Na­tha­lie Fran­cis­ci

Les Affaires - - SOMMAIRE - Na­tha­lie Fran­cis­ci re­dac­tion­le­saf­[email protected] Ch­ro­ni­queuse in­vi­tée | ve­na­trix

Des nou­velles de Mya

Bio­gra­phie

Re­con­nue pour son ex­per­tise de pre­mier plan en re­cru­te­ment, en gou­ver­nance et en di­ver­si­té, Na­tha­lie Fran­cis­ci est as­so­ciée du ca­bi­net Od­gers Berndt­son, où elle s’oc­cupe prin­ci­pa­le­ment de re­cru­ter des cadres et des membres de conseils d’ad­mi­nis­tra­tion. Elle a été pré­si­dente, puis co­pré­si­dente du conseil de l’Ins­ti­tut des ad­mi­nis­tra­teurs de so­cié­tés du Qué­bec; elle en­seigne la gou­ver­nance à l’Uni­ver­si­té McGill et siège éga­le­ment au sein de plu­sieurs conseils d’ad­mi­nis­tra­tion.

Dans ma chro­nique de juin 2018, je vous pré­sen­tais Mya, « re­cru­bot » de pro­fes­sion. Mya est un ro­bot qui per­met d’au­to­ma­ti­ser 75 % d’un pro­ces­sus de sé­lec­tion. Grâce à elle, le taux de suc­cès des can­di­dats sé­lec­tion­nés aug­mente de 63 % jus­qu’à 80 %. Elle est certes sou­vent uti­li­sée pour les re­cru­te­ments de masse plu­tôt que pour la di­rec­tion d’une en­tre­prise, mais c’est néan­moins un taux im­pres­sion­nant. Les 25 % res­tants du pro­ces­sus servent à me­su­rer l’adé­qua­tion à la culture et au style de per­son­na­li­té re­quis de l’in­di­vi­du avec l’en­tre­prise, ce qui de­meure tou­jours le rôle du re­cru­teur en chair et en os.

J’écri­vais à l’époque que le re­cru­te­ment se­rait dé­sor­mais « 75 % d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour un 25 % d’in­tel­li­gence émo­tion­nelle ». J’y crois tou­jours.

Mais… nous sommes ren­dus en oc­tobre 2019 et je me de­mande comment se porte Mya.

Le taux de chô­mage, au Qué­bec, est à 4,7 %, soit clai­re­ment en dé­fi­cit de ta­lents. Le re­cru­te­ment et la ré­ten­tion n’ont ja­mais été aus­si dif­fi­ciles. Les can­di­dats re­çoivent des offres mul­tiples, ce qui oc­ca­sionne une sur­en­chère des ré­mu­né­ra­tions et des condi­tions de tra­vail meilleures. Les pro­ces­sus de re­cru­te­ment sont sou­mis à une pres­sion ja­mais vue sur les li­vrables et les dé­lais. Il faut faire en­core plus vite si on ne veut pas man­quer la perle rare sans tou­te­fois sa­cri­fier la qua­li­té des ta­lents que l’on veut re­cru­ter. Comme Mya est com­po­sée à 100 % d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, elle n’a pas d’émo­tion et ré­siste donc très bien à la pres­sion tout en gar­dant le cap sur son ob­jec­tif de sé­lec­tion. Mais comment se dé­brouille-t-elle au quo­ti­dien ? Où en sommes-nous dans nos di­rec­tions des res­sources hu­maines ?

Le PDG d’une en­tre­prise des ser­vices fi­nan­ciers de Mon­tréal, qui doit em­bau­cher mas­si­ve­ment des dé­ve­lop­peurs, pro­gram­meurs et char­gés de pro­jets, me ra­con­tait dans une ré­cente dis­cus­sion que son re­cru­te­ment se fai­sait en ma­jeure par­tie par sous-trai­tance. En ef­fet, im­pos­sible de re­cru­ter 500 per­sonnes en une an­née sans de l’aide ex­terne.

