Bio­éner­gie La Tuque veut nous faire car­bu­rer aux ré­si­dus fo­res­tiers

Les Affaires - - Énergie - Alain McKen­na re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Éner­gie

La pro­messe de Bio­éner­gie La Tuque (BELT) est am­bi­tieuse : dé­bar­ras­ser le sol de cette mu­ni­ci­pa­li­té de la Mau­ri­cie des ré­si­dus qui em­pêchent la fo­rêt de se re­nou­ve­ler, tout en pro­dui­sant un bio­car­bu­rant apte à ali­men­ter le trans­port rou­tier et aé­rien de la pro­vince. Rien de moins.

Pour y ar­ri­ver, l’or­ga­nisme mau­ri­cien doit faire preuve de pa­tience. Dé­voi­lé au dé­but de 2017, le pro­jet, s’il se réa­lise, se­ra opé­ra­tion­nel en 2023 seule­ment. En ce mo­ment, Pa­trice Bergeron, pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de BELT, qui di­rige le pro­jet à temps plein, en est à bou­cler le fi­nan­ce­ment de la se­conde phase de­vant me­ner à la construc­tion d’une bio­raf­fi­ne­rie. Celle-ci pro­dui­ra du car­bu­rant pou­vant être ajou­té au die­sel, au ma­zout ou même à l’es­sence, afin de ré­duire les émis­sions pol­luantes des vé­hi­cules mo­to­ri­sés.

Cette se­conde phase pren­dra la forme d’études de fai­sa­bi­li­té et de dé­mons­tra­tion tech­no­lo­gique afin de prou­ver que la pratique rat­tra­pe­ra éven­tuel­le­ment la théo­rie, se­lon la­quelle cette usine ne man­que­ra pas de ma­tière pre­mière, d’une part, et qu’elle rem­pli­ra ses pro­messes éco­no­miques et en­vi­ron­ne­men­tales, d’autre part. Si tout se dé­roule comme pré­vu, la construc­tion de l’usine se­ra of­fi­cia­li­sée en 2020. La somme to­tale de l’in­ves­tis­se­ment est de 1 mil­liard de dol­lars, et se par­tage entre les dif­fé­rents ordres gou­ver­ne­men­taux et Neste, un spé­cia­liste fin­lan­dais des bio­car­bu­rants.

Québec doit agir ra­pi­de­ment

Jus­qu’à pré­sent, tout va ron­de­ment à un dé­tail près, sou­tient M. Bergeron : le Québec est un des rares ter­ri­toires en Amé­rique du Nord à ne pas avoir de norme obli­geant les pé­tro­lières à ajou­ter des bio­car­bu­rants à leurs pro­duits. Si le pro­vin­cial n’agit pas ra­pi­de­ment, l’in­ves­tis­se­ment pour­rait ne ja­mais sur­ve­nir, craint-il.

Ce se­rait une perte éco­no­mique im­por­tante pour la ré­gion, ain­si que pour sa com­mu­nau­té at­ti­ka­mek, qui est im­pli­quée dans le pro­jet. « En plus de l’as­pect en­vi­ron­ne­men­tal, nous avons un ob­jec­tif de créa­tion d’em­plois pour les gens d’ici », ex­plique M. Bergeron. Au to­tal, ce sont quelque 500 tra­vailleurs qui pour­raient être re­quis pour faire fonc­tion­ner cette usine.

« La Tuque a vrai­ment les condi­tions idéales pour l’im­plan­ta­tion de cette usine, non seule­ment à l’échelle du Ca­na­da, mais à l’échelle mon­diale », pour­suit ce­lui qui est éga­le­ment as­so­cié à des cher­cheurs de l’Uni­ver­si­té du Québec à Trois-Ri­vières, pour ap­puyer le sé­rieux de sa dé­marche. « La bio­masse est abon­dante et elle est abor­dable. En fait, on pour­rait se la pro­cu­rer à un prix par­mi les plus concur­ren­tiels au monde. »

« Rem­bour­ser » sa dette de car­bone

En uti­li­sant les ré­si­dus re­je­tés par l’in­dus­trie fo­res­tière lo­cale, La Tuque suit une ten­dance émer­gente au Québec : la pro­duc­tion d’éner­gie à par­tir des dé­chets, do­mes­tiques ou in­dus­triels. Cette mou­vance est une voie étu­diée par plu­sieurs mu­ni­ci­pa­li­tés, qui sont en­cou­ra­gées par des me­sures pro­vin­ciales.

L’uti­li­sa­tion de bio­masse n’est tou­te­fois pas to­ta­le­ment propre. Éve­lyne Thif­fault, pro­fes­seure au dé­par­te­ment du bois et de la fo­rêt de l’Uni­ver­si­té La­val, ex­pli­quait ce prin­temps que la trans­for­ma­tion de la bio­masse en car­bu­rant ser­vant à ali­men­ter des mo­teurs ther­miques pro­duit au­tant, si­non plus de gaz à ef­fet de serre. En re­vanche, il s’agit d’une res­source re­nou­ve­lable, con­trai­re­ment aux hy­dro­car­bures. En consom­mant des ré­si­dus fo­res­tiers, on li­bère l’es­pace pour que la fo­rêt se renouvelle. Ces nou­velles pousses dé­com­posent le CO

2 am­biant par pho­to­syn­thèse, ce qui rend cette forme de pro­duc­tion d’éner­gie plus propre, à long terme. Le dé­lai entre ces deux étapes crée ce qu’on ap­pelle une « dette de car­bone », que Bio­éner­gie La Tuque compte bien rem­bour­ser éven­tuel­le­ment.

« Nous sou­hai­tons avoir la tech­no­lo­gie la plus propre pos­sible. Quand on brûle du bio­car­bu­rant, c’est peut-être aus­si pol­luant que du pé­trole, mais on aide à net­toyer le sol des fo­rêts pour fa­ci­li­ter le re­boi­se­ment. À la fin, notre taux d’émis­sions se­ra neutre », dit M. Bergeron.

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