Do­mi­nique Beauchamp

– Thier­ry Trem­blay,

Les Affaires - - Sommaire - Ana­lyse en ac­tion S.R. – Quel sec­teur fa­vo­ri­sez-vous ? T.T.

Gare aux ex­cès de confiance !

es consom­ma­teurs amé­ri­cains n’ont pas été aus­si confiants de­puis 18 ans, rap­porte le der­nier son­dage du Con­fe­rence Board.

À 133,4 points, l’in­dice de confiance est le plus éle­vé de­puis oc­tobre 2000. Le taux de confiance dé­passe aus­si le ré­sul­tat de 94% de tous les son­dages men­suels réa­li­sés de­puis 1967.

Ce bon mo­ral sou­lève les dé­taillants en Bourse, qui rap­portent dans l’en­semble des ré­sul­tats net­te­ment su­pé­rieurs aux at­tentes, au deuxième tri­mestre.

Le faible taux de chô­mage et la hausse des re­ve­nus qui l’ac­com­pagne ra­vivent évi­dem­ment l’hu­meur dé­pen­sière des consom­ma­teurs amé­ri­cains.

On pour­rait pen­ser que des consom­ma­teurs dé­pen­siers sont un bon car­bu­rant tant pour l’économie que la Bourse, mais ce n’est pas le cas. En ef­fet, les ren­de­ments de­viennent moins gé­né­reux lorsque les consom­ma­teurs sont les plus confiants, si­gnale Char­lie Bi­lel­lo, di­rec­teur de la re­cherche chez le conseiller Pen­sion Part­ners.

Pas le si­gnal op­ti­miste qu’on ima­gine

« La confiance des consom­ma­teurs n’est pas pour la Bourse le si­gnal op­ti­miste qu’on ima­gine. Les don­nées sug­gèrent que les meilleurs ren­de­ments s’ob­tiennent au contraire lorsque le mo­ral des Amé­ri­cains est à plat », conclut-il.

En fait, la pro­ba­bi­li­té que les ren­de­ments soient po­si­tifs et éle­vés aug­mente lorsque la confiance est au plus bas.

Cette contra­dic­tion s’ex­plique par le fait que l’éva­lua­tion des cours bour­siers est plus éle­vée lorsque l’économie se porte bien.

« Plus les éva­lua­tions aug­mentent, moins les ren­de­ments fu­turs se­ront gé­né­reux », écrit Char­lie Bi­lel­lo.

Lorsque le taux de confiance a at­teint le fond du ba­ril de 25,3 points, en fé­vrier 2009, le S&P 500 va­lait seule­ment 14,1 fois les bé­né­fices moyens sur 10 ans.

Cette même me­sure at­teint au­jourd’hui 33,5 fois, un som­met de­puis 2001.

Est-ce à dire que le S&P 500 est condam­né à une performance mé­diocre à par­tir de main­te­nant? Pas né­ces­sai­re­ment. Des ex­cep­tions émergent par­fois, dit-il. Au dé­but de 1998, par exemple, le S&P 500 était aus­si chè­re­ment éva­lué qu’au­jourd’hui. La si­tua­tion n’a pas em­pê­ché l’in­dice de s’ap­pré­cier for­te­ment pour deux autres an­nées, avant d’at­teindre le zé­nith de mars 2000, rap­pelle le porte-pa­role de Pen­sion Part­ners.

La même dy­na­mique s’ap­plique au taux de chô­mage. Lors­qu’il est au plus bas, les ren­de­ments fu­turs sont moins at­trayants parce que le cycle éco­no­mique est dé­jà bien avan­cé.

Lorsque le taux de chô­mage s’éta­blis­sait entre 4,3 % et 6% , le S&P 500 a pro­cu­ré un ren­de­ment an­nuel de 5,2% en moyenne. Ce ren­de­ment an­nuel moyen tombe à 1,7% quand le chô­mage est in­fé­rieur à 4,3%, pré­cise Liz Ann Son­ders, stra­tège en chef chez Charles Sch­wab. En­core des gains à ar­ra­cher? Mal­gré tout, les cours n’ont pas per­du la ca­pa­ci­té de ré­agir aux bonnes nou­velles, telles que la plus forte crois­sance des bé­né­fices de­puis 2014 (7,7%), sans comp­ter l’ef­fet de la ré­forme fis­cale et l’apai­se­ment des ten­sions com­mer­ciales en Amé­rique, qui re­donne l’es­poir d’un accord plus cru­cial avec la Chine.

Il ar­rive aus­si que la Bourse sur­prenne lorsque les pires craintes ne se réa­lisent pas, obli­geant ain­si les in­ves­tis­seurs qui avaient mi­sé sur une baisse des cours à ra­che­ter des ac­tions pour évi­ter d’autres pertes.

C’est ce qui s’est sans doute pro­duit à la fin d’août lorsque les ti­tans de la tech­no­lo­gie, dont 37 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains de leurs ac­tions avaient été ven­dus à dé­cou­vert, ont re­pris les de­vants en Bourse.

Le phé­no­mène FOMO ( fear of mis­sing out ou la peur d’échap­per des gains) a aus­si sou­le­vé la ma­jo­ri­té des 11 sec­teurs du S&P 500 qui ont fran­chi à nou­veau leur moyenne mo­bile de 50 jours, le 29 août.

Le S&P 500 avait éga­le­ment en­fi­lé un 18e re­cord en 2018 au mo­ment d’écrire ces lignes, tan­dis que 237 jours avaient suf­fi pour que le Nas­daq en­grange ses 1100 der­niers points.

