tis­tique du Qué­bec (ISQ). Les forces du Ma­roc Après un ra­len­tis­se­ment à l’été 2016, la crois­sance éco­no­mique du pays re­prend du poil de la bête. Cette an­née, le PIB de­vrait pro­gres­ser de 3,8 %, et main­te­nir en­suite sa pro­gres­sion à 3,7 % et à 3,6 % en 2018 et 2019 res­pec­ti­ve­ment, se­lon la Banque mon­diale. Le Ma­roc per­forme moins bien que l’en­semble des éco­no­mies émer­gentes, comme la Chine ou l’Inde. En re­vanche, sa per­for­mance est su­pé­rieure à la moyenne des pays de l’Afrique sub­sa­ha­rienne, qui abrite no­tam­ment l’Afrique du Sud.

Quel est son se­cret ? « L’éco­no­mie du Ma­roc doit son suc­cès à sa di­ver­si­fi­ca­tion », af­fir­mait ré­cem­ment Zah­ra Maa­fi­ri, di­rec­trice gé­né­rale de l’agence Ma­roc Ex­port, lors du Fo­rum Afrique Ex­pan­sion 2017 qui s’est te­nu à Mon­tréal. Le royaume a des forces dans l’agroa­li­men­taire, le tou­risme, les éner­gies vertes, l’in­dus­trie nu­mé­rique ain­si que le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier.

L’aé­ro­nau­tique connaît un boom ex­cep­tion­nel. « Ce sec­teur af­fiche une crois­sance moyenne de 17 % par an­née de­puis 7 ans », sou­ligne Mme Maa­fi­ri. Le pays est en train de dé­ve­lop­per une pla­te­forme de plus en plus im­por­tante dans ce sec­teur. On y compte 120 en­tre­prises, qui af­fichent des ventes de 1 mil­liard de dol­lars par an­née et qui em­ploient 12 000 per­sonnes. On y re­trouve de grands noms tels que la Fran­çaise Tha­lès, l’Amé­ri­caine UTC Ae­ros­pace Sys­tems et, de­puis peu, Bom­bar­dier Aé­ro­nau­tique. La so­cié­té qué­bé­coise a des ins­tal­la­tions spé­cia­li­sées dans les aé­ro­struc­tures et les ser­vices d’in­gé­nie­rie à Ca­sa­blan­ca, la mé­tro­pole éco­no­mique du pays. Bom­bar­dier n’a pas ré­pon­du à notre de­mande d’en­tre­vue afin d’en sa­voir plus.

Bel­ga­cem Rah­ma­ni, maître d’en­sei­gne­ment à HEC Mon­tréal, es­time que le po­ten­tiel de crois­sance de l’in­dus­trie aé­ro­nau­tique est en­core très im­por­tant au Ma­roc. « Avec l’ar­ri­vée de Boeing, in­dique-t-il, le gou­ver­ne­ment a ré­per­to­rié 120 four­nis­seurs ad­di­tion­nels qui pour­raient être in­té­res­sés à s’ins­tal­ler au Ma­roc et dou­bler ain­si l’ac­ti­vi­té . » Pour­quoi s’im­plan­ter ? Les en­tre­prises étran­gères s’ins­tallent au Ma­roc pour plu­sieurs rai­sons, se­lon la so­cié­té d’État In­vest in Mo­roc­co : les coûts de pro­duc­tion sont concur­ren­tiels, les prin­ci­paux in­di­ca­teurs éco­no­miques sont forts et stables (comme son PIB) et le gou­ver­ne­ment y dé­ploie des stra­té­gies sec­to­rielles am­bi­tieuses, no­tam­ment dans les éner­gies vertes.

Le pays dis­pose aus­si d’in­fra­struc­tures qui ré­pondent aux stan­dards in­ter­na­tio­naux que re­cherchent les en­tre­prises et les in­ves­tis­seurs.

Le Ma­roc se classe au troi­sième rang en Afrique pour ce qui est de la fa­ci­li­té d’y faire des af­faires, se­lon un clas­se­ment du ma­ga­zine Jeune Afrique. Dans une ana­lyse sur le Ma­roc, Ex­por­ta­tion et dé­ve­lop­pe­ment Ca­na­da (EDC) af­firme que ce pays est un « mar­ché de choix » pour les ex­por­ta­teurs ca­na­diens. « L’en­vi­ron­ne­ment com­mer­cial compte par­mi les plus so­phis­ti­qués et dé­ve­lop­pés du conti­nent afri­cain, tan­dis que l’en­vi­ron­ne­ment po­li­tique reste stable », écrivent les ana­lystes d’EDC. Se­lon l’agence fé­dé­rale, il existe de nom­breuses oc­ca­sions d’af­faires dans les sec­teurs pri­vés et pu­blics. EDC cible cinq sec­teurs clés pour les en­tre­prises ca­na­diennes : l’agri­cul­ture, la construc­tion et les in­fra­struc­tures, les mines et les mé­taux, les ser­vices de trans­port, de même que les té­lé­com­mu­ni­ca­tions.

En re­vanche, le pays a aus­si des fai­blesses, se­lon Co­face, une so­cié­té pri­vée fran­çaise d’as­su­rance pour les ex­por­ta­teurs. L’éco­no­mie est dé­pen­dante du sec­teur agri­cole. Il y a d’im­por­tantes dis­pa­ri­tés so­ciales et ré­gio­nales, même si le taux de pau­vre­té (qui de­meure éle­vé) di­mi­nue gra­duel­le­ment. Le pays af­fiche aus­si un faible taux de pro­duc­ti­vi­té. En­fin, bien que le Ma­roc soit une mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle, la presse n’y est pas libre, se­lon l’ONG amé­ri­caine Free­dom House. Ce qui si­gni­fie que l’en­tre­prise et les in­ves­tis­seurs n’ont pas tou­jours l’heure juste à pro­pos de la si­tua­tion po­li­tique et so­cioé­co­no­mique.

Ce­la dit, si l’on tient compte de la ré­gion où se trouve le Ma­roc (le Ma­grheb), le pays de­meure un mo­dèle de sta­bi­li­té po­li­tique cinq ans après le prin­temps arabe, se­lon l’ins­ti­tut AON, un des ges­tion­naires de risques et des cour­tiers en as­su­rances les plus im­por­tants au monde.

Le royaume a été épargné par les ré­vo­lu­tions arabes pour trois rai­sons fon­da­men­tales, sou­ligne pour sa part dans une ana­lyse Flo­rence Ga­bay, vice-pré­si­dente de l’Ins­ti­tut Ro­bert Schu­man pour l’Eu­rope : le roi Mo­ham­med VI a su an­ti­ci­per les de­mandes so­cioé­co­no­miques des Ma­ro­cains ; plu­sieurs po­li­tiques pu­bliques ont fa­vo­ri­sé une re­lance éco­no­mique ; le pays a fait des ef­forts pour ac­croître les ex­por­ta­tions de ses en­tre­prises.

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