Êtes-vous un collection­neur d’ar­ticles rares ou un « ra­mas­seux de bé­belles » ?

Les Affaires - - BILLET | SOMMAIRE - Phi­lippe Le Blanc re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Nous vi­vons dans une so­cié­té de consom­ma­tion et il est par­ti­cu­liè­re­ment fa­cile d’ac­cu­mu­ler les ob­jets. Je pa­rie que votre ga­rage est rem­pli d’ar­ticles dont vous ne vous ser­vez pra­ti­que­ment ja­mais. Pour­tant, on conti­nue d’ac­cu­mu­ler: on achète cet ou­til en solde dont on pour­rait avoir be­soin un de ces quatre. Et votre garde-robe? Y trou­vez-vous des vê­te­ments que vous n’avez pas por­tés de­puis que le Ca­na­dien a ga­gné la Coupe Stan­ley?

J’ai lu quelque part qu’on passe la pre­mière moi­tié de sa vie à ac­cu­mu­ler toutes sortes d’ob­jets, et la deuxième moi­tié à es­sayer de s’en dé­bar­ras­ser. Comme on dit, on ne peut rien prendre avec soi dans l’au-de­là…

Per­son­nel­le­ment, je me suis en­ga­gé il y a de nom­breuses an­nées à li­mi­ter au­tant que pos­sible l’ac­cu­mu­la­tion de pos­ses­sions ma­té­rielles. Je me pose de­puis long­temps la même ques­tion que Pierre-Yves McS­ween – « En as-tu vrai­ment be­soin ? » – avant d’ache­ter quoi que ce soit. Il est d’ailleurs sur­pre­nant de consta­ter à quel point la ré­ponse ob­jec­tive est sou­vent « Non ».

J’ai aus­si pris la décision de ten­ter de gar­der mes af­faires per­son­nelles aus­si simples que pos­sible. Je me sou­viens d’avoir été ten­té d’ache­ter une pro­prié­té en Flo­ride au len­de­main de la crise fi­nan­cière de 2008-2009. Les prix des condos avaient alors consi­dé­ra­ble­ment chu­té et on pou­vait ache­ter des dol­lars amé­ri­cains à pa­ri­té avec notre dol­lar ca­na­dien. Quelle oc­ca­sion en or ! Mais je n’ai pas ache­té et j’en suis plu­tôt heu­reux. En ef­fet, l’achat d’une pro­prié­té en Flo­ride im­plique une foule de com­pli­ca­tions et de dé­penses à long terme pour l’ache­teur ca­na­dien: taxes, frais de condo, as­su­rance, en­tre­tien, etc. De plus, ce­lui qui pos­sède un condo en Flo­ride y laisse une grande par­tie de sa li­ber­té de dé­pla­ce­ment. En ef­fet, il de­vient alors dif­fi­cile de jus­ti­fier un voyage en Ita­lie ou en Ca­li­for­nie…

S’il y avait des oc­ca­sions in­té­res­santes dans le mar­ché im­mo­bi­lier en 2010, il y en avait tout au­tant, si­non da­van­tage, dans le mar­ché bour­sier. Pour moi, la sim­pli­ci­té du mar­ché bour­sier a ga­gné haut la main, et j’en suis très heu­reux 10 ans plus tard.

Votre por­te­feuille

J’es­time que la même phi­lo­so­phie de sim­pli­ci­té (vo­lon­taire?) de­vrait gui­der l’in­ves­tis­seur dans la ges­tion et la construc­tion de son por­te­feuille de pla­ce­ment. Il est trop fa­cile d’ac­cu­mu­ler des titres dans son por­te­feuille comme on le fait avec les ob­jets dans son ga­rage. Com­bien d’entre vous dé­te­nez plus de cin­quante titres dans votre por­te­feuille ? Cer­tains ont peut-être même plus d’un por­te­feuille…

Comme dans toute chose, il faut ap­prendre à dire non en in­ves­tis­se­ment. Un bon in­ves­tis­seur se me­sure peut-être da­van­tage par les titres qu’il n’achète pas que par ceux qu’il achète.

Lors­qu’on est confron­té à la décision d’ache­ter un nou­veau titre qui semble at­trayant, on de­vrait se po­ser la ques­tion : « En ai-je vrai­ment be­soin ? »

Au fil des ans, nous avons ré­glé ce pro­blème dans notre ges­tion en nous li­mi­tant à un nombre fixe de titres en por­te­feuille (entre 25 et 30 au maxi­mum). Ain­si, si nous dé­te­nons, di­sons, 27 titres dans nos por­te­feuilles sous ges­tion et que nous dé­si­rons en ajou­ter un nou­veau qui nous pa­raît in­té­res­sant, nous de­vrons né­ces­sai­re­ment rem­pla­cer (vendre) un des titres exis­tants du por­te­feuille. La ques­tion de­vient alors celle-ci : « Est-ce que j’amé­liore la qua­li­té de mon por­te­feuille en ache­tant ce nou­veau titre et en ven­dant un titre exis­tant ? » Si l’on ne peut pas se convaincre que c’est le cas, on n’achè­te­ra pas le nou­veau titre.

Une autre fa­çon de voir les choses concerne la sélection na­tu­relle. Notre ob­jec­tif est d’aug­men­ter constam­ment la qua­li­té glo­bale de notre por­te­feuille et son po­ten­tiel d’ap­pré­cia­tion en re­gard du risque en­cou­ru. Ain­si, un nou­veau titre ne de­vrait être ache­té que s’il ré­pond à ces deux exi­gences.

D’une cer­taine ma­nière, l’in­ves­tis­seur au­to­nome – ou un ges­tion­naire de por­te­feuille comme nous – de­vrait agir comme un grand collection­neur d’oeuvres d’art ou de voi­tures rares. Son but n’est pas d’ac­cu­mu­ler le plus grand nombre de ta­bleaux ou de voi­tures, mais de pos­sé­der des ob­jets réel­le­ment uniques qui cor­res­pondent à ses goûts per­son­nels.

À quel camp ap­par­te­nez-vous : ce­lui du collection­neur de titres de grande qua­li­té ou ce­lui du « ra­mas­seux » de toutes les ac­tions qui l’ont ten­tées à un cer­tain mo­ment?

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