EN­TRE­VUE AVEC LE PA­TRON DE THERATECHN­OLOGIES

Les Affaires - - LA UNE - Jean Ga­gnon re­dac­tion­le­saf­[email protected]

In­sa­tis­faits du trai­te­ment que leur ré­servent les in­ves­tis­seurs ca­na­diens, les di­ri­geants de The­ra­tech­no­gies (TH, 4,58 $) ont dé­ci­dé de se rap­pro­cher des in­ves­tis­seurs amé­ri­cains en ins­cri­vant le titre à la cote du Nasdaq.

« Par l’ins­crip­tion au Nasdaq, on veut s’ex­po­ser à un mar­ché qui com­prend mieux ce que l’on fait », ex­plique Luc Tan­guay, le PDG, qui nous ac­cor­dait une en­tre­vue alors qu’il at­ten­dait le dé­part de son vol pour New York afin d’as­sis­ter à l’évé­ne­ment sur le par­quet du Nasdaq, le 10 oc­tobre der­nier.

Il y a moins d’un an et de­mi, le cours de l’ac­tion de la bio­tech de Mon­tréal tou­chait tout près de 15 $ après avoir re­çu l’ap­pro­ba­tion de la Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion (FDA), l’équi­valent amé­ri­cain de San­té Ca­na­da, pour la com­mer­cia­li­sa­tion de son mé­di­ca­ment Tro­gar­zo.

Il s’agit d’un nou­veau trai­te­ment contre le vi­rus de l’im­mu­no­dé­fi­cience hu­maine (VIH), le pre­mier de ce type ap­prou­vé par la FDA en 10 ans. De­puis ce mo­ment, ce­pen­dant, l’en­thou­siasme des in­ves­tis­seurs s’est for­te­ment es­tom­pé et le titre a per­du les deux tiers de sa va­leur.

« Le sec­teur des bio­techs à la Bourse ca­na­dienne se li­mite à peu de joueurs, et les en­tre­prises qui ne sont pas liées de près ou de loin au can­na­bis sus­citent peu d’in­té­rêt chez les in­ves­tis­seurs, ain­si que chez les ana­lystes fi­nan­ciers, dé­plore M. Tan­guay. De plus, les ana­lystes qui suivent de près les ac­ti­vi­tés de l’en­tre­prise fo­ca­lisent uni­que­ment sur les ré­sul­tats à court terme, soit le ni­veau des ventes et des bé­né­fices de tri­mestre en tri­mestre », ajoute-t-il

Les ana­lystes, pour leur part, trouvent que les ventes du Tro­gar­zo ne pro­gressent pas as­sez ra­pi­de­ment. En­dri Le­no, de Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale, rap­porte que si les re­ve­nus pro­ve­nant des ventes du Tro­gar­zo ont at­teint 6,9 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains, une hausse de 86,5 % com­pa­ra­ti­ve­ment au tri­mestre cor­res­pon­dant de l’an­née pré­cé­dente, ils ont tou­te­fois été in­fé­rieurs aux pré­vi­sions des ana­lystes en gé­né­ral, dont la sienne, qui était de 8,3 M $ US. L’ac­tion de Theratechn­ologies a aus­si­tôt chu­té de 10 % après la pu­bli­ca­tion des ré­sul­tats du troi­sième tri­mestre, le 8 oc­tobre der­nier.

Des pro­jets en cours

Le PDG sou­ligne que la so­cié­té a des ave­nues de crois­sance à long terme au-de­là des at­tentes tri­mes­trielles des ana­lystes. Il rap­pelle qu’après les États-Unis, en 2018, la firme vient d’ob­te­nir l’ap­pro­ba­tion pour com­mer­cia­li­sa­tion du Tro­ga­zo en Eu­rope, le deuxième plus im­por­tant mar­ché phar­ma­ceu­tique du monde.

« À cause de cet ac­cent sur le court terme, on en ou­blie les pro­jets qui au­ront des im­pacts à moyen terme, dont une nou­velle for­mu­la­tion pour le mé­di­ca­ment Egrif­ta, qui se­ra lan­cée dans quelques se­maines et qui de­vrait lui don­ner un se­cond souffle », ex­plique M. Tan­guay. Theratechn­ologies avait ra­che­té les droits d’Egrif­ta en 2014 pour en faire son tout pre­mier pro­duit com­mer­cia­li­sé.

