Le pe­tit em­pire du ran­ge­ment d’Ar­moires Cui­sines Ac­tion

Les Affaires - - MANCHETTE - Matthieu Cha­rest re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Alors qu’elle conçoit près de 8 000 pro­jets de cui­sines par an­née, compte 260 em­ployés et a un chiffre d’af­faires qui avoi­sine les 50 mil­lions de dol­lars, Ar­moires Cui­sines Ac­tion est au­jourd’hui à la tête d’un pe­tit em­pire ré­gio­nal. Mal­gré les nom­breux dé­fis qui me­nacent l’en­tre­prise, pé­nu­rie de main-d’oeuvre en tête, la PME ne compte pas pour au­tant cou­per court à l’ex­pan­sion ful­gu­rante qu’elle connaît.

« Cette an­née seule­ment, notre crois­sance frôle les 20%. De­puis 2016, nous connais­sons une crois­sance an­nuelle de plus de 12% », af­firme fiè­re­ment Fran­çois Chau­rette, qui a pris les rênes de l’en­tre­prise il y a douze mois à peine.

La PME tren­te­naire, spé­cia­li­sée dans les so­lu­tions de ran­ge­ment – no­tam­ment pour les cui­sines, les pen­de­ries et les salles de bain –, a ins­tal­lé son usine et son siège so­cial à Sainte-Sa­bine, tout près de Farn­ham, en Mon­té­ré­gie. Ar­moires Cui­sines Ac­tion compte aus­si quatre suc­cur­sales dans la grande ré­gion mé­tro­po­li­taine, soit à La Prai­rie, à Bou­cher­ville, à Saint-Jean-sur-Ri­che­lieu et à La­val.

Consé­quence: ses clients, 40% de par­ti­cu­liers et 60% de « constructe­urs de condos », viennent sou­vent de la ré­gion la plus peu­plée du Qué­bec. « Notre pro­duit, les cais­sons que nous li­vrons, ça voyage très mal, ex­plique M. Chau­rette. Il y a un as­pect, une vo­ca­tion très ré­gio­nale à ce que nous fai­sons. Ça nous pro­tège, mais ça nous li­mite. »

L’ex­pan­sion que se pro­met l’en­tre­prise pas­se­ra donc né­ces­sai­re­ment par l’ou­ver­ture de nou­velles suc­cur­sales ailleurs dans la pro­vince. Les em­pla­ce­ments sont en­core in­cer­tains, mais l’usine sa­bi­noise a toutes les ca­pa­ci­tés né­ces­saires pour sou­te­nir la crois­sance, confirme le pré­sident. Une somme de 8M$ a d’ailleurs été in­ves­tie au cours des trois der­nières an­nées afin de mo­der­ni­ser et d’agran­dir ses ins­tal­la­tions et d’au­to­ma­ti­ser ses pro­cé­dés de fa­bri­ca­tion, entre autres. Cette usine mo­derne est jus­te­ment l’une des clés de la crois­sance sou­te­nue.

Tout chez Ar­moires Cui­sines Ac­tion est fait mai­son. De la concep­tion à la fa­bri­ca­tion, du de­si­gn à la concep­tion et de la li­vrai­son à l’ins­tal­la­tion, tout est contrô­lé par l’en­tre­prise. Pour la PME, les marges s’ac­cu­mulent, alors que pour le client, la so­lu­tion est clés en main. C’est d’ailleurs pour ça, se­lon le pré­sident, que la pe­tite en­tre­prise ré­gio­nale a réus­si à se tailler une place au­près des géants tels les IKEA de ce monde.

« L’ex­pé­rience de nos clients, la di­ver­si­té de l’offre, l’ima­gi­na­tion, la créa­ti­vi­té… Tout ça est li­mi­té par la stan­dar­di­sa­tion, ra­conte M. Chau­rette. Nous, nous pou­vons nous adap­ter à toutes les exi­gences de nos clients, que leurs bud­gets soient de 5 000$ ou de 100000$. »

Et leurs exi­gences sont hautes et nom­breuses, la cui­sine étant sou­vent la pièce de la mai­son qui re­çoit le plus d’at­ten­tion. Une si­tua­tion par­ti­cu­liè­re­ment vraie au Qué­bec, où les cui­sines sont aus­si les lieux de ras­sem­ble­ment par ex­cel­lence, fait va­loir le di­ri­geant.

Pour fa­çon­ner ces lieux de vie, il faut d’abord

plu­sieurs cen­taines d’em­ployés. Bien sûr, la vague de pé­nu­rie de main-d’oeuvre qui frappe le Qué­bec de plein fouet n’épargne pas Ar­moires Cui­sines Ac­tion.

Pour pal­lier la ca­rence d’em­ployés, l’en­tre­prise a in­ves­ti mas­si­ve­ment dans l’au­to­ma­ti­sa­tion de ses pro­cé­dés de fa­bri­ca­tion dans son usine. Seules, ces nou­velles mé­thodes ne sau­raient tou­te­fois suf­fire. « Nous croyons avoir at­teint l’op­ti­mi­sa­tion maxi­male », af­firme le pré­sident, qui ajoute du même souffle que le prin­ci­pal ac­tif de l’en­tre­prise, ce sont ses em­ployés. Pour pré­ser­ver et ac­qué­rir ces pré­cieux ac­tifs, la PME doit of­frir une pa­no­plie d’avan­tages à ses tra­vailleurs. Toutes sortes de pro­grammes ont été mis en place: mise en forme, sou­tien fa­mi­lial, té­lé­tra­vail dans la me­sure du pos­sible, évé­ne­ments men­suels, etc.

