Conju­guer l’éco­no­mie au fé­mi­nin à la CDPQ

Les Affaires - - Front Page - Anne-Ma­rie Trem­blay re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Femmes d’af­faires

À son dé­part en 2016, on en dé­nom­brait 21. Prendre sa place Même si elle a na­vi­gué une bonne par­tie de sa vie dans un monde d’hommes et bri­sé le pla­fond de verre plu­sieurs fois, Mme Ber­trand n’a ja­mais sen­ti qu’être une femme la frei­nait. « Je n’ai ja­mais été gê­née de prendre la pa­role, de don­ner mon opi­nion, sans at­tendre la ré­ponse par­faite. » Un atout pour se tailler une place, se­lon elle.

Bien en­ten­du, Mme Ber­trand n’a ja­mais fait par­tie du Boys’ club. Qu’à ce­la ne tienne, elle a plu­tôt ten­té d’in­té­grer le club des femmes d’in­fluence, no­tam­ment en joi­gnant les « filles du Ritz », qui se réunis­saient le ven­dre­di ma­tin. Une for­mule qu’elle a ex­por­tée à Ot­ta­wa, lors­qu’elle a pris la tête du CRTC. « C’est im­por­tant, même si c’est in­for­mel, de se connaître, de se sou­te­nir et d’échan­ger. J’ai tou­jours fait ce­la », in­dique-t-elle.

Une for­mule qui a plu­tôt bien fonc­tion­né, alors que le par­cours de Mme Ber­trand a été maintes fois sa­lué. En ef­fet, elle a no­tam­ment été nom­mée che­va­lière de l’Ordre na­tio­nal du Qué­bec, of­fi­cière de l’Ordre du Ca­na­da et Fel­low de l’Ordre des ad­mi­nis­tra­teurs agréés du Qué­bec, et fi­gure au pal­ma­rès des 100 femmes les plus in­fluentes du Ca­na­da. Sa­voir se faire va­loir Au­jourd’hui, pas ques­tion de prendre sa re­traite. Mme Ber­trand se consacre plu­tôt à son rôle d’ad­mi­nis­tra­trice, alors qu’elle siège à plu­sieurs conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, no­tam­ment ce­lui de Via Rail. Un autre do­maine où les femmes sont sous-re­pré­sen­tées. Si elle es­time que l’im­plan­ta­tion de quo­tas, à l’image de ceux adop­tés en France, pour­rait ai­der à aug­men­ter la re­pré­sen­ta­ti­vi­té des femmes, Mme Ber­trand pense aus­si que ces der­nières doivent ap­prendre à se faire va­loir. « Je sais bien qu’elles sont dé­bor­dées avec les res­pon­sa­bi­li­tés fa­mi­liales, mais il faut consa­crer du temps à se faire connaître, si ce n’est que quelques heures par mois. »

Pour ce genre de fonc­tion, comme pour d’autres postes, les ha­bi­le­tés ne se me­surent pas qu’à l’aune du CV. « Il y a aus­si une ques­tion de per­son­na­li­té. Et c’est sou­vent quand on connaît, quand on a vu agir, qu’on peut éva­luer cette fa­cette. » D’ailleurs, elle es­time que plu­sieurs pro­fes­sion­nelles de grande va­leur de­meurent des se­crets bien gar­dés, parce qu’elles né­gligent cette fa­cette. « Oui, il y a les ré­seaux so­ciaux. Mais ce­la ne rem­pla­ce­ra ja­mais les contacts hu­mains. Je re­com­mande tou­jours aux jeunes femmes de prendre ré­gu­liè­re­ment un lunch ou un ca­fé pour ren­con­trer des gens en de­hors de leur ré­seau ha­bi­tuel. » Une for­mule éprou­vée par Mme Ber­trand et qu’elle conseille au­jourd’hui aux jeunes femmes.

la Vec­teur de ri­chesse pour la so­cié­té qué­bé­coise, l’en­tre­pre­neu­riat est une prio­ri­té pour la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec (CDPQ). Une orien­ta­tion qui se conjugue au fé­mi­nin pour l’ins­ti­tu­tion qui gère plus de 300 mil­liards d’ac­tifs et qui a rem­por­té le prix Im­pact fé­mi­nin Grande en­tre­prise aux Prix Femmes d’af­faires du Qué­bec.

