Pal­lier la pé­nu­rie par l’im­mi­gra­tion ci­blée

Les Affaires - - DOSSIER - Si­mon Lord re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Ce n’est plus un se­cret, la pé­nu­rie de main-d’oeuvre se fait de plus en plus sen­tir au sein des en­tre­prises. L’im­mi­gra­tion ci­blée, ren­due pos­sible no­tam­ment par di­vers pro­grammes de per­mis de tra­vail mis sur pieds par les au­to­ri­tés fé­dé­rales, est une des so­lu­tions po­ten­tielles à ce pro­blème.

Les en­tre­prises sont d’ailleurs de plus en plus nom­breuses à re­cou­rir à ce type de dé­marche, as­surent les ex­perts in­ter­ro­gés. « C’est un phé­no­mène qui prend de l’am­pleur; la ra­re­té de main-d’oeuvre est une réa­li­té à la­quelle presque tous nos clients font face, et plu­sieurs d’entre eux ont re­cours à l’em­bauche de ta­lent étran­ger », sou­ligne Ni­co­las Jou­bert, avo­cat as­so­cié chez La­ve­ry, qui fait par­tie de l’équipe de droit du tra­vail, de l’em­ploi et de l’im­mi­gra­tion.

Les en­tre­prises ne visent pas qu’à dé­ni­cher des pro­fes­sion­nels de haut ca­libre. Le re­cru­te­ment de ta­lent à l’in­ter­na­tio­nal est une stra­té­gie à la­quelle ont re­cours des firmes is­sues de sec­teurs d’ac­ti­vi­té va­riés : manufactur­ier, mines, au­to­mo­bile, in­gé­nie­rie, trans­for­ma­tion du bois, sou­dure, élec­tro­mé­ca­nique, in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, tou­risme et même res­tau­ra­tion. « Plus on s’éloigne des grands pôles comme Mon­tréal, La­val, Qué­bec et Sher­brooke, plus l’ef­fet est dé­cu­plé, dit Me Jou­bert. Ce­la de­vient en­core plus dif­fi­cile de trou­ver de la main-d’oeuvre. »

Mul­tiples pro­grammes

La mise en oeuvre d’une stra­té­gie de re­cru­te­ment de main-d’oeuvre étran­gère com­mence par le pro­ces­sus d’im­mi­gra­tion lui-même. Plu­sieurs pro­grammes existent, et dé­ter­mi­ner le plus adap­té — c’est-à-dire ha­bi­tuel­le­ment ce­lui qui mi­ni­mise les coûts et les dé­lais — consti­tue sou­vent un des pre­miers dé­fis. Il faut en­suite me­ner à bien les dé­marches qui y sont liées. « Les pro­grammes évo­luent, et de nou­veaux pro­grammes sont créés presque chaque an­née, dit Me Jou­bert. Alors ça de­mande un bon tra­vail de diag­nos­tic de la si­tua­tion de l’en­tre­prise pour dé­ter­mi­ner le meilleur pro­gramme. »

Ex­pé­rience in­ter­na­tio­nale Ca­na­da (EIC) est l’un de ceux-ci. Très sou­vent uti­li­sé, ce pro­gramme qui concerne sur­tout les jeunes pro­fes­sion­nels fonc­tionne au moyen d’en­tentes si­gnées entre le Ca­na­da et dif­fé­rents pays. « Il per­met d’avoir ac­cès à des ta­lents pour une pé­riode qui va­rie nor­ma­le­ment de 12 à 24 mois », ex­plique l’avo­cat. Ses avan­tages sont que le pro­ces­sus est re­la­ti­ve­ment peu coû­teux et que les dé­lais de trai­te­ment ne sont ha­bi­tuel­le­ment que de quelques se­maines, alors qu’ils sont de quelques mois pour la plu­part des pro­grammes.

Par­mi les autres pro­grammes d’im­mi­gra­tion per­ti­nents dans le cadre d’une stra­té­gie de re­cru­te­ment hors Ca­na­da, le Vo­let des ta­lents mon­diaux est éga­le­ment très uti­li­sé. Lan­cé à l’été 2017, ce­lui-ci per­met de faire trai­ter une de­mande en quelques se­maines, si­non quelques mois, et vise à ai­der les en­tre­prises à ac­cé­der à des ta­lents in­ter­na­tio­naux hau­te­ment qua­li­fiés.