En­core là, la ré­ten­tion et le re­cru­te­ment des em­ployés peuvent faire les frais de l’en­jeu de la sai­son­na­li­té des ac­ti­vi­tés de l’en­tre­prise. On n’ins­talle pas sou­vent des ar­moires de cui­sine dans le temps des Fêtes, par exemple, ou en­core pen­dant l’été, alors que ce sont plu­tôt les pro­jets de ter­ras­se­ment qui oc­cupent les es­prits. Ce­la dit, la PME ne peut pas ren­voyer ou mettre à pied ses équipes au gré des sai­sons. Il ne faut sur­tout pas perdre le ta­lent si chè­re­ment ac­quis et dé­ve­lop­pé.

Afin de s’at­ta­quer à cet en­jeu, Ar­moires Cui­sines Ac­tion a éga­le­ment mis sur pied un sys­tème de banque d’heures pour ses em­ployés. Ain­si, lorsque l’en­tre­prise a be­soin que ses em­ployés ef­fec­tuent plus d’heures, les tra­vailleurs peuvent ac­cu­mu­ler du temps à re­por­ter plus tard. Une fa­çon de s’adap­ter aux be­soins du mar­ché tout en of­frant plus de flexi­bi­li­té à son ca­pi­tal hu­main.

Par ailleurs, l’en­tre­prise se montre très ac­tive en ma­tière de phi­lan­thro­pie. « Sur notre site web, nous in­vi­tons même les gens – le grand pu­blic – à nous sou­mettre des causes à ap­puyer », note M. Chau­rette. L’en­tre­prise a no­tam­ment dé­jà sou­te­nu la Mai­son Gilles-Carle – qui offre du ré­pit aux proches ai­dants –, des clubs de hockey ré­gio­naux, dont à Cham­bly, la Mai­son Bleue – qui offre des ser­vices de pé­ri­na­ta­li­té so­ciale – ou en­core des ini­tia­tives de re­cy­clage dans la MRC de Brome-Mis­sis­quoi.

La pé­nu­rie de main-d’oeuvre est loin d’être le seul dé­fi que la PME doit af­fron­ter. Di­ri­gée pen­dant presque 30 ans par le co­fon­da­teur, Ch­ris­tian Van Gen­nip – qui l’a créée avec son épouse, Da­nielle Naud –, Ar­moires Cui­sines Ac­tion est main­te­nant pré­si­dée par M. Chau­rette de­puis l’au­tomne 2018. Les chefs d’en­tre­prise le savent, même que plu­sieurs le craignent, d’im­por­tants chan­ge­ments au sein de la struc­ture di­ri­geante peuvent bouleverse­r une en­tre­prise. Pour­tant, dans ce cas pré­cis, la tran­si­tion semble cou­ron­née de suc­cès.

Ici, pas de re­cette mi­racle. « Nous avions tout mis au point pour pré­pa­rer la tran­si­tion, ex­plique M. Van Gen­nip. Nos équipes sont per­for­mantes, sou­dées, la com­mu­ni­ca­tion est claire et nous avions des ob­jec­tifs pré­éta­blis bien pré­cis. »

En 2013, une pre­mière ten­ta­tive de cé­der la di­rec­tion à des em­ployés a échoué. Il fal­lait donc par la suite trou­ver le « bon es­prit d’en­tre­pre­neur », ce qui avait man­qué lors de l’es­sai ra­té, se­lon le fon­da­teur. Tout en « se don­nant le temps né­ces­saire » pour le trou­ver. « La vraie na­ture d’une per­sonne, ça prend des an­nées avant de la connaître », in­siste-t-il.

Quand M. Chau­rette, qui était au­pa­ra­vant as­so­cié chez la firme d’in­ves­tis­se­ments No­va­cap, éga­le­ment ba­sée en Mon­té­ré­gie, et ami de longue date de la fa­mille fon­da­trice, a ma­ni­fes­té son in­té­rêt pour l’en­tre­prise, « on lui a fait con­fiance », ex­plique M. Van Gen­nip.

M. Chau­rette s’est donc joint à l’équipe et, au fil du temps, alors qu’il at­tei­gnait les ob­jec­tifs fixés pour lui, la con­fiance s’est so­li­di­fiée. « Il est plus mé­tho­dique que moi, il est très or­don­né, très pré­pa­ré », lance le fon­da­teur d’Ar­moires Cui­sines Ac­tion au su­jet de son nou­veau pré­sident. « Et ça donne de meilleurs ré­sul­tats. »

« Dans le fond, comme en­tre­pre­neur bâ­tis­seur, tu veux voir ton en­tre­prise réus­sir sans toi », conclut M. Van Gen­nip. Ça tombe bien, c’est jus­te­ment ce que son suc­ces­seur et ses équipes se pro­mettent, ex­pan­sion en prime.

Pour pal­lier la ca­rence d’em­ployés, l’en­tre­prise a in­ves­ti mas­si­ve­ment dans l’au­to­ma­ti­sa­tion de ses pro­cé­dés de fa­bri­ca­tion dans son usine.

Tout chez Ar­moires Cui­sines Ac­tion est fait mai­son. De la concep­tion à la fa­bri­ca­tion, du de­si­gn à la concep­tion et de la li­vrai­son à l’ins­tal­la­tion, tout est contrô­lé par l’en­tre­prise.

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