Les nou­veaux som­mets en­globent aus­si le Rus­sell 2000, l’in­dice le plus as­so­cié aux titres de pe­tites ca­pi­ta­li­sa­tions, ain­si que le S&P 400 qui re­flète les titres de moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions.

Les der­nières séances bour­sières es­ti­vales sont ra­re­ment un bon guide à cause des vo­lumes ané­miques de né­go­cia­tions, mais l’hé­si­ta­tion des stra­tèges à re­le­ver leurs cours cible pour le S&P 500 confère ha­bi­tuel­le­ment à la Bourse un cer­tain po­ten­tiel.

Le cours cible mé­dian de 3000 points pour le S&P 500 des 25 stra­tèges son­dés par Bloom­berg équivaut à un gain de seule­ment 3% d’ici la fin de l’an­née.

Il reste à voir si la vraie ren­trée bour­sière en sep­tembre dé­clen­che­ra une re­mise à ni­veau de leurs pronostics. Un bé­mol Bien que le ré­cent pla­fon­ne­ment du dol­lar amé­ri­cain et des taux d’in­té­rêt soit un baume pour les ex­por­ta­teurs, les mul­ti­na­tio­nales, les em­prun­teurs et la Bourse, l’in­ca­pa­ci­té des taux re­pères de 10 ans de re­pas­ser la barre de 2,9% est signe que les né­go­cia­teurs obli­ga­taires flairent peut-être un ra­len­tis­se­ment de l’économie cet au­tomne.

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STÉ­PHANE ROL­LAND – Dé­cri­vez-nous votre dé­marche d’in­ves­tis­se­ment. THIER­RY TREM­BLAY

– On veut en­le­ver les émo­tions du pro­ces­sus d’in­ves­tis­se­ment. On com­mence par une ana­lyse ma­croé­co­no­mique qui dé­ter­mine la pon­dé­ra­tion des dif­fé­rentes ca­té­go­ries d’ac­tifs, des ré­gions géo­gra­phiques et des sec­teurs du mar­ché bour­sier. En­suite, nous choi­sis­sons les titres se­lon un filtre qui prend en compte dif­fé­rents fac­teurs. Par exemple, le por­te­feuille d’ac­tions ca­na­diennes com­porte deux vo­lets. Dans le pre­mier, nous re­te­nons une ving­taine de titres en tête de notre sé­lec­tion se­lon notre filtre qui prend en compte la crois­sance des bé­né­fices, la qua­li­té et le mo­men­tum. Dans le deuxième, nous en choi­sis­sons une di­zaine avec un filtre qui se concentre sur la crois­sance du di­vi­dende. Cette por­tion offre une plus grande sta­bi­li­té.

S.R. – Quelle est votre lec­ture des pers­pec­tives éco­no­miques ? T.T.

– La ré­forme fis­cale aux États-Unis a vrai­ment chan­gé la donne. Elle a contri­bué à l’aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vi­té. Grâce à la force du dol­lar amé­ri­cain, les en­tre­prises sont ca­pables d’ache­ter de la ma­chi­ne­rie ou des lo­gi­ciels pour être plus pro­duc­tives. On aime de­puis cinq mois les so­cié­tés amé­ri­caines qui font des af­faires aux États-Unis et qui sont peu tou­chées par les ta­rifs.

S.R. – Vous vous qua­li­fiez d’ « op­ti­miste pru­dent ». Qu’est-ce qui vous fe­rait de­ve­nir plus dé­fen­sif ? T.T.

– À par­tir du mo­ment où la Ré­serve fédérale (Fed) com­mence à aug­men­ter ses taux, ça prend en moyenne 24 mois avant que l’em­ploi at­teigne un som­met. C’est quelque chose qu’on re­garde at­ten­ti­ve­ment. On ob­serve aus­si l’ef­fet des deux res­ser­re­ments de la Fed : la ré­duc­tion du bi­lan et l’aug­men­ta­tion des taux d’in­té­rêt. On sur­veille le dol­lar amé­ri­cain, si ce­lui-ci n’a pas trop d’ef­fet sur les pays émer­gents. C’est plus dif­fi­cile pour eux de rem­bour­ser leurs dettes lorsque le dol­lar amé­ri­cain est fort.

– Notre plus grande par­ti­ci­pa­tion au Ca­na­da est dans la consom­ma­tion dis­cré­tion­naire. En fin de cycle, les consom­ma­teurs ont plus d’ar­gent et c’est à ce mo­ment qu’ils dé­cident de consom­mer plus. C’est sûr que l’en­det­te­ment des mé­nages re­pré­sente une source d’in­quié­tude, mais je crois que le sec­teur a en­core des ca­ta­ly­seurs.

L’in­té­gra­tion des ac­qui­si­tions à long terme de­meure une source d’in­ter­ro­ga­tion, juge Ga­briel De­chaine, de la Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale. La Sco­tia de­vra gé­né­rer une aug­men­ta­tion du bé­né­fice par ac­tion su­pé­rieure à la moyenne pour com­pen­ser la di­lu­tion de son ren­de­ment sur l’équi­té. « Nous consta­tons que la Banque n’y est pas par­ve­nue entre 2011 et 2016, qui était une autre pé­riode d’in­tenses ac­qui­si­tions. » Il main­tient sa re­com­man­da­tion « performance de sec­teur ». La cible passe de 85 $ à 81 $.

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