La dif­fi­cul­té de re­te­nir

Trou­ver les bons tra­vaille urs est un autre dé­fi lié à une telle stra­té­gie. Les en­tre­prises peuvent or­ches­trer le re­cru­te­ment de dif­fé­rentes fa­çons, ex­plique Ju­lie Les­sard, as­so­ciée res­pon­sable du groupe mo­bi­li­té glo­bale des em­ployés chez BCF. « Cer­taines firmes peuvent avoir re­cours à des en­tre­prises de re­cru­te­ment d’ici qui ont des di­vi­sions in­ter­na­tio­nales, dit-elle. D’autres vont par­ti­ci­per aux mis­sions d’or­ga­ni­sa­tions comme Mon­tréal In­ter­na­tio­nal. »

Cer­taines en­tre­prises se ren­dront car­ré­ment sur place ou au­ront re­cours aux ré­seaux so­ciaux. D’autres en­core pro­cé­de­ront par ré­fé­rences — un em­ployé qui en connaît un autre en Suisse ou au

Bré­sil, par exemple — ou par re­cru­te­ment au sein d’une de leurs di­vi­sions à l’étran­ger. Beau­coup d’entre elles trouvent ce­pen­dant leurs can­di­dats ici même au Qué­bec ou au Ca­na­da. Que ce soit des vi­si­teurs d’af­faires ou en­core des étu­diants étran­gers qui ma­ni­festent un in­té­rêt pour tra­vailler chez eux.

Quelle que soit la mé­thode de re­cru­te­ment, ce­lui-ci doit être sui­vi d’une bonne stra­té­gie de res­sources hu­maines pour as­su­rer la ré­ten­tion de ce nou­veau per­son­nel, es­time

Mme Les­sard. Sur­tout dans le contexte où cer­tains pro­grammes d’im­mi­gra­tion mènent à l’ob­ten­tion d’un per­mis de tra­vail ou­vert, c’est-à-dire qui laisse à ce­lui qui l’ob­tient la li­ber­té de tra­vailler pour dif­fé­rents em­ployeurs plu­tôt que pour un em­ployeur dé­ter­mi­né.

Quels élé­ments de­vraient être au coeur d’une telle stra­té­gie? Mme Les­sard men­tionne sur­tout des consi­dé­ra­tions de na­ture fa­mi­liale. « Quand le re­cru­te­ment in­ter­na­tio­nal échoue, c’est sou­vent en rai­son de la non-in­té­gra­tion de la fa­mille, fait-elle va­loir. Il faut donc no­tam­ment se de­man­der ce qu’on l’on pren­dra en charge ou non sur ce plan. »

L’en­tre­prise cou­vri­ra-t-elle le dé­mé­na­ge­ment? Se­ra-t-il

« Cer­taines firmes peuvent avoir re­cours à des en­tre­prises de re­cru­te­ment d’ici qui ont des di­vi­sions in­ter­na­tio­nales. » – Ju­lie Les­sard, as­so­ciée res­pon­sable du groupe mo­bi­li­té glo­bale des em­ployés chez BCF

pos­sible de faire ve­nir le conjoint ou la conjointe? Comment les en­fants pour­ront-ils in­té­grer le sys­tème sco­laire? Si l’en­tre­prise ne veut pas être res­pon­sable de beau­coup de ces dos­siers, elle doit com­prendre qu’elle court le risque que son tra­vailleur ait de la dif­fi­cul­té à trou­ver un en­droit où vivre et une école pour ses en­fants, rap­pelle

Mme Les­sard. « Comme on veut que les gens viennent, mais aus­si qu’ils res­tent, il faut bien y ré­flé­chir. »

Le re­cru­te­ment de ta­lent à l’in­ter­na­tio­nal touche dé­sor­mais des sec­teurs d’ac­ti­vi­té ex­trê­me­ment va­riés: de l’in­gé­nie­rie au tou­risme, en pas­sant par la sou­dure et la res­tau­ra­tion.

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