Les firmes sont en ébul­li­tion grâce aux contrats à ve­nir dans le sec­teur pu­blic

Les Affaires - - Les Grands De L’ingénierie - Ma­rie Lyan re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Les grands de l’in­gé­nie­rie

Après quelques an­nées dif­fi­ciles, la re­prise an­non­cée pour le mar­ché de l’in­gé­nie­rie semble bel et bien ar­ri­vée, grâce à l’an­nonce d’im­por­tants contrats à ve­nir au sein du sec­teur pu­blic. La plu­part des firmes qué­bé­coises en ont donc pro­fi­té pour re­com­men­cer à ren­for­cer leur ef­fec­tif et de­vraient conti­nuer sur cette lan­cée, tout en pour­sui­vant, pour cer­taines, leur po­li­tique de crois­sance ex­terne.

Fi­nies les an­nées de com­pres­sion et de ré­or­ga­ni­sa­tion. Une sé­rie de grands pro­jets dans le do­maine des in­fra­struc­tures et des trans­ports donnent de l’ou­vrage à l’en­semble des firmes pré­sentes sur le mar­ché.

Le pal­ma­rès 2018 montre bien à quel point les firmes sont en ébul­li­tion : le nombre to­tal d’em­ployés par­mi les 25 du clas­se­ment re­com­mence à grim­per avec 1 519 em­ployés sup­plé­men­taires dans tout le Qué­bec et 1 945 au pays, alors même que ce nombre avait chu­té de 1 600 em­plois entre 2016 et 2017.

Pour SNC-La­va­lin, la re­prise se confirme d’an­née en an­née. « Nous avions dé­jà ga­gné de gros contrats en 2014 et 2015 avec le pont Cham­plain ou la ligne TLR Er­lin­ton Cross­town », in­dique Chan­tal So­rel, di­rec­trice gé­né­rale et vice-pré­si­dente di­rec­trice, Ca­pi­tal, qui note que ce phé­no­mène s’ob­serve à la fois à l’échelle du pays, mais aus­si à l’étran­ger.

Chez Ci­ma+ (3e place de notre clas­se­ment), l’an­née 2018 s’an­nonce elle aus­si de bon au­gure.

« Nous sommes pré­sents dans 14 des pro­jets du top 100, comme le REM, l’échan­geur Tur­cot, le nou­veau Pont Cham­plain, le re­dé­ve­lop­pe­ment du CHUM, ou en­core le pro­jet de sys­tème lé­ger sur rail, à To­ron­to. Nous pré­voyons clô­tu­rer l’an­née 2018 avec un chiffre d’af­faires de près de 260 mil­lions de dol­lars et 2 000 em­ployés, ce qui re­pré­sente près de 200 em­bauches dans tout le pays », dit le pré­sident et chef de la di­rec­tion, Fran­çois Plourde.

Des firmes qui se rem­plument

Pour une grande par­tie des firmes, l’an­née 2018 est donc sy­no­nyme d’un re­tour à la crois­sance en ma­tière d’em­bauche, et vient ain­si clore un cycle né­ga­tif amor­cé en 2012.

« Ce­la fait des an­nées que nous n’avions pas vu au­tant de pro­jets en gé­nie ci­vil au Qué­bec. Notre en­jeu prin­ci­pal est d’avoir les bonnes per­sonnes pour

réa­li­ser ces pro­jets, car le vo­lume de tra­vail est là et nos res­sources sont dé­jà bien oc­cu­pées », ré­sume Isa­belle Jo­doin, vice-pré­si­dente prin­ci­pale – Qué­bec de Stan­tec (4e place).

Un en­jeu par­ta­gé par GHD (13e), qui fait elle aus­si face à un en­jeu de re­cru­te­ment. Avec près de 4000 em­ployés en Amé­rique du Nord (dont 525 em­ployés au Qué­bec), cette der­nière compte ac­tuel­le­ment une cen­taine de postes va­cants dans tous les do­maines. « Le pro­blème, c’est que lors­qu’on re­crute quel­qu’un, on perd une autre res­source le len­de­main. La concur­rence est fé­roce entre les firmes », af­firme Steve Lé­cuyer, ac­tion­naire- di­ri­geant ré­gio­nal pour les ré­gions du Qué­bec et de l’At­lan­tique chez GHD.

Pour An­dré Rain­ville, PDG de l’As­so­cia­tion des firmes de gé­nie-conseil du Qué­bec, l’« en­semble des ac­teurs est en­core en mode re­cru­te­ment, car les car­nets de com­mandes sont rem­plis d’un cer­tain nombre d’ou­vrages ». Tout porte donc à croire que cette vague de re­cru­te­ment pour­rait en­core s’éta­ler sur plu­sieurs an­nées.

Des voyants au vert

Pour la qua­si-to­ta­li­té des ca­bi­nets de gé­nie-conseil, ce sont les grands contrats du do­maine des in­fra­struc­tures pu­bliques et des trans­ports qui ont per­mis de re­mettre l’ac­ti­vi­té en route, par des pro­jets d’en­ver­gure tels que le REM et l’échan­geur Tur­cot, le pont Cham­plain ain­si que le pont-tun­nel Louis-Hip­po­lyte La­fon­taine.

