La pé­nu­rie de tra­vailleurs freine 40 % des PME

Consé­quences de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre

Les Affaires - - Sommaire - Ma­croé­co­no­mie Pierre Clé­roux re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Un nu­mé­ro à ne pas man­quer

Lors de mes ré­centes va­cances aux Îles-de-laMa­de­leine, j’ai pu consta­ter les ef­fets né­fastes de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre. Faute de tra­vailleurs, cer­tains res­tau­rants sont en ef­fet dans l’obli­ga­tion de fer­mer quelques jours par se­maine ou de ne plus ser­vir de pe­tits-dé­jeu­ners.

La si­tua­tion est alar­mante, et ce, par­tout au pays et dans plu­sieurs autres sec­teurs d’ac­ti­vi­té. Près de 40% des PME ca­na­diennes peinent à em­bau­cher de nou­veaux em­ployés, in­dique un nou­veau son­dage ef­fec­tué au­près de 1208en­tre­pre­neurs par notre équipe de re­cherche à la Banque de dé­ve­lop­pe­ment du Ca­na­da (BDC). La si­tua­tion, loin de s’amé­lio­rer, risque de per­du­rer pen­dant en­core une di­zaine d’an­nées.

L’im­pact sur les en­tre­prises est ma­jeur. Le manque de main-d’oeuvre freine l’ex­pan­sion de plus de 4 en­tre­prises sur 10qui doivent entre autres re­fu­ser des com­mandes, re­tar­der des li­vrai­sons ou en­core of­frir des pro­duits et des ser­vices de moindre qua­li­té. Les en­tre­prises les plus tou­chées par les pé­nu­ries de main-d’oeuvre ont 65% plus de chances de gé­né­rer de faibles ventes. Les sec­teurs de la fa­bri­ca­tion, du com­merce de dé­tail et de la construc­tion sont les plus tou­chés.

Or, en rai­son des pé­nu­ries de main-d’oeuvre, plus de la moi­tié (56%) des en­tre­pre­neurs sou­lignent que les res­sources exis­tantes doivent mettre les bou­chées doubles, tan­dis que 47% des per­sonnes in­ter­ro­gées af­firment avoir dû aug­men­ter leurs sa­laires. Pour ré­pondre à leurs be­soins en ma­tière d’em­bauche, les en­tre­pre­neurs se tournent aus­si vers des em­ployés moins qua­li­fiés.

Sans ou­blier les coûts in­di­rects liés à la si­tua­tion. Faute de tra­vailleurs, des cadres su­pé­rieurs sont obli­gés de pas­ser plus de temps dans l’usine, sur le plan­cher. Par consé­quent, ils en consacrent beau­coup moins à d’autres ac­ti­vi­tés à forte va­leur ajou­tée, comme le dé­ve­lop­pe­ment de pro­jets.

La tech­no­lo­gie et l’im­mi­gra­tion à la res­cousse

Les so­cié­tés qui sont aux prises avec des pé­nu­ries de main-d’oeuvre ont tout in­té­rêt à amé- lio­rer leur ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle. À l’ère de l’usine 4.0, l’uti­li­sa­tion des nou­velles tech­no­lo­gies et l’au­to­ma­ti­sa­tion des pro­ces­sus de pro­duc­tion et même de ges­tion sont de­ve­nues in­con­tour­nables ain­si que l’une des so­lu­tions au manque de tra­vailleurs.

Les en­tre­pre­neurs de­vraient aus­si son­ger à em­bau­cher des im­mi­grants et de nou­veaux ar­ri­vants s’ils ne veulent pas frei­ner leur crois­sance. Si bon nombre d’en­tre­prises par­ti­cipent à des mis­sions à l’étran­ger pour re­cru­ter du per­son­nel, l’em­bauche de nou­veaux ar­ri­vants est pour­tant la stra­té­gie la moins uti­li­sée par les en­tre­pre­neurs pour trou­ver des tra­vailleurs, in­dique notre étude. Les pro­prié­taires d’en­tre­prises se privent ain­si d’un im­por­tant bas­sin de ta­lents.

D’au­tant que les dif­fi­cul­tés de re­cru­te­ment, en par­tie at­tri­buables à la forte de­mande de main-d’oeuvre gé­né­rée par une crois­sance éco­no­mique ro­buste, ne sont pas près de s’es­tom­per. L’ex­pan­sion de­vrait en ef­fet se pour­suivre jus­qu’en 2020, ce qui sti­mu­le­ra en­core la de­mande d’em­ployés. Pen­dant ce temps, la crois­sance de la main-d’oeuvre au Ca­na­da de­vrait conti­nuer d’avoi­si­ner le zé­ro.

la Les Af­faires consa­cre­ra un nu­mé­ro spé­cial por­tant sur des so­lu­tions pour sor­tir de la crise de la main-d’oeuvre. À lire le 26 sep­tembre.

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