Qui sont les re­pre­neurs d’ici ?

Les Affaires - - DOSSIER - Julien La­mou­reux re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Un homme proche de la qua­ran­taine avec un di­plôme uni­ver­si­taire: voi­là le por­trait ro­bot de ceux qui se portent ac­qué­reurs dans un trans­fert d’en­tre­prise, se­lon Vincent Le­corne, PDG du Centre de trans­fert d’en­tre­prise du Qué­bec (CTEQ). Sauf que... « si on sort des chiffres et des moyennes, on a de tout », pré­cise-t-il.

Il peut s’agir de can­di­dats plus jeunes, qui veulent « être leur propre pa­tron », mais qui n’ont pas en­core le ré­seau ou l’ex­pé­rience pour lan­cer leur propre pro­jet. Ou bien des en­tre­pre­neurs plus âgés qui veulent se dé­par­tir de leur en­tre­prise pour s’oc­cu­per d’une autre de moins grande en­ver­gure avant de par­tir à la re­traite.

« [On voit] de plus en plus de tra­vailleurs, de pro­fes­sion­nels qui ont ac­cu­mu­lé des sommes d’ar­gent, qui ont la fibre et qui dé­cident de re­gar­der dans l’in­ves­tis­se­ment [de ces sommes] », ré­sume Ju­lie Mo­rand, vice-pré­si­dente ad­jointe, Trans­fert d’en­tre­prise à la Banque Na­tio­nale.

Un por­trait en mu­ta­tion

Des chan­ge­ments liés à un bou­le­ver­se­ment dé­mo­gra­phique et gé­né­ra­tion­nel sont en cours. Alors que les fa­milles comptent de moins en moins d’en­fants, le nombre de can­di­dats pou­vant re­prendre l’en­tre­prise fa­mi­liale est par consé­quent à la baisse lui aus­si. Ain­si, près de 50% des cé­dants po­ten­tiels pré­voient vendre à un ache­teur ex­terne, se­lon un ré­cent son­dage de la Fé­dé­ra­tion canadienne de l’en­tre­prise indépendan­te.

Les re­prises en équipe sont quant à elles en hausse, parce que des en­tre­pre­neurs pré­fèrent ré­par­tir les risques, mettre en com­mun leurs ta­lents et gar­der un niveau de vie in­té­res­sant à l’ex­té­rieur du tra­vail, une pré­oc­cu­pa­tion de plus en plus pré­sente chez les jeunes. « Ça per­met de gar­der un équi­libre », es­time MmeMo­rand.

Pour M. Le­corne, s’il existe une di­ver­si­té de plus en plus grande de cas, une chose unit tous les re­pre­neurs: la fibre en­tre­pre­neu­riale. « Il n’y a pas d’âge pour être re­pre­neur », ajoute-t-il.

Na­tha­lie Proulx, avo­cate spé­cia­li­sée en fu­sions et ac­qui­si­tions chez Spie­gel Soh­mer, ren­ché­rit: elle dit consta­ter la pré­sence de plus en plus de jeunes qui veulent dé­lais­ser les voies « tra­di­tion­nelles », d’im­mi­grants qui sont mo­ti­vés et qui ont une bonne to­lé­rance au risque et de femmes qui ont l’oc­ca­sion de prendre du ga­lon.

Quatre ca­té­go­ries de re­pre­neurs

L’avo­cate ré­par­tit cette grande di­ver­si­té de gens dans quatre ca­té­go­ries qui per­mettent de mieux com­prendre l’ori­gine de la plu­part des ac­qué­reurs et leur re­la­tion avec l’en­ti­té qu’ils veulent ache­ter.

→ L’ac­tion­naire. Sou­vent, une per­sonne dé­jà im­pli­quée dans la ges­tion d’une en­tre­prise va vou­loir aug­men­ter ses parts de fa­çon à de­ve­nir le seul ou le prin­ci­pal pro­prié­taire. Il s’agit donc né­ces­sai­re­ment d’une per­sonne qui est dé­jà au fait des rouages in­ternes d’une en­tre­prise. « Ils connaissen­t dé­jà la bu­si­ness, le di­ri­geant a confiance en eux », se­lon MmeMo­rand.

→ L’em­ployé clé. Il fait par­tie de la « fa­mille » qu’est l’en­tre­prise de­puis long­temps, il la connaît très bien et est prêt à prendre le re­lais en sa­chant ce que re­pré­sente le tra­vail sur le ter­rain. Vu l’im­por­tance de la mis­sion et des va­leurs dans une PME, un in­di­vi­du qui connaît la culture a de meilleures chances de me­ner à bien un trans­fert.

→ Le membre de la fa­mille. Même s’il est en baisse, ce type de trans­fert est en­core cou­rant. Il pré­sente en outre des as­pects fi­nan­ciers dis­tincts.

→ Le tiers par­ti. Ça peut être « un client, un com­pé­ti­teur, un par­te­naire stra­té­gique – d’ici ou d’ailleurs –, un en­tre­pre­neur qui a des li­qui­di­tés à in­ves­tir et qui veut trans­mettre son sa­voir sans né­ces­sai­re­ment avoir une grande im­pli­ca­tion », ré­sume Mme Proulx.

Des condi­tions fa­vo­rables dans un mar­ché bien ro­dé

Pour­quoi ra­che­ter plu­tôt que fon­der sa propre jeune pousse ? « En dé­mar­rage, c’est très dif­fi­cile de pas­ser le cap des cinq ans. La re­prise offre un cadre qui existe, des clients, un ré­seau, des dis­tri­bu­teurs, une comp­ta­bi­li­té… », ex­plique M. Le­corne.

Et le mar­ché est à l’avan­tage des ache­teurs. Le Fonds de trans­fert d’en­tre­prise du Qué­bec (FTEQ) éva­lue que d’ici 2020, 98000 en­tre­pre­neurs pren­dront leur re­traite, mais qu’il n’y a que 60000 re­pre­neurs po­ten­tiels.

C’est cet écart qui a me­né à la créa­tion du FTEQ et du CTEQ dans les der­nières an­nées. Si le Qué­bec veut de­meu­rer un des en­droits où les en­tre­prises sur­vivent le plus au dé­part de leur fon­da­teur – la pro­vince est au deuxième rang mon­dial en la ma­tière, se­lon une en­quête du Glo­bal En­tre­pre­neur­ship Mo­ni­tor ef­fec­tuée en 2017 –, il fau­dra évi­ter une pé­nu­rie d’ac­qué­reurs. À qui la chance?

Même s’il est en baisse, le type de trans­fert fa­mi­lial est en­core cou­rant.

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