L’IN­CER­TI­TUDE FREINE LES IN­VES­TIS­SE­MENTS DES EN­TRE­PRISES

Les Affaires - - LA UNE - Pierre Clé­roux rea­dac­tion­le­saf­[email protected]

Il y a d’abord eu les in­cer­ti­tudes liées à une nou­velle entente de libre-échange entre le Ca­na­da, les États-Unis et le Mexique. Puis, la guerre com­mer­ciale entre les États-Unis et la Chine qui a en­traî­né l’es­ca­lade des droits de douane sur une mul­ti­tude de pro­duits échan­gés entre ces deux pays. Les re­la­tions éco­no­miques entre le Ca­na­da et la Chine se sont aus­si dé­té­rio­rées ces der­niers mois. Sans ou­blier l’éter­nelle sa­ga du Brexit, à la­quelle s’ajoute main­te­nant le spectre d’une des­ti­tu­tion du pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump.

Voi­là au­tant de ten­sions po­li­tiques et com­mer­ciales qui, on le voit au­jourd’hui, in­quiètent les di­ri­geants d’en­tre­prises et freinent leurs in­ves­tis­se­ments, tant au Ca­na­da que chez nos voi­sins du Sud. D’au­tant plus que nous en sommes pro­ba­ble­ment à la fin d’un long cycle éco­no­mique, ce qui mine aus­si la confiance des en­tre­prises en­vers la fu­ture crois­sance de l’éco­no­mie mon­diale et ca­na­dienne. Seule ex­cep­tion au ta­bleau: les en­tre­pre­neurs qué­bé­cois qui, sans doute mo­ti­vés par la per­for­mance éco­no­mique su­pé­rieure de la pro­vince par rap­port à celle du Ca­na­da, sont plus op­ti­mistes et conti­nuent d’in­ves­tir.

En fait, il res­sort de son­dages ef­fec­tués par la BDC au­près des en­tre­pre­neurs que les en­tre­prises ca­na­diennes ré­duisent prin­ci­pa­le­ment leurs in­ves­tis­se­ments en ma­té­riel, comme la construc­tion ou l’agran­dis­se­ment de bâ­ti­ments, ou en­core les dé­penses en ma­chi­ne­rie et en équi­pe­ments. Par ailleurs, les en­tre­prises conti­nuent d’em­bau­cher, et les in­ves­tis­se­ments dans des res­sources im­ma­té­rielles, comme la for­ma­tion de la main-d’oeuvre ou en­core l’achat de lo­gi­ciels et autres tech­no­lo­gies des com­mu­ni­ca­tions, ont da­van­tage la cote. Leur in­quié­tude les amène donc à in­ves­tir dans un ho­ri­zon à plus court terme et à moindre coût.

Fac­teur es­sen­tiel de crois­sance

Certes, l’ac­ti­vi­té éco­no­mique reste as­sez vi­gou­reuse, comme le montre la crois­sance du PIB de­puis le dé­but de l’an­née et le taux de chô­mage qui a glis­sé ces der­niers mois à des ni­veaux his­to­ri­que­ment bas, en­traî­nant du même coup une pres­sion à la hausse sur les sa­laires. D’ailleurs, heu­reu­se­ment, la confiance des consom­ma­teurs de­meure éle­vée et leurs dé­penses consti­tuent d’ali­men­ter l’éco­no­mie.

Ce­pen­dant, l’in­ves­tis­se­ment des en­tre­prises est aus­si un élé­ment es­sen­tiel de la crois­sance de l’éco­no­mie ca­na­dienne. Se­lon la Banque du Ca­na­da, les ef­forts faits par les en­tre­prises pour aug­men­ter leur pro­duc­ti­vi­té par des in­ves­tis­se­ments ont ajou­té près de 180 mil­liards de dol­lars à la crois­sance de l’éco­no­mie en 2018!

De plus, des études de la BDC montrent que les en­tre­prises qui in­ves­tissent da­van­tage ont une crois­sance plus so­lide et gé­nèrent plus de bé­né­fices. En aug­men­tant no­tam­ment leurs dé­penses consa­crées à des ac­tifs pro­duc­tifs, elles ac­croissent leur pro­duc­ti­vi­té, in­novent da­van­tage et sont en me­sure de payer des sa­laires plus éle­vés. En clair, plus un en­tre­pre­neur in­ves­tit dans son en­tre­prise, plus celle-ci de­vient concur­ren­tielle et meilleure s’en trouve l’éco­no­mie.

Or, à l’ère du vi­rage vers l’usine 4.0 et dans le contexte d’une sé­vère pé­nu­rie de main-d’oeuvre qui af­fecte un très grand nombre d’en­tre­prises de tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té, la ré­duc­tion des in­ves­tis­se­ments en équi­pe­ments, no­tam­ment en vue d’amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té, n’est pas une bonne nou­velle.

La si­tua­tion pour­rait même nous ame­ner vers une ré­ces­sion. Iro­ni­que­ment, les seules craintes et in­cer­ti­tudes liées à l’in­ten­si­fi­ca­tion des conflits po­li­tiques et com­mer­ciaux pour­raient fi­na­le­ment don­ner rai­son à ceux qui s’in­quiètent jus­te­ment d’une éven­tuelle ré­ces­sion. Plus les en­tre­pre­neurs sont in­quiets, moins ils in­ves­tissent, et moins ils in­ves­tissent, plus grands sont les risques d’un ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie.

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