Oli­vier Sch­mou­ker

Les Affaires - - Sommaire - Si­mon Lord re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Évé­ne­ment Les Af­faires Chro­nique

15 Voi­ci com­ment bien vo­ter !

Dif­fi­cile de faire de réels gains en san­té et sé­cu­ri­té du tra­vail (SST) sans en faire une vé­ri­table prio­ri­té. Pour amé­lio­rer du­ra­ble­ment vos ré­sul­tats, chan­gez du­ra­ble­ment vos pra­tiques. En d’autres termes, faites de la SST un élé­ment-clé de votre culture. Voi­ci com­ment l’ont fait deux en­tre­prises, et quels ré­sul­tats elles ont ob­te­nus.

« La culture, en san­té et sé­cu­ri­té, c’est le risque au­quel une en­tre­prise est prête à ex­po­ser ses tra­vailleurs. Si nous avons la vo­lon­té de ne pas bles­ser nos em­ployés, nous de­vons donc prendre nos res­pon­sa­bi­li­tés et agir pour sou­te­nir nos pa­roles », in­dique Pierre Ja­nelle, le vice-pré­sident des opé­ra­tions et de la ges­tion des ac­tifs chez Kru­ger Éner­gie.

Son en­tre­prise peut au­jourd’hui se van­ter d’avoir amé­lio­ré de ma­nière ra­di­cale la SST telle qu’elle est me­su­rée par le taux d’in­ci­dents OSHA, un in­di­ca­teur qui re­pré­sente le pour­cen­tage des tra­vailleurs qui ont su­bi une lé­sion pro­fes­sion­nelle ayant cau­sé une in­ap­ti­tude au tra­vail, une res­tric­tion des ac­ti­vi­tés ou des trai­te­ments mé­di­caux.

Il y a quatre ans, Kru­ger Éner­gie pré­sen­tait un taux OSHA de 3,2. De­puis deux ans et de­mi, ce­lui-ci est tou­te­fois tom­bé à zé­ro, ce qui si­gni­fie qu’au­cun in­ci­dent n’a été en­re­gis­tré. Com­ment l’en­tre­prise y est-elle ar­ri­vée?

M. Ja­nelle, qui se­ra confé­ren­cier le 26 sep­tembre à l’évé­ne­ment San­té et sé­cu­ri­té du tra­vail, or­ga­ni­sé par le Groupe Les Af­faires, ra­conte que les ré­sul­tats de Kru­ger en ma­tière de SST com­men­çaient à pla­fon­ner il y a quatre ans. « On s’est dit que si on gardait la même phi­lo­so­phie, on au­rait les mêmes ré­sul­tats, ex­plique-t-il. Alors on a tout sim­ple­ment chan­gé notre stra­té­gie, on a revu notre pro­gramme de prévention. »

For­mer et im­pli­quer

Les chan­ge­ments ap­por­tés par Kru­ger Éner­gie vi­saient à éli­mi­ner les dangers à la source. Ils se sont dé­cli­nés en trois grands points.

L’en­tre­prise a d’abord ren­du les ges­tion­naires res­pon­sables de l’ap­pli­ca­tion de sa stra­té­gie. « Sou­vent, les or­ga­ni­sa­tions mettent l’ap­pli­ca­tion de leur plan dans les mains d’un co­or­don­na­teur SST. En consé­quence, les ges­tion­naires n’ont pas le sen­ti­ment d’en être res­pon­sables », ex­plique M. Ja­nelle.

