Rendements éle­vés : pour en fi­nir avec le scep­ti­cisme

Les Affaires - - BILLET | SOMMAIRE - Yan­nick Clé­rouin et Pierre-Oli­vier Lan­ge­vin re­dac­tion­le­saf­[email protected]

De nom­breux épar­gnants se condamnent à leur fa­çon à des rendements dé­ce­vants. Ils né­go­cient au pire mo­ment en ven­dant leurs pla­ce­ments lors­qu’il y a des se­cousses, comme à l’au­tomne der­nier, et en ré­in­ves­tis­sant après une forte re­prise.

Un por­te­feuille qui af­fiche un ren­de­ment an­nuel à long terme de 10% ou plus? « Ça doit être de la chance »... « Les risques pris pour gé­né­rer une telle per­for­mance doivent être im­por­tants. » Voi­là com­ment ré­agissent bien des épar­gnants lors­qu’on leur dé­montre qu’ob­te­nir des rendements éle­vés est pos­sible en sui­vant une stra­té­gie de pla­ce­ment ri­gou­reuse.

Les scep­tiques à l’égard des rendements éle­vés abondent. Nom­breux sont les épar­gnants qui ont ac­cep­té les idées trop ré­pan­dues par l’in­dus­trie fi­nan­cière que ren­de­ment éle­vé = risque éle­vé et que la per­for­mance est si­mi­laire d’une ins­ti­tu­tion à l’autre.

En cal­quant sim­ple­ment le mar­ché, n’im­porte qui au­rait ob­te­nu un ren­de­ment an­nuel su­pé­rieur à 10 % ces 10 der­nières an­nées. Le fonds né­go­cié en Bourse (FNB) qui re­pré­sente l’in­dice amé­ri­cain S&P 500 a gé­né­ré un ren­de­ment an­nuel com­po­sé de 16,3% (en dol­lars ca­na­diens) sur la pé­riode de 10 ans ter­mi­née en mars. Le FNB qui re­pro­duit le S&P/TSX de la Bourse de To­ron­to a pro­gres­sé de 9,3% par an­née.

Ain­si, un épar­gnant qui au­rait ré­par­ti son ca­pi­tal dans ces deux fonds au­rait dé­ga­gé un ren­de­ment an­nuel com­po­sé après frais de 12,8%.

Cer­tains ges­tion­naires de por­te­feuille qui as­pirent à battre le mar­ché peuvent avoir dé­ga­gé des rendements en­core plus éle­vés.

C’est bien beau, di­ront les cri­tiques, mais nous avons connu un des plus longs mar­chés haus­siers. Certes. Les don­nées com­pi­lées par In­vest­ments Il­lus­tra­ted nous rap­pellent tou­te­fois qu’au cours de l’his­toire, les ac­tions amé­ri­caines et ca­na­diennes ont en­re­gis­tré un ren­de­ment an­nuel com­po­sé de 11,3% et de 9,4% res­pec­ti­ve­ment.

Autre sta­tis­tique à mé­di­ter: en dé­pit du krach de 1987, de l’écla­te­ment de la bulle des tech­nos de 2001, de la crise de 2008-2009, du re­cul de 19,4% sur­ve­nu en 2011 ou de la cor­rec­tion de 19,8% à l’au­tomne 2018, le S&P 500 a pro­gres­sé de 10,7% par an­née entre 1984 et 2018.

Avec un ren­de­ment an­nuel de 12,8%, l’épar­gnant qui au­rait pla­cé 100000$ il y a 10 ans au­rait au­jourd’hui 333500$. Le ba­rème de la ca­té­go­rie Fonds d’ac­tions nord-amé­ri­caines de Mor­ning­star a af­fi­ché un ren­de­ment an­nuel de 9,8% au cours de la pé­riode de 10 ans. Le manque à ga­gner est d’en­vi­ron 78000$ par rap­port au ren­de­ment de 12,8% du mar­ché.

L’écart se­rait de 87250$ pour l’épar­gnant qui au­rait pri­vi­lé­gié un FNB équi­li­bré (60% ac­tions – 40% titres à re­ve­nus fixes).

L’ef­fet si­len­cieux des frais ex­ces­sifs

Aux yeux de plu­sieurs, de tels rendements sont in­vrai­sem­blables. La prin­ci­pale rai­son – et la plus pa­ra­doxale – tient du fait qu’une ma­jo­ri­té d’épar­gnants ne fait pas l’exer­cice de com­pa­rer le ren­de­ment de leur por­te­feuille à ce­lui du mar­ché.

Plu­sieurs ne connaissen­t pas la per­for­mance après frais dé­ga­gée par leur por­te­feuille, no­tam­ment parce que les rap­ports qu’ils re­çoivent ne pré­sentent pas clai­re­ment les rendements et les ba­rèmes aux­quels ils doivent être com­pa­rés.

Un deuxième fac­teur qui ex­plique l’in­cré­du­li­té à l’égard des bons rendements re­lève de la mé­con­nais­sance de l’en­semble des frais fac­tu­rés.

