Ai­der sa fille ou la re­traite do­rée ? Les deux !

Les Affaires - - Sommaire - Cli­nique re­traite Da­niel Ger­main da­niel.ger­main@tc.tc da­niel_­ger­main

Il y a un mot pour dé­crire la si­tua­tion fi­nan­cière de Fran­cis : par­faite. Elle est le ré­sul­tat de mul­tiples fac­teurs, dont la ri­gueur avec la­quelle notre lec­teur a gé­ré ses af­faires, ri­gueur que cer­tains pour­raient confondre avec de l’in­sé­cu­ri­té. Qu’im­porte de quoi il s’agit, elle a me­né le fu­tur re­trai­té à com­mu­ni­quer avec nous. Fran­cis se de­mande s’il peut par­faire son plan en vue d’at­teindre ses ob­jec­tifs de re­traite.

Sa confor­table po­si­tion ne tient pas qu’à sa dis­ci­pline d’épargne, il faut dire. L’homme de 55 ans gagne un sa­laire dans la fonc­tion pu­blique qui frise les 120000$ et bé­né­fi­cie d’un ré­gime de re­traite à pres­ta­tions dé­ter­mi­nées qui lui pro­cu­re­ra 70% de son re­ve­nu de fonc­tion­naire.

À sa place, d’autres ne se se­raient pas sou­ciés d’épar­gner en vue de la re­traite. Il faut sa­voir que Fran­cis sou­tient fi­nan­ciè­re­ment sa fille qui, en rai­son de pro­blème de san­té, a in­ter­rom­pu ses études uni­ver­si­taires qui l’ont en­det­tée de 25000$. Elle doit se conten­ter d’un em­ploi au sa­laire mi­ni­mum. « Mon épouse et moi l’ai­dons du mieux qu’on peut, en payant son ser­vice cel­lu­laire, les frais d’en­tre­tien de sa voi­ture, l’épi­ce­rie à l’oc­ca­sion et en lui of­frant des ca­deaux. » Il lui loue éga­le­ment un condo au prix qu’un pa­rent exige na­tu­rel­le­ment à son en­fant, sous les va­leurs du mar­ché.

C’est là sans doute la prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion de Fran­cis. Il est prêt à tra­vailler jus­qu’à 65 ans s’il le faut pour conti­nuer d’ai­der sa fille. « Mais est-ce pos­sible de le faire en me re­ti­rant à 59 ans? » de­mande-t-il.

La conjointe de Fran­cis est à la re­traite de­puis bien­tôt trois ans. Elle a quit­té la vie ac­tive avec beau­coup moins d’avan­tages que ceux dont pro­fi­te­ra son ma­ri, mais tout de même avec une épargne res­pec­table. Ma­dame dé­tient 76000$ dans un compte de re­traite im­mo­bi­li­sé (CRI) et plus de 240000$ de REER, dont la ma­jeure par­tie pro­vient des contri­bu­tions du conjoint au Fonds de so­li­da­ri­té FTQ. Son CELI contient 62000$ aux­quels s’ajoutent 83000$ d’épargne non en­re­gis­trée.

C’est peu en com­pa­rai­son de ce qu’a pu mettre de cô­té Fran­cis. En REER, il pos­sède 160000$. Il a 88000$ dans son CELI, signe qu’il a été bien in­ves­ti, et plus de 415000$, un cous­sin tout aus­si bien gé­ré.

La co­pro­prié­té qu’il loue à sa fille est éva­luée à 300000$ et hy­po­thé­quée de 163000$. La mai­son qu’il dé­tient avec sa conjointe vaut 380000$ et est libre d’hy­po­thèque. Les biens im­mo­bi­liers ne sont pas utiles dans la pla­ni­fi­ca­tion, bien que leur pro­prié­taire se de­mande s’il n’y au­rait pas de stra­té­gie fis­cale plus avan­ta­geuse qu’une autre à la re­vente.

Ses ques­tions: Que de­vrait-il dé­cais­ser en pre­mier (REER, CELI, épargne non re­gis­trée)? Quand de­man­der la rente du RRQ et la pres­ta­tion de la Sé­cu­ri­té de la vieillesse (SV)? En rai­son de son ré­gime de re­traite d’em­ployeur, per­dra-t-il de la SV? De­vrait-il rem­bour­ser l’hy­po­thèque du condo d’un coup ou lais­ser son ar­gent in­ves­ti ? En­fin, nous ou­vrons les guille­mets : « Com­bien faut-il pour cou­vrir une coche (un coût de vie) au-des­sus de la classe moyenne? »

