Les qua­li­tés des in­ves­tis­seurs qui se dé­marquent

Les Affaires - - INVESTISSE­MENTS ANALYSE - Sté­phane Pré­fon­taine re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Des étu­diants en fi­nance me de­mandent sou­vent quelles qua­li­tés sont re­quises pour de­ve­nir un très bon in­ves­tis­seur. C’est une ques­tion cen­trale non seule­ment pour les jeunes qui cherchent à orien­ter leur car­rière, mais aus­si pour ceux qui cherchent un ges­tion­naire de por­te­feuille. Voi­ci mes ob­ser­va­tions sur les qua­li­tés qui mènent au suc­cès.

1. Hon­nê­te­té in­tel­lec­tuelle et per­son­nelle

Re­cher­chez l’ob­jec­ti­vi­té et la vé­ri­té, peu im­porte votre ego ou ce­lui des autres. Don­nez son dû à qui le mé­rite, ac­cep­tez la cri­tique construc­tive et ad­met­tez vos er­reurs ; vous aug­men­tez ain­si vos chances de trou­ver le meilleur in­ves­tis­se­ment. Ray Da­lio, de Brid­ge­wa­ter, parle de vé­ri­té et trans­pa­rence « ra­di­cales ».

2. Cu­rio­si­té vo­race / « Ma­chine à ap­prendre »

L’in­ves­tis­seur à suc­cès ne compte pas ses heures. Il aime vrai­ment ap­prendre au point où ce n’est plus un tra­vail, mais bien une pas­sion. C’est une per­sonne qui se pose conti­nuel­le­ment des ques­tions et pos­sède un pen­chant na­tu­rel à vou­loir com­prendre une foule de su­jets, à al­ler au fond des choses et à ré­soudre des pro­blèmes. En somme, elle a le feu sa­cré de l’étu­diant per­pé­tuel.

3. Connais­sances trans­ver­sales

Avec un CFA ou une maî­trise en fi­nances, les étu­diants ont un bon dé­but de par­cours. Mais il leur reste un long che­min pour se dé­mar­quer, qui consis­te­ra à dé­ve­lop­per un en­semble de connais­sances trans­ver­sales tout au long de leur vie, y com­pris l’his­toire, la psy­cho­lo­gie, les sciences, la po­li­tique, la philosophi­e, les cultures et le droit.

4. Éthique de tra­vail

Il faut ai­mer consa­crer une quan­ti­té consi­dé­rable d’ef­fort et de pré­pa­ra­tion pour ré­soudre un pro­blème ou ana­ly­ser une si­tua­tion. Sans tra­vail achar­né ni re­cherche ap­pro­fon­die, il est im­pos­sible de gé­né­rer suf­fi­sam­ment de convic­tion pour prendre des po­si­tions si­gni­fi­ca­tives dans cer­tains titres in­di­vi­duels; sans po­si­tions si­gni­fi­ca­tives, il est dif­fi­cile d’ob­te­nir des ren­de­ments su­pé­rieurs à long terme.

5. Tem­pé­ra­ment

Les qua­li­tés in­tel­lec­tuelles ne suf­fisent pas. Cer­tains des meilleurs théo­ri­ciens de la fi­nance sont de piètres in­ves­tis­seurs. La rai­son ré­side à mon avis en des qua­li­tés de tem­pé­ra­ment, qui mettent en cause des couches dif­fé­rentes du cer­veau:

Ju­ge­ment: c’est un su­jet vaste et com­plexe, mais di­sons sim­ple­ment que ce­la s’ac­quiert par la pra­tique lors­qu’on est confron­té à des pro­blèmes de na­ture di­verse et qu’on ap­prend, dès un jeune âge, à les ré­soudre par l’ob­ser­va­tion et la ré­flexion, dans un es­prit ou­vert et souple. Dis­ci­pline: elle a entre autres deux com­po­santes. Pre­miè­re­ment, il faut sa­voir faire des ef­forts et des sa­cri­fices en vue d’en ré­col­ter les fruits plus tard. Dans le cas de l’in­ves­tis­se­ment, es­sen­tiel­le­ment on re­tarde la consom­ma­tion et on prend un risque dans l’es­poir d’ob­te­nir un bé­né­fice su­pé­rieur dans le fu­tur. Deuxiè­me­ment, il faut créer un pro­ces­sus dé­ci­sion­nel, avec no­tam­ment des listes de contrôle et une do­cu­men­ta­tion ri­gou­reuse, pour s’as­su­rer de ne pas cor­rompre sa pen­sée par ses émo­tions.

Pa­tience: ne soyez ja­mais pres­sé. Pou­voir at­tendre la balle fa­cile sans su­bir de pres­sion in­due, c’est la clé du suc­cès en in­ves­tis­se­ment. C’est plus dif­fi­cile à faire qu’à dire. Char­lie Mun­ger, l’as­so­cié de War­ren Buf­fett, parle de « pa­tience ex­trême » où il pou­vait at­tendre avec ses li­qui­di­tés de nom­breuses an­nées sans rien faire, pour en­suite in­ves­tir dé­ci­si­ve­ment. Il a ain­si gé­né­ré un ren­de­ment moyen an­nuel de 19,8% de 1962 à 1975 com­pa­ré à 5% pour le Dow Jones, une sur­per­for­mance an­nuelle d’en­vi­ron 15%.

Cou­rage et ré­si­lience: in­ves­tir im­plique de prendre des risques avec de l’in­for­ma­tion in­com­plète. Bien in­ves­tir im­plique d’ache­ter à contre-cou­rant, ce qui est tem­po­rai­re­ment en dé­fa­veur, mais de bonne qua­li­té. On peut di­mi­nuer les risques en s’in­for­mant da­van­tage, mais il reste que le cou­rage est tou­jours re­quis. La ré­si­lience est né­ces­saire face aux échecs nor­maux qui font par­tie de la vie d’un in­ves­tis­seur. In­dé­pen­dance: ne pas avoir psy­cho­lo­gi­que­ment be­soin d’être en tout temps va­li­dé ou po­pu­laire est cru­cial. Être ca­pable d’avoir « l’air fou » pen­dant un cer­tain temps sans flan­cher; ce­la per­met d’al­ler à contre-cou­rant au bon mo­ment et d’at­tendre le re­dres­se­ment d’une si­tua­tion.

Le sens de la com­pé­ti­tion et de l’op­por­tu­nisme: sa­voir quand et où in­ves­tir en choi­sis­sant ses ba­tailles; re­con­naître quand on a un avan­tage in­for­ma­tion­nel, ou quand on peut s’in­sé­rer fa­vo­ra­ble­ment dans une dis­tor­sion de mar­ché.

Hu­mi­li­té : qui­conque in­ves­tit com­prend qu’il s’agit es­sen­tiel­le­ment de pré­dire l’ave­nir et qu’il y a très peu de cer­ti­tudes. Mieux vaut abor­der ce­la avec hu­mi­li­té, en pen­sant en termes de pro­ba­bi­li­tés et en gar­dant tou­jours en tête qu’on peut se trom­per. Être trop ca­té­go­rique ou se van­ter de ses suc­cès n’aide pas à ob­te­nir une bonne moyenne à long terme. En re­vanche, connaître et ac­cep­ter ses li­mites aide.

Sté­phane Pré­fon­taine, LLM, MBA, est pré­sident de Pré­fon­taine Capital inc.

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