Trou­ver les pro­chains grands ga­gnants, LA prio­ri­té

Les Affaires - - Gestion De Portefeuille - Yan­nick Clé­rouin re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Ges­tion de por­te­feuille

L’as­sem­blée an­nuelle d’Ali­men­ta­tion Couche-Tard (Tor, ATD.B) de la mi-sep­tembre a mis en lu­mière un dé­faut qui af­flige un trop grand nombre d’in­ves­tis­seurs: ils se laissent dis­traire par les cours bour­siers plu­tôt que de cher­cher à mieux éva­luer les en­tre­prises qu’ils suivent.

Un ac­tion­naire de très longue date de Couche-Tard a pris une quin­zaine de mi­nutes pour dé­tailler une théo­rie du com­plot, illus­trant à ses yeux pour­quoi le titre de l’ex­ploi­tant de dé­pan­neurs fai­sait du sur­place de­puis trois ans.

L’ac­tion­naire s’est gran­de­ment en­ri­chi et est peut-être de­ve­nu mil­lion­naire grâce à l’ap­pré­cia­tion de ses ac­tions de Couche-Tard, leur va­leur ayant été mul­ti­pliée par près de 30 en 15 ans.

Peu im­porte les gains pas­sés, il s’est at­tar­dé à cui­si­ner les di­ri­geants sur les fac­teurs qui frei­naient le titre, plu­tôt que de leur de­man­der quelles ini­tia­tives ils pri­vi­lé­giaient pour ac­croître la va­leur de l’en­tre­prise.

Il peut être frus­trant de voir un titre comme Couche-Tard stag­ner pen­dant plu­sieurs an­nées mal­gré d’im­por­tantes ac­qui­si­tions et une ren­ta­bi­li­té qui aug­mente à un rythme ra­pide.

Lo­giques ou non, les rai­sons pour les­quelles les cours ne re­flètent pas la va­leur in­trin­sèque de l’en­tre­prise à court terme peuvent être nom­breuses. Le sec­teur d’ac­ti­vi­té de la so­cié­té peut être bou­dé, les in­ves­tis­seurs peuvent pré­fé­rer des titres en plus forte crois­sance dans une pé­riode haus­sière, etc. Pa­tien­ter plu­sieurs an­nées Il est cru­cial de gar­der à l’es­prit que tôt ou tard, les cours fi­nissent pra­ti­que­ment tou­jours par re­flé­ter la crois­sance du bé­né­fice par ac­tion des en­tre­prises. Comme in­ves­tis­seur à long terme, il faut être prêt à pa­tien­ter plu­sieurs an­nées avant que la va­leur de nos en­tre­prises ne s’ex­prime plei­ne­ment. À une condi­tion: les di­ri­geants doivent prendre les bonnes dé­ci­sions pour ac­croître les bé­né­fices et les avan­tages concur­ren­tiels de leur en­tre­prise.

Plu­tôt que de cher­cher les rai­sons ex­pli­quant la per­for­mance dé­ce­vante d’un titre à court terme, il est plus ren­table de se concen­trer sur ce qui per­met­tra de battre les mar­chés à long terme: trou­ver les pro­chains grands ga­gnants.

Cette in­las­sable quête dé­par­tage l’in­ves­tis­seur ob­sé­dé par les cotes de ce­lui qui dé­couvre de nou­veaux can­di­dats pour son por­te­feuille et bo­ni­fie ses connais­sances à pro­pos des titres qu’il suit. Le plus grand avan­tage que pré­sente l’in­ves­tis­se­ment en Bourse re­la­ti­ve­ment à d’autres sec­teurs, comme l’im­mo­bi­lier, est aus­si son prin­ci­pal han­di­cap: le fait que les cours sont af­fi­chés en temps réel contri­bue à cor­rompre l’es­prit des in­ves­tis­seurs.

Et à les écar­ter de leur mis­sion pre­mière. Pen­dant qu’on s’at­tarde au cours d’une ac­tion, une nou­velle oc­ca­sion d’achat peut se des­si­ner là où on s’y at­tend le moins. Être prêt à vivre avec les er­reurs On peut fa­ci­le­ment se lais­ser dis­traire par un titre qui ne per­forme pas à la hau­teur de ses at­tentes, par­ti­cu­liè­re­ment lors de re­plis gé­né­ra­li­sés, où tous les titres re­culent sans dis­cer­ne­ment.

Quand on in­ves­tit en Bourse, il faut être prêt à ac­cep­ter qu’on ne peut avoir rai­son à tous les coups. Cer­tains titres vé­gé­te­ront pen­dant une longue pé­riode, d’autres se­ront car­ré­ment perdants. Des er­reurs, tout in­ves­tis­seur en com­met. Même les meilleurs. Or, pour s’en­ri­chir en Bourse, il n’est pas ca­pi­tal d’évi­ter coûte que coûte les perdants.

Comme le veut la loi de Pa­re­to, une poi­gnée de titres pro­cure la ma­jeure par­tie du ren­de­ment d’un por­te­feuille sur un ho­ri­zon de 10ans et plus.

Ce sont ces grands ga­gnants, dont la va­leur se mul­ti­plie par 5, 10, 100 ou plus, qui contri­bue­ront le plus à nous en­ri­chir. Comme ces en­tre­prises sont très rares, l’in­ves­tis­seur doit consa­crer le plus de temps pos­sible à les dé­ni­cher et y ac­cor­der une place de choix dans son por­te­feuille.

L’as­cen­sion de ces cham­pions bour­siers n’est pas li­néaire. Berk­shire Ha­tha­way (NY, BRK.A) a peut-être grim­pé de plus de 2033000% de­puis 1965, le titre du conglo­mé­rat de War­ren Buf­fett a connu des chutes de 37% et plus à quatre re­prises au cours des 53 der­nières an­nées. L’in­ves­tis­seur bien in­for­mé a su y res­ter ac­cro­ché, même du­rant ces pé­riodes de fortes tur­bu­lences.

Cette dé­marche ne veut pas dire pour au­tant de jouer à l’au­truche avec les titres à la traîne.

Nous n’hé­si­te­rons pas à nous dé­par­tir d’en­tre­prises pour di­verses rai­sons fon­da­men­tales: l’éva­lua­tion du titre est de­ve­nue dé­rai­son­nable, on veut li­bé­rer des li­qui­di­tés pour in­ves­tir dans une idée plus pro­met­teuse, la si­tua­tion a chan­gé par rap­port à notre thèse de dé­part ou une er­reur d’éva­lua­tion a été com­mise.

S’en te­nir uni­que­ment aux re­pères éco­no­miques ne pro­tège pas en­tiè­re­ment contre les faux pas, mais per­met d’évi­ter de prendre des dé­ci­sions coû­teuses sous le coup de l’émo­tion.

De moins en moins d’in­ves­tis­seurs, même pro­fes­sion­nels, consacrent le temps et l’éner­gie né­ces­saires à l’exi­geante quête des grands ga­gnants de la Bourse. Ils se contentent plu­tôt de suivre le mar­ché et ob­tiennent au mieux le ren­de­ment des in­dices, moins les frais.

Ceux, qui, comme nous, ac­ceptent toutes les res­pon­sa­bi­li­tés qui in­combent à la mis­sion de re­pé­rer les meilleurs titres pour battre le mar­ché et évitent au maxi­mum les dis­trac­tions comme les fluc­tua­tions bour­sières pas­sa­gères, vont être ré­com­pen­sés pour leurs ef­forts à long terme.

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