La lutte contre le gaspillage ali­men­taire conti­nue

Les Affaires - - DOSSIER - Jean-Fran­çois Venne re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Au Ca­na­da, en­vi­ron 58 % de la nour­ri­ture pro­duite par an est je­tée quelque part dans la chaîne ali­men­taire, in­dique Re­cyc-Qué­bec. Ce­la re­pré­sente 35,5 mil­lions de tonnes d’ali­ments qui prennent le che­min de la pou­belle. Cette quan­ti­té in­clut une par­tie de ré­si­dus in­évi­tables, comme les os ou les co­quilles d’oeufs, mais au moins le tiers de ces ali­ments au­raient pu être consom­més.

Cet im­mense gaspillage dé­tonne dans un contexte où des gens, au Qué­bec comme ailleurs, peinent à se nour­rir conve­na­ble­ment, faute de moyens fi­nan­ciers. Il pré­sente aus­si des coûts im­por­tants pour les mé­nages, en aug­men­tant si­gni­fi­ca­ti­ve­ment leurs dé­penses ali­men­taires et en frais sup­plé­men­taires de col­lecte et de ges­tion de la ma­tière pour les mu­ni­ci­pa­li­tés. Sans ou­blier les consé­quences en­vi­ron­ne­men­tales. Se­lon l’Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions Unies pour l’ali­men­ta­tion et la culture, le gaspillage ali­men­taire consti­tue le troi­sième plus grand pol­lueur mon­dial après les États-Unis et la Chine. En 2013, il re­je­tait 3,3 gi­ga­tonnes de gaz à ef­fet de serre par an.

Com­ment ex­pli­quer ce pro­blème? « Le de­gré de pla­ni­fi­ca­tion des re­pas et les dé­ci­sions d’achat consti­tuent des fac­teurs im­por­tants de gaspillage », ré­vèle Éliane Bri­se­bois, co­or­don­na­trice et agente de re­cherche de la Chaire de re­cherche UQAM sur la tran­si­tion éco­lo­gique. Son col­lègue Re­né Au­det, ti­tu­laire de la Chaire, et elle ont réa­li­sé, l’an der­nier, une étude sur le su­jet. Ils ont dis­tin­gué trois pro­fils de consom­ma­teurs: les pla­ni­fi­ca­teurs, les conci­lia­teurs et les im­pro­vi­sa­teurs. Si les pre­miers jettent très peu de nour­ri­ture et les se­conds le font à l’oc­ca­sion, les der­niers se dé­bar­rassent plus sou­vent de moyennes ou de grandes quan­ti­tés d’ali­ments.

Cer­taines pra­tiques com­mer­ciales n’aident pas. « Les ali­ments sont sou­vent em­bal­lés dans de trop grandes quan­ti­tés, sou­ligne Mme Bri­se­bois. Il y a aus­si le pro­blème des dates de pé­remp­tion, qui sont très mal com­prises. » Elle rap­pelle que ces dates sont dé­ter­mi­nées par le fa­bri­cant ou le dé­taillant de ma­nière un peu ar­bi­traire. La men­tion « meilleur avant » ne si­gni­fie pas que le pro­duit n’est plus co­mes­tible en­suite. Des pro­duits en conserve res­tent co­mes­tibles plu­sieurs mois après cette date.

Fixer des ob­jec­tifs de ré­duc­tion

Au Ca­na­da et au Qué­bec, plu­sieurs s’or­ga­nisent pour com­battre ce gaspillage. Lan­cée dans la grande ré­gion de Van­cou­ver, la cam­pagne Love Food Hate Waste (LFHW) a été por­tée à l’échelle na­tio­nale en 2018. Au Qué­bec, elle a pris le nom de « J’aime man­ger, pas gas­piller » et est ap­puyée par Re­cyc-Qué­bec.

