L’im­mi­gra­tion n’est pas la pa­na­cée

Les Affaires - - ÉLECTIONS FÉDÉRALES - Fran­çois Normand fran­[email protected] fran­cois­nor­mand

Mal­gré les de­mandes des en­tre­prises qui pâ­tissent de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre, le chef du Par­ti po­pu­laire du Ca­na­da (PPC), Maxime Ber­nier, veut ré­duire les seuils d’im­mi­gra­tion. Le chef de la for­ma­tion li­ber­ta­rienne veut ac­cueillir « moins de ré­fu­giés, mais plus d’im­mi­grants éco­no­miques ».

En 2018, le Ca­na­da a ac­cueilli 321000 im­mi­grants, et les li­bé­raux de Jus­tin Tru­deau veulent en ac­cueillir 350000 en 2021 s’ils sont ré­élus.

M. Ber­nier vise une cible de 250000 im­mi­grants, comme l’an­cien gou­ver­ne­ment conser­va­teur de Ste­phen Har­per. Le dé­pu­té de Beauce dou­ble­rait aus­si la pro­por­tion d’im­mi­grants éco­no­miques ayant une com­pé­tence par­ti­cu­lière, pour la faire pas­ser de 26% à 50%.

Il veut aus­si ré­duire le dé­lai d’em­bauche des tra­vailleurs à l’étran­ger, pour le faire pas­ser de dix mois en moyenne à un « maxi­mum de deux mois ».

« Je pense qu’on de­vrait mettre sur la glace un ac­cord de libre-échange avec les Chi­nois. » – Maxime Ber­nier, chef du Par­ti po­pu­laire du Ca­na­da et dé­pu­té sor­tant de la cir­cons­crip­tion de Beauce

Cinq mil­liards de dol­lars dans les poches des en­tre­prises

Le chef du PPC af­firme que l’im­mi­gra­tion n’est pas la pa­na­cée, et qu’il y a d’autres moyens d’ai­der les en­tre­prises, à com­men­cer par les gains de pro­duc­ti­vi­té.

Le dé­fi est de taille, car le Ca­na­da fi­gure par­mi les der­niers de classe des éco­no­mies dé­ve­lop­pées à cet égard, se­lon le Centre sur la pro­duc­ti­vi­té et la pros­pé­ri­té à HEC Mon­tréal.

M. Ber­nier pro­pose plu­sieurs me­sures pour y ar­ri­ver. Il veut d’abord ré­duire l’im­pôt fé­dé­ral des so­cié­tés pour le fixer à 10%, peu im­porte la taille des en­tre­prises. En ce mo­ment, ce taux est de 9% pour les PME et de 15% pour les grandes so­cié­tés.

M. Ber­nier veut aus­si abo­lir l’im­pôt des gains en ca­pi­tal au Ca­na­da, plu­tôt que l’exo­né­ra­tion de 50 % en vi­gueur en ce mo­ment. En­semble, ces deux me­sures coû­te­raient 5 mil­liards de dol­lars par an­née, se­lon le PPC. Pour fi­nan­cer ces deux me­sures, M. Ber­nier pro­pose d’abo­lir toutes les sub­ven­tions aux en­tre­prises qui s’élèvent à quelque 5 G$ par an­née, ce qui per­met­trait à un éven­tuel gou­ver­ne­ment Ber­nier d’équi­li­brer le bud­get fé­dé­ral dans les deux pre­mières an­nées au pou­voir, af­firme son chef.

Un « vrai libre-échange » au Ca­na­da

M. Ber­nier pro­pose d’autres me­sures pour sti­mu­ler la crois­sance éco­no­mique. Il veut ins­tau­rer un « vrai libre-échange » à l’in­té­rieur du Ca­na­da. Se­lon une étude de Sta­tis­tique Ca­na­da pu­bliée en 2017, les bar­rières au com­merce in­ter­pro­vin­cial sont équi­va­lentes à l’im­po­si­tion d’un ta­rif doua­nier de 6,9%.

En ma­tière de com­merce in­ter­na­tio­nal, M. Ber­nier sou­haite que le Ca­na­da signe d’avan­tages d’ac­cords de libre-échange dans les mar­chés d’ex­por­ta­tion où il y a en­core des bar­rières au com­merce.

Par contre, comme l’an­cien gou­ver­ne­ment Har­per, il s’op­pose à une en­tente avec la Chine com­mu­niste. « Je pense qu’on de­vrait mettre sur la glace un ac­cord de libre-échange avec les Chi­nois », avance-t-il.

Ce­la dit, le Ca­na­da doit pour­suivre ses échanges éco­no­miques avec la Chine, mais en lui de­man­dant d’of­frir une plus grande ré­ci­pro­ci­té éco­no­mique, c’est-à-dire d’avoir le même ac­cès dans les deux mar­chés.

Au cha­pitre du cli­mat, un gou­ver­ne­ment Ber­nier abo­li­rait la taxe sur le car­bone de 20$ du gou­ver­ne­ment Tru­deau. Il pro­pose plu­tôt de lais­ser les pro­vinces adop­ter leur propre plan pour ré­duire leurs émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES).

Du reste, le chef du PPC af­firme qu’« il n’y a pas d’ur­gence cli­ma­tique » et que l’ac­ti­vi­té hu­maine n’est pas la prin­ci­pale cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. Se­lon lui, le So­leil et l’ac­ti­vi­té vol­ca­nique pèsent da­van­tage dans la ba­lance.

Cette af­fir­ma­tion va à l’en­contre des conclu­sions scien­ti­fiques du Groupe d’ex­perts in­ter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du cli­mat. L’or­ga­nisme de l’ONU dit que l’ac­ti­vi­té hu­maine est res­pon­sable du pré­sent chan­ge­ment cli­ma­tique et qu’il y a une ur­gence à li­mi­ter le ré­chauf­fe­ment pla­né­taire.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.