Isa­belle Ad­ja­hi, vi­ce­pré­si­dente prin­ci­pale aux re­la­tions aux in­ves­tis­seurs de WSP Glo­bal (2e rang) pré­cise: « La moi­tié de nos re­ve­nus im­mé­diats viennent de pro­jets réa­li­sés dans les sec­teurs du trans­port et des in­fra­struc­tures, et qui sont sou­vent de longue ha­leine. » Mais ce ne sont pas les deux seules ex­pli­ca­tions de cette re­prise. La firme Ci­ma+ af­firme elle-même que sa crois­sance est sti­mu­lée par plu­sieurs fac­teurs: in­fra­struc­tures, trans­ports, hô­pi­taux, éner­gie, ou en­core sphère pu­blique… L’en­semble des voyants se­raient en ef­fet au vert.

« Le gou­ver­ne­ment ca­na­dien a in­ves­ti mas­si­ve­ment dans un pro­gramme d’in­fra­struc­tures, avec beau­coup d’aide ac­cor­dée éga­le­ment aux mu­ni­ci­pa­li­tés pour des pro­jets d’as­sai­nis­se­ment des eaux, de dé­con­ges­tion des centres-villes », rap­pelle M. Plourde.

Ni­co­las Le­mire, pré­sident de Pa­geau Mo­rel (20e), note que l’an­née 2018 s’an­nonce aus­si très fa­vo­rable au sec­teur pri­vé, avec l’an­nonce de dos­siers d’en­ver­gure, comme la créa­tion du nou­veau siège de la Banque Na­tio­nale, mais aus­si tels que le REM, qui pour­rait à son tour en­gen­drer le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux pôles com­mer­ciaux.

Ce der­nier an­ti­cipe aus­si de gros dos­siers de ré­ha­bi­li­ta­tion à ve­nir dans le sec­teur de la san­té, « où l’on a lais­sé des choses s’ac­cu­mu­ler pen­dant plu­sieurs an­nées et où le sec­teur pu­blic va cer­tai­ne­ment de­voir ef­fec­tuer un rat­tra­page ».

Un cli­mat fa­vo­rable aux ac­qui­si­tions

Grâce à cette belle dy­na­mique, le mi­lieu du gé­nie­con­seil pour­suit en même temps sa conso­li­da­tion, pou­vant comp­ter sur des ac­teurs qui cherchent à être tou­jours plus concur­ren­tiels. Avec ses quelque 50000 em­ployés dans le monde, à la suite de l’ac­qui­si­tion de l’en­tre­prise de ser­vi­ces­con­seils bri­tan­nique WS At­kins (18000 em­ployés), SNC-La­va­lin en est un bon exemple. D’au­tant plus que cette tran­sac­tion a été sui­vie par un autre ra­chat stra­té­gique, ce­lui de la firme Da­ta Trans­fer So­lu­tions, en vue d’amé­lio­rer la ges­tion des conte­nus nu­mé­riques pour ses clients.

« Au­jourd’hui, la taille des pro­jets est telle que les ca­bi­nets doivent gros­sir afin de sou­te­nir l’en­ver­gure de ces pro­jets », dit Mme So­rel.

« Con­trai­re­ment à d’autres sec­teurs, comme ce­lui des té­lé­coms, où quelques gros ac­teurs dé­tiennent 90% du mar­ché, notre in­dus­trie reste en­core frag­men­tée, puisque les 4 à 5 plus im­por­tants ca­bi­nets se par­tagent en­vi­ron 40% des parts de mar­ché », nuance M. Plourde, de Ci­ma+. Sa firme a elle-même ra­che­té un pe­tit bu­reau de gé­nie-conseil ca­na­dien et se­rait en dis­cus­sion pour une sé­rie de fu­sions-ac­qui­si­tions à l’échelle du pays en vue d’at­teindre un efec­tif de 7000 em­ployés d’ici 7 ans.

Le ca­bi­net Stan­tec a lui aus­si fait une ac­qui­si­tion en mai 2018, la firme Ce­ger­tec (16e de notre clas­se­ment l’an der­nier), qui est ve­nue gon­fler les ef­fec­tifs du groupe de 250 sa­la­riés. « Cette opé­ra­tion nous per­met de com­plé­ter nos im­plan­ta­tions géo­gra­phiques et d’être plus pré­sents dans le mi­lieu in­dus­triel », ex­plique la vice-pré­si­dente. Même ten­dance chez En­globe, qui a pro­cé­dé à l’ac­qui­si­tion de la firme Cran­dall En­gi­nee­ring, dé­but 2018, afin de dou­bler ses ca­pa­ci­tés sur les pro­vinces de l’At­lan­tique. Mal­gré ce mou­ve­ment, les mar­chés sont en­core ou­verts aux en­tre­prises spé­cia­li­sées de plus pe­tite taille, telles que KSH So­lu­tions (24e), spé­cia­li­sée dans l’in­dus­trie fo­res­tière, qui af­fiche un car­net de com­mandes com­plet pour les trois pro­chaines an­nées.

« On voit éga­le­ment ap­pa­raître des firmes plus axées sur des niches qui pro­fitent éga­le­ment d’un mar­ché en ef­fer­ves­cence », dit Mme Jo­doin, de Stan­tec.

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