Le bap­tême de feu du PDG de la nou­velle IPL

Les Affaires - - Sommaire - Do­mi­nique Beauchamp do­mi­nique.beauchamp@tc.tc Re­tour en Bourse : une évo­lu­tion na­tu­relle In­ves­tir

Le PDG de Plastiques IPL (IPLP, 12,24 $), re­ve­nue en Bourse le 28 juin, mène tout un com­bat de­puis le dé­but juin.

Outre l’ha­bi­tuelle tour­née épui­sante pour pro­mou­voir l’ap­pel pu­blic à l’épargne, l’Ir­lan­dais Alan Walsh a eu à com­po­ser avec le bond spectaculaire des prix de la ré­sine qui frappe toute l’in­dus­trie, obli­geant le fa­bri­cant de conte­nants de plas­tique ri­gide à émettre ses ac­tions au bas de la four­chette pré­vue.

Au­jourd’hui, l’as­cen­sion des prix du po­ly­pro­py­lène et du po­ly­éthy­lène, entre autres, jette de l’ombre sur ses pre­miers pas en Bourse.

Émise à 13,50 $, l’ac­tion d’IPL a per­du 9,3 % de­puis.

« Je n’ai ja­mais ob­ser­vé de hausses aus­si ra­pides de cette am­pleur en car­rière », ad­met M. Walsh en en­tre­vue, en fai­sant ré­fé­rence à l’aug­men­ta­tion de 13 % des cours de la ré­sine et à celle de 20 % des frais de lo­gis­tique et de trans­port, au pre­mier se­mestre.

Alors que le di­ri­geant as­su­rait aux in­ves­tis­seurs que sa so­cié­té était ré­sis­tante aux aléas éco­no­miques – grâce à son por­te­feuille di­ver­si­fié de pro­duits pour des in­dus­tries as­sez stables –, voi­là que le fa­bri­cant doit main­te­nant ex­pli­quer pour­quoi ses marges brutes ont fon­du de 4 % à 17,4 % au deuxième tri­mestre par rap­port à l’an der­nier. C’est l’en­vers de la mé­daille du fort bond de 12,4 % des ventes af­fi­ché au deuxième tri­mestre, sans l’ef­fet des prix.

Le grand pa­tron se re­trouve à dé­crire aux ana­lystes com­ment il en­tend contrer cette hausse sou­daine des coûts, au lieu de faire va­loir le po­ten­tiel de ses am­bi­tieux plans d’ex­pan­sion.

M. Walsh s’at­tend à ce que les prix de la ré­sine se sta­bi­lisent au deuxième se­mestre, à moins que des ou­ra­gans vio­lents ne per­turbent à nou­veau l’in­dus­trie pé­tro­chi­mique.

Dans l’in­ter­valle, IPL « aug­mente les prix contrac­tuels où c’est pos­sible de le faire et tente de re­né­go­cier les autres », dit-il.

Dé­jà, en juin et juillet, la moi­tié de la hausse du prix du po­ly­pro­py­lène a été trans­mise aux clients.

Pour tout nou­veau client, IPL es­saie d’in­sé­rer une clause d’in­dexa­tion aux frais de trans­port dans les nou­veaux contrats amé­ri­cains.

Le fa­bri­cant re­groupe aus­si des en­tre­pôts, op­ti­mise l’iti­né­raire de l’ex­pé­di­tion et im­plante un nou­veau sys­tème de ges­tion lo­gis­tique pour ré­duire ses dé­penses.

La ma­jo­ri­té des ana­lystes consul­tés sont op­ti­mistes à l’ef­fet qu’IPL pour­ra gra­duel­le­ment re­fi­ler aux clients une bonne part des coûts sup­plé­men­taires, mais cette conjonc­ture ajoute de nou­veaux dé­fis aux pro­messes de crois­sance éle­vée qu’IPL doit dé­jà sa­tis­faire. Forte de 14 usines, 2 400 em­ployés et 5 300 clients, la nou­velle IPL est re­ve­nue en Bourse pour ac­cé­lé­rer sa crois­sance, même si elle n’avait pas be­soin de ca­pi­taux. Le re­tour en Bourse a d’abord fa­ci­li­té le re­grou­pe­ment et la sim­pli­fi­ca­tion ad­mi­nis­tra­tive des deux so­cié­tés ex­ploi­tantes, en Ir­lande et à Saint-Da­miende-Bu­ck­land, dans la ré­gion de Chau­dière-Ap­pa­laches.