Aux États-Unis, 40% des en­tre­prises amé­ri­caines ont sous-trai­té une grande par­tie, voire la to­ta­li­té des pro­ces­sus de re­cru­te­ment, à des four­nis­seurs qui font sou­vent ap­pel à d’autres sous-trai­tants, gé­né­ra­le­ment si­tués en Inde et aux Phi­lip­pines.

Ces en­tre­prises par­courent Lin­kedIn et les mé­dias so­ciaux pour trou­ver des can­di­dats po­ten­tiels et vont même jus­qu’à né­go­cier le sa­laire. Pour em­bau­cher des pro­gram­meurs, par exemple, ces sous-trai­tants peuvent aus­si fouiller dans l’ar­chi­tec­ture des sites web qu’ils vi­sitent et re­tra­cer les co­okies et toutes autres traces des uti­li­sa­teurs qui les vi­sitent pour dé­bus­quer des can­di­dats po­ten­tiels. Un vrai tra­vail de dé­tec­tive nu­mé­rique. Nous sommes ici qua­si­ment ren­dus dans le dark web !

Au­tant dire que Mya semble être mise en sé­rieuse com­pé­ti­tion avec des équipes d’hu­mains ba­sés en Inde.

Pen­dant ce temps, le nombre d’en­tre­prises com­mer­cia­li­sant des ou­tils qui re­posent sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et la science des don­nées se mul­ti­plie.

Cher­cher la so­lu­tion

Se­lon le rap­port 2019 De­loitte In­sights, « Lea­ding the so­cial en­ter­prise: Reinvent with a hu­man fo­cus », l’in­dus­trie des Ro­bo­tic Pro­cess Au­to­ma­tion (RPA) gros­sit de 20% par an­née et de­vrait at­teindre les 5 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains en 2024. Ces en­tre­prises offrent des so­lu­tions tech­no­lo­giques ap­pe­lées ATS ( Ap­pli­cants Tra­cking Sys­tems) ou RPO ( Re­cruit­ment Pro­cess Out­sour­cing) et dé­ve­loppent de nou­velles ap­pli­ca­tions qui nour­rissent au­tant d’es­poirs que de ques­tions sur leur réelle ef­fi­ca­ci­té.

Un ar­ticle du Har­vard Bu­si­ness Re­view de juin 2019, in­ti­tu­lé « Re­crui­ting » fait état de nou­veaux four­nis­seurs pro­po­sant toutes sortes de tests qui per­mettent de dé­ter­mi­ner qui se­ra un bon can­di­dat ou non. Or, ces so­lu­tions aident aus­si les can­di­dats à ap­prendre à ob­te­nir de bons ré­sul­tats. Tel­le­ment que cer­tains four­nis­seurs de ces so­lu­tions aident leurs clients à dé­ter­mi­ner ceux qui trichent en temps réel, par exemple, en se fai­sant rem­pla­cer par un ami qui passe les tests à leur place.

Mal­gré tout, l’in­té­gra­tion de la science des don­nées et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle au pro­ces­sus de re­cru­te­ment est une ten­dance lourde. Se­lon un rap­port de De­loitte Ber­sin, les en­tre­prises qui in­tègrent l’IA dans leur ac­qui­si­tion de ta­lents gé­nèrent 18 % plus de re­ve­nus et aug­mentent leur pro­fi­ta­bi­li­té de 30 %.

La lutte pour re­cru­ter et re­te­nir les meilleurs ta­lents a don­né nais­sance à toute une in­dus­trie qui se cherche en­core et peine à of­frir des so­lu­tions ef­fi­caces et prou­vées. En at­ten­dant que Mya et ses amis ar­rivent à leur plein po­ten­tiel, les re­cru­teurs n’ont pas d’autres choix que de se pra­ti­quer à la chasse de haute vol­tige.

Le taux de chô­mage, au Qué­bec, est à 4,7 %, soit clai­re­ment en dé­fi­cit de ta­lents. Le re­cru­te­ment et la ré­ten­tion n’ont ja­mais été aus­si dif­fi­ciles. Les can­di­dats re­çoivent des offres mul­tiples, ce qui oc­ca­sionne une sur­en­chère des ré­mu­né­ra­tions et des condi­tions de tra­vail meilleures.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.