Le sa­laire mi­ni­mum et autres di­ver­gences d’éco­no­mistes

Les Affaires - - Balado - Sté­phane Rol­land ste­phane.rol­land@tc.tc srol­land_­la

Sé­rie 1 de 6

Le tout pre­mier épi­sode de notre sé­rie balado

Économie 101 se penche sur la ques­tion : « Pour­quoi les éco­no­mistes ne s’en­tendent pas entre eux ? ». Nous en dis­cu­tons avec notre in­vi­té Jean-Mi­chel Cou­si­neau, pro­fes­seur d’économie à l’École de re­la­tions in­dus­trielles de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal. Pour écou­ter l’épi­sode, ren­dez-vous sur le­saf­faires.com/dos­sier/eco­no­mie-101, sur iTunes ou sur SoundC­loud. Deux pro­fes­seurs d’économie in­vitent leur ami in­gé­nieur à cas­ser la croûte. À table, la conver­sa­tion tombe sur le sa­laire mi­ni­mum. Faut-il l’aug­men­ter à 15$? Le pre­mier éco­no­miste dit oui; le se­cond dit non. L’in­gé­nieur les re­garde, per­plexe. « Mais pour­quoi deux scien­ti­fiques ne par­viennent-ils pas à la même conclu­sion? » se de­mande-t-il.

C’est avec la ques­tion « Pour­quoi les éco­no­mistes ne s’en­tendent pas entre eux » que nous lan­çons Économie 101, une sé­rie en ba­la­do­dif­fu­sion de Les Af­faires, où un ex­pert ré­pond à une ques­tion sur l’économie. Dans ce pre­mier épi­sode, Jean-Mi­chel Cou­si­neau, pro­fes­seur d’économie à l’École de re­la­tions in­dus­trielles de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal, en dis­cute avec nous.

Par na­ture, la dé­marche scien­ti­fique à par­tir d’une hy­po­thèse éco­no­mique fonc­tionne par étapes qui, cha­cune, peut être source de désac­cord, ex­plique notre in­vi­té. « On peut ne pas s’en­tendre sur les hy­po­thèses de contexte. On peut s’op­po­ser sur la qua­li­té des me­sures qui sont prises. La mé­tho­do­lo­gie peut être mise en cause. Si on voit ces op­po­si­tions, c’est parce que l’économie est une science in­té­res­sante. Elle a de la vi­si­bi­li­té, car elle a une por­tée sur chaque in­di­vi­du. »

Des consensus existent

Mal­gré cette per­cep­tion de mé­sen­tente, il règne une har­mo­nie plus forte entre les éco­no­mistes que ce que laissent croire les dé­bats pu­blics qui animent les ci­toyens, nuance M. Cou­si­neau. « Dans cer­tains cas, on réus­sit [à trou­ver des consensus]. Prou­ver qu’il y a une re­la­tion po­si­tive entre la sco­la­ri­té et les sa­laires, ça, c’est so­lide. Plu­sieurs pays, plu­sieurs pé­riodes, plu­sieurs cir­cons­tances, c’est sou­te­nu. »

Des son­dages au­près d’éco­no­mistes per­mettent éga­le­ment de confir­mer qu’il existe bel et bien des consensus. Ro­bert Whaples, pro­fes­seur d’économie à l’Uni­ver­si­té de Wake Fo­rest, a sou­mis un ques­tion­naire à 210 dé­ten­teurs d’un doc­to­rat en économie pour vé­ri­fier le de­gré de consensus dans la pro­fes­sion. Ceux-ci ont été sé­lec­tion­nés aléa­toi­re­ment à par­tir d’une liste de l’Ame­ri­can Eco­no­mic As­so­cia­tion. Le coup de sonde a été me­né en 2005, mais il est tou­jours per­ti­nent, car on pose des ques­tions sur les grands prin­cipes. La grande ma­jo­ri­té des éco­no­mistes de l’échan­tillon sont par exemple en fa­veur du libre-échange, soit 87,5%. Ils sont même 90,1% à ex­pri­mer leur désac­cord avec l’idée que les États-Unis de­vraient in­ter­ve­nir pour em­pê­cher la sous-trai­tance d’em­plois à l’étran­ger. Cette préférence mar­quée pour l’ab­sence de bar­rières com­mer­ciales est donc contraire au pen­chant pro­tec­tion­niste de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump.

Tous les su­jets ne sont pas consen­suels pour au­tant. Le sa­laire mi­ni­mum en est un bon exemple, car il sou­lève des dé­bats dans la pro­fes­sion. La Chi­ca­go Booth School of Bu­si­ness mène ré­gu­liè­re­ment un son­dage au­près d’une qua­ran­taine d’éco­no­mistes re­nom­més ap­par­te­nant à plu­sieurs écoles de pen­sées dans dif­fé­rentes uni­ver­si­tés. En 2015, on a de­man­dé au même pa­nel de dire si l’aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum à 15$ US en 2020 ré­dui­rait le nombre d’em­plois dis­po­nibles pour les tra­vailleurs à faible re­ve­nu. Du lot, 26% étaient en accord avec l’énon­cé, 38% étaient « in­cer­tains » et 24% étaient en désac­cord. « Le sa­laire mi­ni­mum, les éco­no­mistes ne réus­sissent pas [à trou­ver une ré­ponse qui fasse l’una­ni­mi­té]. On tra­vaille fort sur cette ques­tion. » Mais même avec le sa­laire mi­ni­mum, des points com­muns se cachent der­rière les ar­gu­ments. « Je vous di­rais que 95% des éco­no­mistes sont pour un sa­laire mi­ni­mum, avance M. Cou­si­neau. La ques­tion, c’est à quel seuil? C’est ça qu’il faut ré­gler. »

Un de­voir pour nos lec­teurs

M. Cou­si­neau in­vite nos lec­teurs à re­gar­der les don­nées du mar­ché de l’em­ploi en Al­ber­ta de­puis oc­tobre 2017 pour voir si l’aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum a eu un ef­fet sur le tra­vail des jeunes par rap­port au chô­mage en gé­né­ral. Sui­vez ce lien: https://bit.ly/2PRn8Ql. Dans l’on­glet géo­gra­phie, sé­lec­tion­nez Al­ber­ta, et sé­lec­tion­nez la bonne pé­riode de ré­fé­rence.

« Je vous di­rais que 95 % des éco­no­mistes sont pour un sa­laire mi­ni­mum. La ques­tion, c’est à quel seuil ? »

– Jean-Mi­chel Cou­si­neau, pro­fes­seur d’économie à l’École de re­la­tions in­dus­trielles de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal

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