Kru­ger Éner­gie a en­suite dé­ter­mi­né les risques de fa­çon à les éli­mi­ner, en fai­sant par­ti­ci­per au maxi­mum ses em­ployés: étant sur les lieux de tra­vail, ce sont eux qui sont les mieux pla­cés pour re­pé­rer les dangers. L’en­tre­prise les a aus­si fait par­ti­ci­per à l’éla­bo­ra­tion des so­lu­tions. « Per­sonne ne sou­haite re­tour­ner chez soi avec un membre en moins, alors les gens veulent par­ti­ci­per, dit M. Ja­nelle. Mais ça aide quand on leur dit qu’ils font par­tie non pas du pro­blème, à cause de leur com­por­te­ment, mais bien de la so­lu­tion. » Faire par­ti­ci­per réel­le­ment les tra­vailleurs as­sure aus­si le suc­cès de la stra­té­gie: en par­ti­ci­pant, ils en de­viennent les por­teurs. « C’est as­sez dif­fi­cile de se contes­ter soi-même! », dit M. Ja­nelle.

Le troi­sième point de la stra­té­gie était de for­mer les em­ployés. Comme ils sont par­fois seuls sur cer­tains sites de tra­vail, l’en­tre­prise vou­lait que les tra­vailleurs soient aus­si com­pé­tents en SST qu’un su­per­vi­seur pour­rait l’être. Elle leur a donc don­né une for­ma­tion du même ca­libre qu’elle au­rait don­né à un su­per­vi­seur SST. Elle l’a fait au moyen de l’ap­pli­ca- tion de mi­croap­pren­tis­sage Axo­ni­fy, qui don­nait des vi­déo­for­ma­tions et des tests, per­met­tant ain­si à Kru­ger Éner­gie d’éva­luer l’ap­pren­tis­sage. Les em­ployés, eux, ac­cu­mu­laient des points et pou­vaient les échan­ger contre des pro­duits pro­mo­tion­nels de l’en­tre­prise comme des cas­quettes ou des man­teaux. « Cette dé­marche, moins théo­rique, ren­dait la for­ma­tion plus in­té­res­sante », dit M. Ja­nelle. Après les chan­ge­ments pi­lo­tés, force est de consta­ter pour lui que la culture de son en­tre­prise a bel et bien chan­gé dans le sens d’une plus grande at­ten­tion à la sé­cu­ri­té.

Une jour­née consa­crée à la sé­cu­ri­té

Sou­cy Tech­no, une PME de Sher­brooke spé­cia­li­sée dans la pro­duc­tion de ca­ou­tchouc, fait cette an­née par­tie des Grands Prix san­té et sé­cu­ri­té du tra­vail. Elle ai­me­rait bien rem­por­ter le prix Innovation. Quelle ini­tia­tive, se­lon elle, lui vau­drait cette re­con­nais­sance? Sa jour­née SST: de­puis six ans, l’en­tre­prise consacre une jour­née en­tière à la SST. Elle ar­rête la pro­duc­tion, li­bère ses em­ployés et or­ga­nise des conférences, des for­ma­tions et des ac­ti­vi­tés in­ter­ac­tives liées à la prévention. Le thème gé­né­ral va­rie en fonc­tion des prio­ri­tés ou des be­soins.

Grâce à cette ini­tia­tive, les tra­vailleurs sont plus sen­si­bi­li­sés, ex­plique Mar­tin La­perle, le res­pon­sable des pro­cé­dés. « Ils s’im­pliquent, s’in­té­ressent et sont prêts à chan­ger les choses parce qu’ils voient que l’en­tre­prise tient réel­le­ment à coeur la san­té et la sé­cu­ri­té. » La pre­mière édi­tion, qui a se­lon lui per­mis de créer une prise de conscience dans l’es­prit de tra­vailleurs, a d’ailleurs été un ca­ta­ly­seur pour axer da­van­tage la culture de l’en­tre­prise sur la SST. « On a au­jourd’hui 211em­ployés, soit 50 de plus que l’an der­nier, mais nos coûts liés à la SST conti­nuent de di­mi­nuer, dit M. La­perle. La sé­cu­ri­té, ça nous tient à coeur, mais pour avoir de vrais ré­sul­tats, il faut d’abord que nos gestes suivent notre pa­role. »