Nous avons confié ces in­ter­ro­ga­tions à Da­niel La­ver­dière, di­rec­teur prin­ci­pal chez Banque Na­tio­nale Ges­tion Pri­vée 1859. Après avoir ana­ly­sé le ré­gime de re­traite de Fran­cis, il conclut que notre lec­teur pour­ra en ti­rer des re­ve­nus de 71000$, in­dexés, aux­quels s’ajoutent 12000$ par an­née jus­qu’à l’âge de 65 ans. Cette somme est un pont of­fert par son ré­gime d’em­ployeur jus­qu’à ce qu’il puisse tou­cher la pen­sion de la Sé­cu­ri­té du re­ve­nu et les rentes du RRQ sans pé­na­li­té. « La pre­mière chose à faire se­ra de frac­tion­ner les re­ve­nus avec sa conjointe », dit-il. La stra­té­gie consiste à sé­pa­rer les re­ve­nus le plus équi­ta­ble­ment entre les conjoints. Les couples re­trai­tés peuvent frac­tion­ner les re­ve­nus ti­rés du REER-FERR (à par­tir de 65 ans). Les pres­ta­tions du ré­gime de re­traite d’em­ployeur peuvent être frac­tion­nées à comp­ter de 65 ans au pro­vin­cial, et avant au fé­dé­ral. En plus de ré­duire la fac­ture fis­cale du couple, ce­la évi­te­ra de payer de l’im­pôt de ré­cu­pé­ra­tion de la SV, qui s’ap­plique ac­tuel­le­ment sur les re­ve­nus in­di­vi­duels qui dé­passent 74788$ (in­dexés).

Da­niel La­ver­dière re­com­mande de re­ti­rer l’épargne non en­re­gis­trée d’abord, puis d’épui­ser le REER, « tout en s’as­su­rant de ni­ve­ler le plus pos­sible de re­ve­nu im­po­sable au cours des an­nées », pré­cise-t-il. Quant au CELI, il conti­nue­ra de croître.

Autre re­com­man­da­tion de l’ex­pert: à moins que des pro­blèmes de san­té ne se ma­ni­festent, mieux vaut at­tendre à 70 ans avant de re­ti­rer la rente du RRQ et la pen­sion de la SV; les pres­ta­tions s’en trou­ve­ront bo­ni­fiées la vie du­rant. « Le couple peut fa­ci­le­ment s’en pas­ser avant », note le pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier.

Tou­chons l’im­mo­bi­lier. La mai­son comme le condo (comme sa fille y ha­bite) peuvent être dé­si­gnés comme ré­si­dences prin­ci­pales.

Un seul des biens peut tou­te­fois bé­né­fi­cier de l’exo­né­ra­tion fis­cale à la re­vente, ou les deux, en par­tie. Fran­cis de­vra cal­cu­ler la moyenne an­nuelle des gains en ca­pi­tal de cha­cune des pro­prié­tés pour connaître l’op­tion la plus avan­ta­geuse.

Pour qu’il soit pré­fé­rable de conser­ver l’hy­po­thèque d’un cô­té et les pla­ce­ments de l’autre, les ren­de­ments sur ces der­niers doivent rap­por­ter deux fois l’équi­valent de l’in­té­rêt ap­pli­qué sur le prêt hy­po­thé­caire, rap­pelle M. La­ver­dière. Par exemple, si le taux hy­po­thé­caire est de 3 %, les pla­ce­ments de­vront gé­né­rer 6% (im­po­sable).

Ve­nons-en aux prin­ci­pales pré­oc­cu­pa­tions de notre lec­teur. Peut-il prendre sa re­traite dès 59 ans tout en conti­nuant à sou­te­nir sa fille ? Pour­ra-t-il s’of­frir une re­traite au-des­sus de la classe moyenne?

« Ac­tuel­le­ment, mon­sieur ar­rive à sou­te­nir sa fille et à épar­gner des sommes im­por­tantes grâce à un sa­laire de 120000$. Grâce à ses rentes, aux pres­ta­tions de ré­gime de re­traite, à son épargne et celle de sa conjointe, il peut fa­ci­le­ment s’of­frir une re­traite au-des­sus de la moyenne à par­tir de 59 ans et conti­nuer à ai­der son en­fant », dit-il.

En 2022, quand Fran­cis at­tein­dra 59 ans, il pour­ra as­su­mer un coût de vie, avec sa conjointe, de 96000$ (net). Il pour­ra pour­suivre la ca­dence du­rant toute sa re­traite, peu im­porte l’âge du dé­cès. Il n’ar­ri­ve­ra ja­mais au bout de son épargne.

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