La nou­velle for­mu­la­tion ré­dui­ra le vo­lume d’in­jec­tion, fa­ci­li­te­ra celle-ci grâce à l’uti­li­sa­tion d’une ai­guille plus pe­tite, et per­met­tra de conser­ver le mé­di­ca­ment à la tem­pé­ra­ture de la pièce plu­tôt que d’avoir à le conser­ver dans un en­droit ré­fri­gé­ré.

Et il ne faut pas non plus ou­blier les ini­tia­tives qui fe­ront sen­tir leurs ef­fets à plus long terme, ajoute M. Tan­guay. « Nous avons dans notre pi­pe­line des pro­jets pro­met­teurs, no­tam­ment le trai­te­ment du NASH (stéa­to­hé­pa­tite non al­coo­lique) chez les per­sonnes at­teintes du VIH et de cer­tains types de can­cer », dit-il.

Une arme à double tran­chant

L’ins­crip­tion au Nasdaq per­met à une so­cié­té d’of­frir ses ac­tions à un nombre d’in­ves­tis­seurs beau­coup plus grand. Si l’in­té­rêt des in­ves­tis­seurs est au ren­dez-vous, il s’agit cer­tai­ne­ment d’un avan­tage, ex­plique Phi­lippe Le­blanc, ges­tion­naire de por­te­feuille chez Cote 100.

Sur ces places bour­sières, les in­ves­tis­seurs ont des ju­ge­ments tran­chés pour les titres du type de Theratechn­ologies, note tou­te­fois le ges­tion­naire. « Les in­ves­tis­seurs aiment beau­coup ou pas du tout. »

L’idée que les in­ves­tis­seurs amé­ri­cains ont une meilleure com­pré­hen­sion des titres de bio­tech­no­lo­gie a tou­te­fois son mé­rite, croit M. Le­blanc. « Au Ca­na­da, on est beau­coup moins por­tés vers ce sec­teur. »

L’ins­crip­tion à la cote du Nasdaq peut par­fois se ré­vé­ler une arme à double tran­chant, croit pour sa part Phi­lippe Hynes, pré­sident de To­nus Ca­pi­tal. « Les in­ves­tis­seurs sur les places bour­sières amé­ri­caines peuvent être sans pi­tié dans cer­taines cir­cons­tances, dit-il, ce qui peut aug­men­ter de fa­çon si­gni­fi­ca­tive le ni­veau de risque pour un titre tel Theratechn­ologies. »

À la re­cherche d’en­tre­prises pou­vant gar­nir son por­te­feuille de titres de pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions, M. Hynes constate qu’un cer­tain nombre de di­ri­geants d’en­tre­prise consi­dèrent ef­fec­ti­ve­ment la pos­si­bi­li­té d’ins­crire leur titre à une Bourse amé­ri­caine, croyant ain­si ob­te­nir une meilleure vi­si­bi­li­té.

Ce fut le cas ré­cem­ment de Dirtt (DRT, 6,04 $), une so­cié­té de Cal­ga­ry spé­cia­li­sée dans la fa­bri­ca­tion et le de­si­gn d’ameu­ble­ment pour toutes sortes d’es­pace. Leurs pro­cé­dés de concep­tion étant hau­te­ment nu­mé­ri­sés, les di­ri­geants de Dirtt se dé­crivent sur­tout comme une so­cié­té de technologi­e. C’est pour­quoi ils viennent d’ins­crire leur titre à la cote du Nasdaq afin de s’adres­ser à un plus grand nombre d’in­ves­tis­seurs spé­cia­listes en technologi­e, ex­plique M. Hynes. « Comme pour Theratechn­ologies, l’ave­nir di­ra si le jeu en va­lait la chan­delle. »

« Le sec­teur des bio­techs à la Bourse ca­na­dienne se li­mite à peu de joueurs» , dé­plore Luc Tan­guay, PDG de The­ra­tech­no­gies.

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