la amais les Qué­bé­cois n’ont été aus­si in­cer­tains à l’amorce d’une cam­pagne élec­to­rale: 45% des élec­teurs ad­mettent n’avoir qu’une « vague idée » du can­di­dat pour le­quel ils vont vo­ter et jugent « pro­bable » la pos­si­bi­li­té de chan­ger d’avis au cours des pro­chaines se­maines, se­lon un ré­cent son­dage Lé­ger- Le Jour­nal de Mon­tréal- LCN. Oui, vous avez bien lu: près de 1 Qué­bé­cois sur 2 ne sait pas en­core à qui il ac­cor­de­ra son vote le 1er oc­tobre!

Pas éton­nant, dès lors, que la Bous­sole élec­to­rale de Ra­dio-Ca­na­da connaisse un tel en­goue­ment: à peine 24 heures après le dé­clen­che­ment de la cam­pagne élec­to­rale, près de 45000 per­sonnes s’en étaient ser­vie. C’est que celle-ci per­met à chaque élec­teur in­dé­cis de voir dans quelle me­sure ses idées cor­res­pondent à celles des dif­fé­rents par­tis po­li­tiques en lice, et par suite, d’iden­ti­fier ce­lui avec le­quel il a le plus d’af­fi­ni­tés idéo­lo­giques. Et ce, quitte à avoir un sa­cré choc en dé­cou­vrant que ses va­leurs cor­res­pondent, en fin de compte, à un autre par­ti que pour ce­lui au­quel il donne ha­bi­tuel­le­ment son vote, ce qui ar­rive, pa­raît-il, as­sez sou­vent…

Une vague d’in­dé­cis? Une Bous­sole élec­to­rale qui dé­bous­sole plus qu’autre chose? Com­ment, diable, s’y re­trou­ver dans cette élec­tion ? Com­ment, donc, vo­ter pour la bonne per­sonne, celle qui adop­te­ra une po­li­tique à la fois ju­di­cieuse et au­da­cieuse, en droite ligne avec vos va­leurs les plus pro­fondes?

Te­nez-vous bien, je vais vous le dire. Si, si… tout sim­ple­ment grâce aux traits do­mi­nants de votre quo­ti­dien. Ex­pli­ca­tion.

Ch­ris­toph Arndt est pro­fes­seur de science po­li­tique à l’Uni­ver­si­té d’Aa­rhus, au Da­ne­mark, tout comme l’est Line Renn­wald, à l’Ins­ti­tut uni­ver­si­taire eu­ro­péen de Flo­rence, en Ita­lie. En­semble, ils ont re­gar­dé si le lieu où l’on tra­vaille avait la moindre in­ci­dence sur nos idées po­li­tiques. Ils ont fouillé dans une mine de don­nées à ce su­jet con­cer­nant 16 pays, et ont dé­ni­ché une constante ren­ver­sante: plus la taille de la PME dans la­quelle on tra­vaille est pe­tite, plus les chances sont grandes qu’on soit de droite, et ce, sa­chant que l’ab­sence de syn­di­cat est un fac­teur am­pli­fi­ca­teur de ce phé­no­mène.

Pre­nons des exemples pu­re­ment fic­tifs. Vous tra­vaillez dans la ma­çon­ne­rie, au sein d’une firme d’une ving­taine d’em­ployés. Les chances sont fortes que vous ayez dé­jà en­ten­du des propos du genre « Les chô­meurs? Des pa­ra­sites! » et autres « Un bon boss, c’est un boss qui met ses cu­lottes, qui com­mande et contrôle » – vous les avez peut-être même pro­non­cés vous-même, à l’oc­ca­sion. Ou en­core, vous tra­vaillez dans une chaîne de su­per­mar­chés san­té de quelque 600 em­ployés, et il vous est ar­ri­vé d’en­tendre des choses comme « Le chô­mage? Quoi de pire à vivre comme ex­pé­rience? » ou « Un bon boss, c’est un boss à l’écoute de ses em­ployés, qui n’a pas d’idées ar­rê­tées », voire de les dire vous-même. Et tout ça, mine de rien, vous in­fluence idéo­lo­gi­que­ment…

Au­tre­ment dit, re­gar­dez la taille de votre en­tre­prise ac­tuelle, et vous au­rez d’ores et dé­jà une bonne idée du cô­té vers le­quel vous pen­chez in­cons­ciem­ment.