« Le rem­bour­se­ment de dettes de 105 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains nous donne la flexi­bi­li­té de réa­li­ser de nou­velles ac­qui­si­tions stra­té­giques plus ra­pi­de­ment que nous ne l’au­rions pu au­tre­ment », in­dique M Walsh.

L’achat, en juin 2017, de Ma­cro Plas­tics, par exemple – un fa­bri­cant de conte­nants réuti­li­sables pour la ma­nu­ten­tion dans les in­dus­tries agri­cole et au­to­mo­bile –, a four­ni une « troi­sième jambe stra­té­gique » à IPL.

Ce cré­neau croît non seule­ment plus vite que les deux autres, mais la ca­pa­ci­té des six ma­chines de Ma­cro Plas­tics, au Ken­tu­cky, sans égale en Amé­rique du Nord, lui pro­cure un so­lide avan­tage concur­ren­tiel, ex­plique M. Walsh.

Les fer­miers se servent des bacs de ma­nu­ten­tion pour leurs pommes, oranges, rai­sins et noix, tan­dis que le dis­tri­bu­teur Chep, par exemple, uti­lise ses boîtes pliables pour la lo­gis­tique des pièces au­to­mo­biles de Ford Mo­tor en Eu­rope de­puis dé­cembre 2017.

Ce pre­mier client de­vrait me­ner à d’autres contrats dans d’autres mar­chés de Ford et de la part d’autres construc­teurs au­to­mo­biles, es­père le di­ri­geant.

Signe que les fer­miers troquent de plus en plus les boîtes en bois et en car­ton contre les bacs en plas­tique, plus hy­gié­niques, le carnet de com­mandes at­teint un re­cord. Des in­ves­tis­se­ments im­por­tants Un pro­gramme d’in­ves­tis­se­ment de 240 M$ US dans huit usines, entre 2016 et 2021, de­vrait pro­pul­ser ses re­ve­nus de 35 % à 775 M$ US d’ici 2021. Le bé­né­fice d’ex­ploi­ta­tion ajus­té de­vrait suivre le mou­ve­ment.

Cette crois­sance ra­pide « pen­dant que le fer est chaud » coûte cher puisque IPL ré­in­ves­tit tous ses flux de tré­so­re­rie dans ses usines pour res­ter « pre­mière de classe », a ré­vé­lé ce­lui qui était chef des fi­nances avant d’être pro­mu PDG en 2011.

Les nou­velles presses du fa­bri­cant, dont celles d’Ed­mon­ton, im­priment par un pro­cé­dé de ther­mo­sta­tique tout l’as­pect gra­phique des conte­nants des pro­duits tels que yo­gourts, crème gla­cée ou sor­bets.

« Ce pro­cé­dé offre beau­coup de po­ten­tiel de crois­sance », as­sure M Walsh.

Scott From­son, de Mar­chés mon­diaux CIBC, ré­sume bien le portrait pour les in­ves­tis­seurs. L’an­née 2018 consti­tue une pé­riode de tran­si­tion pour IPL, alors que son plan de dé­penses at­teint une pointe. « L’an pro­chain de­vrait don­ner un meilleur aper­çu du po­ten­tiel à long terme pour la so­cié­té de gé­né­rer des flux de tré­so­re­rie », écrit-il. Des cibles re­pé­rées Les ac­qui­si­tions com­plètent le ta­bleau, mais M. Walsh pro­met qu’il res­te­ra aus­si sé­lec­tif et dis­ci­pli­né que dans le pas­sé.

Le comp­table de for­ma­tion es­saie d’évi­ter les mises aux en­chères où IPL pour­rait se bu­ter aux riches fonds d’in­ves­tis­se­ment pri­vés.

« Nous avons re­pé­ré des oc­ca­sions in­té­res­santes dans nos trois seg­ments, mais il est im­pos­sible de dire quand elles pour­raient abou­tir », sou­ligne-t-il.

Des ac­qui­si­tions ajou­te­raient à la crois­sance an­nuelle pro­mise de 6 % à 8 % des re­ve­nus et de 6 % à 9 % du bé­né­fice d’ex­ploi­ta­tion, se­lon les pré­vi­sions de la so­cié­té.

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