Aî­nés connec­tés : un mar­ché pro­met­teur

Les Affaires - - Marché Des Aînés - Ch­loé Ma­chil­lot re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Mar­ché des aî­nés

Pour ré­pondre à la de­mande crois­sante des aî­nés qui veulent ap­prendre à ma­ni­pu­ler les nou­velles tech­no­lo­gies, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a mis en place le pro­gramme Qué­bec ami des aî­nés (QADA) en 2015. Ce der­nier vise à ini­tier les plus de 50 ans aux ou­tils 2.0 par des ate­liers dé­sor­mais of­ferts dans plus de 45 ré­si­dences qué­bé­coises. Fran­çois Bou­lais, for­ma­teur aux usa­gers pour In­serTech, ac­com­pagne les aî­nés membres de ce pro­gramme de­puis ses dé­buts. Plus de 4500 re­trai­tés ont bé­né­fi­cié de ses ser­vices pour se fa­mi­lia­ri­ser avec leurs or­di­na­teurs por­tables et leurs ta­blettes.

CH­LOÉ MA­CHIL­LOT – En quoi consiste votre tra­vail? FRAN­ÇOIS BOU­LAIS

– Je me dé­place dans les ré­si­dences avec du ma­té­riel por­table pour don­ner des séances d’ini­tia­tion tech­no­lo­gique aux aî­nés. Dans un pre­mier temps, je leur pré­sente les ou­tils, le vo­ca­bu­laire et toute la par­tie théo­rique. En­suite, on aborde la pra­tique. On fait ça avec des or­di­na­teurs ou des ta­blettes. Ces der­nières sont sou­vent plus ap­pré­ciées, ils les trouvent plus fa­ciles à uti­li­ser et les as­so­cient da­van­tage au divertissement. J’or­ga­nise aus­si des mi­ni­con­fé­rences dans les lo­caux d’In­serTech, où les élèves ex­pé­ri­men­tés peuvent ve­nir po­ser des ques­tions et ap­prendre à uti­li­ser des ou­tils plus avan­cés comme Win­dows 10 ou une ga­le­rie de ges­tion de photos.

C.M. – Quelles sont les prin­ci­pales mo­ti­va­tions de vos élèves ? F.B.

– Ils sou­haitent être plus au­to­nomes re­la­ti­ve­ment aux tech­no­lo­gies, car de plus en plus de ser­vices sont main­te­nant of­ferts en ligne. Les or­don­nances mé­di­cales, les for­mu­laires de pen­sion, les ma­ni­pu­la­tions ban­caires, par exemple. Beau­coup re­cherchent aus­si l’ac­cès à des di­ver­tis­se­ments. Ceux qui re­doutent les ma­la­dies cog­ni­tives voient les jeux en ligne comme une oc­ca­sion de faire tra­vailler leur tête. En­fin, In­ter­net fa­ci­lite la com­mu­ni­ca­tion avec les proches. C’est grand, le Qué­bec ! Ceux qui ont de la fa­mille en ré­gion peuvent ain­si gar­der contact plus fa­ci­le­ment. C’est d’ailleurs sou­vent les en­fants et pe­tits-en­fants qui leur offrent leur pre­mière ta­blette et les in­citent à s’y connec­ter.

C.M. – À quel point les nou­velles tech­no­lo­gies sus­ci­ten­telles l’in­té­rêt des aî­nés ? F.B.

– La cu­rio­si­té des aî­nés pour ces ou­tils est crois­sante, c’est cer­tain. On pense sou­vent que les per­sonnes âgées ne sont pas concer­nées par les nou­velles tech­no­lo­gies, mais c’est faux. Elles ont de plus en plus le sou­ci de s’en rap­pro­cher et ce­la crée de nom­breuses oc­ca­sions pour les en­tre­prises. La for­ma­tion, l’ac­com­pagne- ment, la ré­pa­ra­tion et le dé­pan­nage sont des sec­teurs pro­met­teurs. Le dé­ve­lop­pe­ment de ser­vices mo­biles éga­le­ment, car ils pour­raient

sur­mon­ter la dif­fi­cul­té gran­dis­sante de ces clients à se dé­pla­cer.

C.M. – Quelles sont les dif­fi­cul­tés les plus fré­quentes? F.B.

– Le pre­mier obs­tacle est de mettre les nou­veaux connec­tés à l’aise, car ils voient sou­vent les tech­no­lo­gies comme quelque chose de com­pli­qué, mais se sentent obli­gés de s’y mettre. Beau­coup ont peur d’abî­mer le ma­té­riel et que ce­la en­gendre des coûts éle­vés pour le ré­pa­rer. D’autres sont an­gois­sés par ce qu’ils ont lu sur la cy­ber­sé­cu­ri­té… Les li­mi­ta­tions phy­siques créent aus­si des ré­ti­cences. Cer­tains aî­nés ont les mains moins agiles, alors la ma­ni­pu­la­tion de la sou­ris ou la pré­ci­sion de la ta­blette sont par­fois com­pli­quées. Pour évi­ter qu’ils ne se dé­cou­ragent, il faut prendre le temps né­ces­saire et adap­ter les ou­tils en fonc­tion de leurs li­mi­ta­tions phy­siques. On peut, par exemple, chan­ger la di­men­sion du texte dans les ré­glages ou ré­or­ga­ni­ser leurs ap­pli­ca­tions et lo­gi­ciels de fa­çon à ce qu’ils les trouvent fa­ci­le­ment quand ils al­lument leur ap­pa­reil.

C.M. – Quelles sont les at­ti­tudes es­sen­tielles à adop­ter par rap­port à une clien­tèle âgée? F.B.

– La pa­tience, l’écoute et le res­pect sont trois qua­li­tés incontournables pour in­ter­agir avec eux. C’est im­por­tant de s’adap­ter à leur dé­fi­ni­tion du res­pect, qui n’est pas for­cé­ment la même que celle d’un groupe d’élèves tren­te­naires. Ils sont plus at­ten­tifs au vo­ca­bu­laire, au vou­voie­ment et à la te­nue. Il faut aus­si faire at­ten­tion aux concepts qu’on tient pour ac­quis, mais qui ne sont pas si évi­dents pour eux au dé­but. Par exemple, au lieu de dire « Cli­quez sur le lien », on peut pré­ci­ser « Faites un simple clic du bou­ton gauche sur le lien ». En­fin, j’uti­lise des ré­fé­rences cultu­relles de leur gé­né­ra­tion pour fa­vo­ri­ser le contact. C’est im­por­tant de leur rap­pe­ler qu’In­ter­net n’est pas ré­ser­vé aux jeunes.

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