Do­mi­nique Beau­champ L’avan­tage d’in­ves­tir à la mai­son est sous-es­ti­mé

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L’in­dus­trie fi­nan­cière vante sans cesse les mé­rites de la di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale pour l’in­ves­tis­seur ca­na­dien. Après tout, la Bourse ca­na­dienne re­pré­sente moins de 3% de la va­leur des Bourses mon­diales. Il est vrai que l’in­dice to­ron­tois S&P/TSX est for­te­ment concen­tré dans les fi­nan­cières et les res­sources na­tu­relles, qui consti­tuent 32% et 28% de sa va­leur, res­pec­ti­ve­ment. De plus, la consom­ma­tion de base, la tech­no­lo­gie et la san­té, trois in­dus­tries phares, sont très peu re­pré­sen­tées à la Bourse de Toronto. L’in­ves­tis­seur de­vrait donc se tour­ner vers l’étran­ger pour com­bler les lacunes du mar­ché ca­na­dien.

Mal­gré tout, in­ves­tir à la mai­son offre un cer­tain avan­tage « psy­cho­lo­gique » à l’in­ves­tis­seur, dé­fend Murray Leith, vice-pré­sident exé­cu­tif et di­rec­teur de la re­cherche chez Od­lum Brown. « La pré­fé­rence na­tio­nale ou la ten­dance d’in­ves­tir chez soi n’est pas unique au Ca­na­da, écrit-il dans un ré­cent bul­le­tin. Les in­ves­tis­seurs du monde en­tier aiment le confort que leur pro­cure le fait d’in­ves­tir près de chez eux, dans des en­tre­prises qui leur sont fa­mi­lières. »

La di­ver­si­fi­ca­tion à l’étran­ger s’est avé­rée ren­table pour les in­ves­tis­seurs ca­na­diens, re­con­naît M. Leith. La Bourse ca­na­dienne a pro­cu­ré un ren­de­ment to­tal (in­cluant les di­vi­dendes) de 124% de­puis 10 ans, alors que l’in­dice mon­dial MSCI a don­né 240%, en dol­lars ca­na­diens. Le S&P 500 a en­core mieux per­for­mé, avec un ren­de­ment to­tal de plus de 350%.

Par contre, le fi­nan­cier croit que l’in­ves­tis­se­ment lo­cal com­porte un avan­tage qu’il ne faut pas sous-es­ti­mer à long terme. « Notre ex­pé­rience nous a dé­mon­tré que la connais­sance des pla­ce­ments évite à l’in­ves­tis­seur des er­reurs émo­tives coû­teuses lorsque les mar­chés tra­versent une tem­pête », ren­ché­rit-il.

Au­tre­ment dit, un in­ves­tis­seur se­rait moins ten­té de vendre une so­cié­té en por­te­feuille qu’il connaît bien lorsque l’éco­no­mie ou les mar­chés tré­buchent.

C’est en­core plus vrai si l’in­ves­tis­seur a sui­vi l’évo­lu­tion de l’en­tre­prise pen­dant plu­sieurs cycles éco­no­miques. Lorsque les pla­ce­ments sont éloi­gnés géo­gra­phi­que­ment,

l’in­ves­tis­seur peut avoir l’im­pres­sion que des forces loin­taines prennent le contrôle de sa si­tua­tion fi­nan­cière, ce qui l’in­cite à vendre lorsque « l’in­con­fort » res­sen­ti sème le doute ou la pa­nique, pour­suit M. Leith.

Avoir la pa­tience d’in­ves­tir à long terme dans des pla­ce­ments fa­mi­liers pro­cure un avan­tage im­por­tant quand ça compte et offre un contre­poids, en par­tie, à la théo­rie de la di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale.

Le Ca­na­da abrite éga­le­ment de plus en plus de mul­ti­na­tio­nales hors du sec­teur des res­sources. On n’a qu’à pen­ser à Ali­men­ta­tion Couche-Tard (ATD.B, 84,43$), au Groupe CGI (GIB.A, 102,41$), au Groupe WSP Glo­bal (WSP, 73,04$), à CAE (CAE, 36$), à Vê­te­ments de sports Gil­dan (GIL, 51,03$), à CCL In­dus­tries (CCL.B, 64,86$), à In­ter­tape Po­ly­mer (ITP, 18,81$), à Ma­gna In­ter­na­tio­nal (MG, 63,25$) ou en­core à Cons­tel­la­tion Soft­ware (CSU, 1 245,45$).

Le grand voi­sin en­core plus mon­dial

Heu­reu­se­ment, les Ca­na­diens peuvent comp­ter sur le vaste mar­ché amé­ri­cain pour gar­nir leur por­te­feuille de mul­ti­na­tio­nales ayant une pré­sence dans le monde.

Les en­tre­prises du S&P 500 réa­lisent aus­si 43% de leurs re­ve­nus à l’étran­ger.

La Bourse amé­ri­caine re­pré­sente 55% de la va­leur bour­sière mon­diale. Et l’in­dice new-yor­kais couvre les angles morts du S&P/TSX.

Si on re­groupe les nou­veaux sec­teurs de la tech­no­lo­gie et des com­mu­ni­ca­tions, la tech­no­lo­gie pèse 32% dans le S&P 500, plus 3,2% avec Ama­zon (AMZN, 2001,07$ US) qui est clas­sé dans le sec­teur de la consom­ma­tion dis­cré­tion­naire. C’est sept fois plus qu’à Toronto. Le sec­teur de la san­té, pour sa part, compte pour 13,5% du S&P 500 et à peine 2% dans le S&P/TSX. Le poids de 7% de la consom­ma­tion de base dans l’in­dice amé­ri­cain semble bien peu, mais cette pon­dé­ra­tion est de seule­ment 3,9% dans l’in­dice to­ron­tois.

Un bé­mol

Ryan Mo­des­to, pré­sident de 5i Re­search, doute que la pré­fé­rence na­tio­nale au­rait em­pê­ché un in­ves­tis­seur de vendre une banque ca­na­dienne pen­dant la crise de 2008.

« Bien connaître ce que l’on dé­tient peut évi­ter du stress, mais il ne faut pas né­gli­ger le risque de concen­tra­tion pour au­tant », écrit-il, dans une ré­cente chro­nique dans le Globe & Mail.

In­ves­tir lo­ca­le­ment com­porte aus­si des avan­tages pour cer­tains types d’in­ves­tis­seurs, ad­met-il.

Les re­trai­tés, par exemple, peuvent bé­né­fi­cier du cré­dit d’im­pôt sur les di­vi­dendes ca­na­diens dans cer­taines cir­cons­tances. Pour les in­ves­tis­seurs qui vivent dé­jà de leurs pla­ce­ments, le taux de change est aus­si un fac­teur d’in­cer­ti­tude, no­tam­ment lorsque vient le mo­ment de conver­tir ses re­ve­nus étran­gers en dol­lars ca­na­diens. M. Mo­des­to rap­pelle tou­te­fois que de nom­breux fonds né­go­ciés en Bourse (FNB), qui calquent des in­dices étran­gers, neu­tra­lisent l’ef­fet des changes.

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