Les dé­ten­teurs de fonds com­muns et de fonds de fonds – des pa­niers réunis­sant une di­zaine de fonds com­muns – sont par­ti­cu­liè­re­ment concer­nés par les coûts ex­ces­sifs. Les frais de ges­tion exi­gés peuvent at­teindre 2,5% par an­née. C’est sans comp­ter les frais sou­vent pré­le­vés à l’achat ou à la dis­po­si­tion de parts, qui peuvent to­ta­li­ser 5% du pla­ce­ment.

Comme les fonds ne fac­turent pas di­rec­te­ment les por­teurs de parts, les frais passent in­aper­çus.

Mal­gré les ini­tia­tives des or­ga­nismes de ré­gle­men­ta­tion pour ac­croître la trans­pa­rence à l’égard des frais, les épar­gnants peinent à dé­ter­mi­ner la fac­ture to­tale de ces pro­duits. De plus, ils font ra­re­ment le lien entre coûts ex­ces­sifs et faible per­for­mance.

La pon­dé­ra­tion in­adé­quate ac­cor­dée aux ac­tions ali­mente aus­si le mythe qu’il est im­pos­sible d’avoir mieux qu’un ren­de­ment de 5% à 6% par an­née. Bien des épar­gnants en ac­cu­mu­la­tion pour une dé­cen­nie ou plus se voient re­com­man­der une pon­dé­ra­tion en ac­tions trop faible, sous pré­texte de li­mi­ter le risque lié aux fluc­tua­tions.

Rap­pe­lons que le ren­de­ment es­pé­ré à long terme des ac­tions sur­passe ce­lui des titres à re­ve­nu fixe. Si on re­prend la pé­riode de 10 ans ter­mi­née en mars, le FNB re­pré­sen­tant les titres à re­ve­nus fixes du pays, XBB, a af­fi­ché un ren­de­ment an­nuel de 4,1%. L’écart avec le FNB re­pré­sen­tant la Bourse ca­na­dienne est de 5,2% par an­née et de 12,2% avec le FNB re­flé­tant la Bourse amé­ri­caine.

Cons­ti­tuer un por­te­feuille de fonds équi­li­brés (60% ac­tions – 40 % obli­ga­tions) est une so­lu­tion clé en main po­pu­laire. Cette dé­marche per­met en ef­fet aux conseiller­s de se pré­mu­nir des ré­ac­tions émo­tives des clients lors de pé­riodes troubles. Elle prive mal­heu­reu­se­ment ceux qui ont la ca­pa­ci­té d’en­cais­ser les épi­sodes de vo­la­ti­li­té du ren­de­ment su­pé­rieur que pro­curent les ac­tions à long terme.

De nom­breux épar­gnants se condamnent aus­si à leur fa­çon à des rendements dé­ce­vants. Ils né­go­cient au pire mo­ment en ven­dant leurs pla­ce­ments lors­qu’il y a des se­cousses, comme à l’au­tomne der­nier, et en ré­in­ves­tis­sant après une forte re­prise.

La cé­lèbre étude de Dal­bar l’illustre bien : l’in­ves­tis­seur moyen paye cher en ten­tant d’an­ti­ci­per le mar­ché. Sur 30 ans, il ac­cuse un manque à ga­gner an­nuel de 6% par rap­port aux in­dices de ré­fé­rence.

Des le­viers pour maxi­mi­ser son ren­de­ment

Il est im­pos­sible de pré­voir la di­rec­tion des mar­chés à court terme, ni quand sur­vien­dra la pro­chaine ré­ces­sion.

Igno­rez ces élé­ments in­con­trô­lables et ac­tion­nez les le­viers qui ai­de­ront à amé­lio­rer votre ren­de­ment à long terme:

Pri­vi­lé­gier les en­tre­prises mu­nies d’avan­tages concur­ren­tiels so­lides, qui pré­sentent une ren­ta­bi­li­té éle­vée et un faible en­det­te­ment.

Amé­lio­rer les connais­sances de ses pla­ce­ments.

Fuir les pro­duits coû­teux.

Dé­ter­mi­ner la ré­par­ti­tion d’ac­tifs adé­quate pour at­teindre ses ob­jec­tifs à long terme.

Com­pa­rer le ren­de­ment de son por­te­feuille à un ba­rème re­pré­sen­ta­tif une fois l’an.

Lais­sez de cô­té les idées pré­con­çues en­vers les rendements. Met­tez plu­tôt toutes les chances de votre cô­té pour faire fruc­ti­fier votre ca­pi­tal le plus ef­fi­ca­ce­ment pos­sible.

Pierre-Oli­vier Lan­ge­vin est as­so­cié et ges­tion­naire de por­te­feuille chez Ges­tion de por­te­feuille stra­té­gique Me­di­ci.

Yan­nick Clé­rouin est conseiller chez Ges­tion de por­te­feuille stra­té­gique Me­di­ci.

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