« Cette ini­tia­tive avait connu un vif suc­cès au Royaume-Uni, alors nous l’avons l’im­por­tée dans la ré­gion mé­tro­po­li­taine de Van­cou­ver, ex­plique Mal­colm Bro­die, maire de Rich­mond, en Co­lom­bie-Bri­tan­nique, et pré­sident de l’or­ga­nisme Na­tio­nal Ze­ro Waste Coun­cil (NZWC). Mais comme le pro­blème est na­tio­nal, nous avons sou­hai­té l’étendre à l’en­semble du pays. »

En plus d’of­frir des trucs aux Ca­na­diens pour ré­duire leur gaspillage, le NZWC mi­lite pour une meilleure dé­fi­ni­tion des dates de pé­remp­tion et une har­mo­ni­sa­tion des règles en­ca­drant leur usage. L’or­ga­nisme de­mande aus­si aux gou­ver­ne­ments fé­dé­ral et pro­vin­ciaux de se fixer un ob­jec­tif de ré­duc­tion du gaspillage de nour­ri­ture de 50% d’ici 2030. « Les États-Unis et des pays eu­ro­péens ont adop­té cet ob­jec­tif tout à fait réa­li­sable », sou­ligne M. Bro­die.

« Les ali­ments sont sou­vent em­bal­lés dans de trop grandes quan­ti­tés. Il y a aus­si le pro­blème des dates de pé­remp­tion, qui sont très mal com­prises. » – Éliane Bri­se­bois, co­or­don­na­trice et agente de re­cherche de la Chaire de re­cherche UQAM sur la tran­si­tion éco­lo­gique

Ou­tiller les Qué­bé­cois

En jan­vier der­nier, huit géants du sec­teur ali­men­taire ont pro­mis de po­ser des gestes pour ré­duire le gaspillage de moi­tié d’ici 2025. Par­mi eux, on trouve no­tam­ment Lo­blaw, Mé­tro et Wal­mart Ca­na­da. Plu­sieurs autres ini­tia­tives fleu­rissent un peu par­tout. Dans la ré­gion du Sa­gue­nay, les Gra­tui­vores ré­cu­pèrent des ali­ments que les épi­ce­ries ne peuvent pas vendre, les cui­sinent et les offrent en échange d’une contri­bu­tion mo­né­taire vo­lon­taire. Loop fa­brique de son cô­té des jus com­po­sés de fruits et de lé­gumes ju­gés trop moches pour être ven­dus en épi­ce­rie.

Re­cyc- Qué­bec s’em­ploie à ai­der les Qué­bé­cois à mieux conser­ver et uti­li­ser les ali­ments et à mieux pla­ni­fier leurs re­pas. « Nous ne vou­lons pas les culpa­bi­li­ser, mais plu­tôt les ou­tiller pour ré­duire leurs pertes », ex­plique So­phie Langlois-Blouin, vice-pré­si­dente, per­for­mance des opé­ra­tions.

Les consom­ma­teurs trou­ve­ront sur le site web de la LFHW un guide du fri­go, la mau­vaise or­ga­ni­sa­tion du ré­fri­gé­ra­teur étant res­pon­sable d’une par­tie du gaspillage. On y pré­sente aus­si des re­cettes et des ma­nières de sau­ver les ali­ments. Vous croyez votre lai­tue fa­née? Un bon bain de glace d’une di­zaine de mi­nutes et la re­voi­là crous­tillante comme à ses meilleurs jours.

Re­cyc-Qué­bec dif­fuse de nom­breux mes­sages sur les mé­dias so­ciaux, en met­tant l’accent sur les pro­duits sai­son­niers. « Ce qui est bien avec les mé­dias so­ciaux, c’est leur in­ter­ac­ti­vi­té, pré­cise Mme Langlois-Blouin. Les gens pro­posent leurs propres trucs, s’échangent des re­cettes, etc. L’idée est de pla­cer la ré­duc­tion du gaspillage ali­men­taire dans l’es­pace pu­blic afin de ré­gler le pro­blème. »

En jan­vier der­nier, huit géants du sec­teur ali­men­taire ont pro­mis de po­ser des gestes pour ré­duire le gaspillage de moi­tié d’ici 2025.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.