Al­lons plus loin, main­te­nant. Ma­rianne Ber­trand est pro­fes­seure d’économie à l’École de com­merce Booth de l’Uni­ver­si­té de Chi­ca­go. Avec son col­lègue Emir Ka­me­ni­ca, celle qui est ré­gu­liè­re­ment pres­sen­tie pour le « prix No­bel » d’économie a ré­cem­ment dé­cou­vert que « nous sommes ce que nous consom­mons » et, donc, qu’il suf­fit de scru­ter notre pa­nier d’épi­ce­rie pour sa­voir si l’on est de droite ou de gauche.

Les deux cher­cheurs ont no­té que la po­la­ri­sa­tion po­li­tique était plus forte que ja­mais aux États-Unis, et ont eu la drôle d’idée de re­gar­der si celle-ci se re­trou­vait éga­le­ment dans les ha­bi­tudes de consom­ma­tion. C’est comme ça qu’ils ont vu que cer­tains achats per­met­taient à l’al­go­rithme qu’ils ont concoc­té de pré­dire, par­fois avec une cer­ti­tude de 90%, le pen­chant idéo­lo­gique de l’ache­teur.

Par exemple, s’il vous ar­rive d’ache­ter du ma­té­riel de chasse et pêche, si vous vous ser­vez sys­té­ma­ti­que­ment de vi­nai­grette ache­tée toute prête, si vous avez un faible pour le pain conge­lé et si vous ne ju­rez que par l’au­to­mo­bile pour vous dé­pla­cer, les chances sont très éle­vées que vous soyez fran­che­ment de droite. En re­vanche, si vous n’avez au­cun vé­hi­cule mo­to­ri­sé, si vous ai­mez flâ­ner dans les li­brai­ries, si vous vous pas­sez ai­sé­ment d’al­cool et si vous ne vous ser­vez ja­mais d’as­siettes et d’us­ten­siles je­tables, il est presque cer­tain que vous êtes fran­che­ment de gauche.

Pa­reille­ment, vous ado­rez re­gar­der les sports vi­rils à la té­lé­vi­sion, comme les courses au­to­mo­biles et le ho­ckey, et vous zap­pez les émis­sions hu­mo­ris­tiques: vous pou­vez ga­ger sur le fait que vous pen­chez à droite. In­ver­se­ment, vous n’ar­ri­vez pas à dé­cro­cher d’une sé­rie té­lé­vi­sée riche en psy­cho­lo­gie et vous ap­pré­ciez vous plon­ger dans des ma­ga­zines qui amènent à ré­flé­chir: ni une ni deux, vous êtes de gauche.

Criant de vé­ri­té, n’est-ce pas ? Ana­ly­sez à pré­sent vos propres ha­bi­tudes de consom­ma­tion, et vous ver­rez sû­re­ment plus clair en vous-même: non seule­ment vous sau­rez si vous êtes plu­tôt d’un bord que l’autre, mais aus­si vous re­trou­ve­rez le bon cap, ce­lui qui vous per­met­tra de faire le bon choix, une fois dans l’iso­loir. Et, sur­tout, vous ne vo­te­rez plus ja­mais en fonc­tion de cri­tères « niai­seux » comme la pres­tance du can­di­dat, ou en­core l’éclat de son sou­rire (ne rou­gis­sez pas, ça m’est ar­ri­vé à moi aus­si, je l’avoue…).

la

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.