Une ques­tion d’équi­té d’abord, alors que les femmes re­pré­sentent 50% de la po­pu­la­tion, mais aus­si de ren­ta­bi­li­té, es­time Mi­chèle Bois­vert, pre­mière vice-pré­si­dente, Rayon­ne­ment des af­faires, à la CDPQ. « Plu­sieurs études montrent que le fait d’ac­croître la pré­sence des femmes dans l’en­tre­pre­neu­riat, la haute di­rec­tion ou au sein des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion aug­mente la per­for­mance fi­nan­cière des or­ga­ni­sa­tions, amène une plus grande di­ver­si­té de pen­sée et une meilleure gou­ver­nance, af­firme-t-elle. On voit même que les nou­velles en­tre­prises où il y a une part d’ac­tion­na­riat fé­mi­nin sont plus per­for­mantes que celles dont l’ac­tion­na­riat est ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lin. »

Si c’est pour sti­mu­ler les jeunes à se lan­cer en af­faires que la Caisse, en par­te­na­riat avec la Banque Na­tio­nale et Des­jar­dins, a lan­cé le pro­gramme « De­ve­nir en­tre­pre­neur », c’est pour en­cou­ra­ger les femmes à plon­ger aus­si dans l’aven­ture qu’ils ont ajou­té un vo­let fé­mi­nin au pro­gramme, avec une cam­pagne ci­blée sur l’en­tre­pre­neu­riat au fé­mi­nin en 2018. « De­puis 2015, nous avons pu­blié près de 150 té­moi­gnages et comp­tons plus de 40000 “men­tions J’aime” sur notre page Fa­ce­book », pré­cise Mme Bois­vert.

Les ef­fets de ce genre de pro­gramme sont dif­fi­ciles à me­su­rer. Or, les chiffres montrent que la pro­por­tion d’en­tre­pre­neures à la tête d’une en­tre­prise ne cesse d’évo­luer, in­dique-t-elle. « Ac­tuel­le­ment, on compte au­tour de 40% de femmes et de 60% d’hommes. Ce­la dit, on re­marque que la moi­tié des en­tre­prises créées en 2017-2018 ont été lan­cées par des femmes. »

S’il existe plu­sieurs me­sures pour in­ci­ter les femmes à se lan­cer en af­faires, plus rares sont celles qui ac­com­pagnent les en­tre­pre­neures éta­blies qui jonglent avec la crois­sance. Dans cette op­tique, la Caisse vient tout juste de lan­cer « Cheffes de file », une ini­tia­tive qui s’adresse aux di­ri­geantes de PME ayant un chiffre d’af­faires dé­pas­sant les 5 mil­lions de dol­lars. Un vé­ri­table cercle d’en­traide et de co­dé­ve­lop­pe­ment, fa­vo­ri­sant le maillage et of­frant dif­fé­rents ou­tils pour pro­pul­ser ces or­ga­ni­sa­tions.

Quand l’union fait la force

Pour la Caisse, pas ques­tion de faire ca­va­lier seul. L’ins­ti­tu­tion uti­lise sa force d’in­fluence et tra­vaille de concert avec dif­fé­rents or­ga­nismes pour s’as­su­rer d’une meilleure re­pré­sen­ta­tion des femmes en af­faires, en fi­nance ou dans la haute di­rec­tion des en­tre­prises. Par exemple, la CDPQ a re­joint, l’an der­nier, le 30% Club, un mou­ve­ment qui compte plu­sieurs grandes caisses de re­traite du Ca­na­da.

Ce re­grou­pe­ment, qui a des ra­cines dans une di­zaine de pays, mi­lite pour aug­men­ter la pro­por­tion de femmes au sein des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion et de la haute di­rec­tion. « Nous avons entre autres si­gné une dé­cla­ra­tion de­man­dant aux so­cié­tés qui forment l’in­dice com­po­site S&P/TSX d’adop­ter des me­sures ef­fi­caces pour que leur con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion et leur équipe de di­rec­tion soient com­po­sés d’au moins 30% de femmes d’ici 2022 », ex­plique Mme Bois­vert. D’ailleurs, l’or­ga­ni­sa­tion compte elle-même 39% de femmes dans ces ins­tances, grâce au men­to­rat, mais aus­si au moins une can­di­date est re­çue en en­tre­vue pour chaque poste à pour­voir.

Une ky­rielle de me­sures pour fa­vo­ri­ser l’équi­té, mais aus­si la ri­chesse et la di­ver­si­té de l’éco­no­mie qué­bé­coise. « Ac­tuel­le­ment, nous ten­tons de mettre en place les condi­tions pour qu’il y ait plus d’en­tre­prises à pro­prié­té fé­mi­nine dans les­quelles nous pour­rons en­suite in­ves­tir », as­sure Mme Bois­vert. Une pré­oc­cu­pa­tion constante dans tous les éche­lons de l’or­ga­ni­sa­tion et une prio­ri­té pour l’ins­ti­tu­tion qui gère les éco­no­mies des Qué­bé­cois et des Qué­bé­coises.

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