Cinq en­tre­pre­neurs ve­nus d’ailleurs

Les Affaires - - MANCHETTE - Clau­dine Hé­bert re­dac­tion­le­saf­[email protected]

Des cher­cheurs de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique ont mon­tré que les im­mi­grants dé­tiennent da­van­tage la fibre en­tre­pre­neu­riale que les Ca­na­diens nés au pays. Ces en­tre­pre­neurs ve­nus d’ailleurs se­raient éga­le­ment plus en­clins à ex­por­ter. Ja­po­nais, To­go­lais, Li­ba­nais, Por­tu­gais, Amé­ri­cains… Cinq por­traits d’en­tre­pre­neurs im­mi­grants qui, gui­dés par l’amour, l’ami­tié ou la fa­mille, ont choi­si de faire des af­faires au Qué­bec.

Le To­go­lais Jude Ko­mi Gbe­kou est bar­dé de di­plômes uni­ver­si­taires en droit. Pour­tant, ne le cher­chez pas dans une firme ju­ri­dique ni à la barre en train de plai­der à la Cour. Al­lez plu­tôt voir rue Lan­ge­vin, dans l’ar­ron­dis­se­ment de Beau­port, à Qué­bec, où il a fon­dé Cuir Es­thé­ti­ca, un tout pe­tit ate­lier de ré­pa­ra­tion du cuir, en 2006.

« J’ai sui­vi le con­seil d’un ami, spé­cia­liste du cuir, avec qui j’ai tra­vaillé en Al­le­magne lors de mes études en droit, ra­conte l’en­tre­pre­neur. Quand je lui ai an­non­cé que je sou­hai­tais al­ler m’éta­blir au Ca­na­da, il m’a dit: si tu n’ar­rives pas à faire va­loir tes di­plômes de droit, sors ton di­plôme [dans le do­maine] du cuir. Lui, il te fe­ra vivre! » M. Gbe­kou a ef­fec­ti­ve­ment sa­tis­fait plus de 12000 clients au cours des 13 der­nières an­nées.

Uti­li­sant ses connais­sances ac­quises en Eu­rope et des pro­duits de concep­tion al­le­mande, l’homme d’af­faires to­go­lais ré­ha­bi­lite toutes les sur­faces de cuir, que ce soit les sièges de voi­ture, de mo­to­neige et de ba­teau, le mo­bi­lier, les vê­te­ments, les chaus­sures, les sacs à main… « Les gens com­mencent à peine à dé­cou­vrir que le cuir a une du­rée de vie in­croyable », es­time-t-il. Son en­tre­prise col­la­bore avec une di­zaine de par­te­naires. M. Gbe­kou n’aime pas uti­li­ser le mot « em­ployé ».

Ce sont des amis, dé­jà pré­sents à Qué­bec, qui ont in­ci­té ce To­go­lais, sa femme et ses trois en­fants à prendre ra­cine dans la Vieille-Va­pi­tale. Un choix de ville, concède-t-il, qui a sans doute ra­len­ti le dé­ve­lop­pe­ment de son en­tre­prise, dont les re­ve­nus n’ont pas en­core fran­chi le cap du mil­lion de dol­lars. « Avoir choi­si de m’ins­tal­ler à Mon­tréal ou à To­ron­to dès mon ar­ri­vée, des villes où l’on trouve da­van­tage de consom­ma­teurs de cuir, les re­ve­nus de Cuir Es­thé­ti­ca se­raient de quatre à cinq fois plus éle­vés qu’ils ne le sont au­jourd’hui », sou­tient M. Gbe­kou.

Mais il n’a au­cun re­gret. Son en­tre­prise, dit-il, est sur le point de connaître une vaste ex­pan­sion. « De­puis un an, l’en­tre­prise a une adresse à Mon­tréal », in­dique l’ex­pert du cuir. Ot­ta­wa, To­ron­to et la ville de New York fi­gurent aus­si dans sa mire.

Le sa­voir-faire de l’en­tre­pre­neur de­vrait éga­le­ment connaître une per­cée sur le conti­nent afri­cain: des suc­cur­sales au To­go, en Côte d’Ivoire, au Ca­me­roun et au Gha­na doivent ou­vrir leurs portes au cours de l’an­née 2020.

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