Sites mi­niers aban­don­nés à res­tau­rer : l’heure est à la prio­ri­sa­tion

Les Affaires - - INDUSTRIE MINIÈRE -

Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec sou­haite prio­ri­ser les sites mi­niers à res­tau­rer, par­mi les­quels cer­tains ont be­soin d’im­por­tants tra­vaux de dé­con­ta­mi­na­tion. C’est le cas du site Ma­ni­tou, si­tué à en­vi­ron 15 km de Val-d’Or, en Abi­ti­bi-Té­mis­ca­mingue. L’ex­ploi­ta­tion de ce gi­se­ment de zinc et de cuivre, entre 1942 et 1979, a gé­né­ré près de 11 mil­lions de tonnes de ré­si­dus mi­niers. Ceux-ci se sont dis­per­sés en pé­ri­phé­rie de la zone de dé­pôt et le long du ruis­seau Ma­ni­tou, sur une dis­tance de 6,5 km, jus­qu’à la ri­vière Bour­la­maque.

Une su­per­fi­cie de 2 km2 se­rait af­fec­tée par la pré­sence de ré­si­dus mi­niers qui avaient été re­je­tés dans deux parcs à ré­si­dus sans confi­ne­ment adé­quat, et de di­vers conta­mi­nants. « Ce sont des pra­tiques du pas­sé, se­lon les connais­sances et les normes en vi­gueur à l’époque, qu’on ne re­ver­ra plus de nos jours », sou­ligne Jo­sée Mé­thot, pré­si­dente-di­rec­trice gé­né­rale de l’As­so­cia­tion mi­nière du Qué­bec (AMQ). Elle pré­cise qu’il est main­te­nant im­pos­sible qu’une en­tre­prise mi­nière cesse ses ac­ti­vi­tés en lais­sant aux Qué­bé­cois le far­deau de res­tau­rer et de ré­amé­na­ger son site.

Un pas­sif en­vi­ron­ne­men­tal de 1,2 mil­liard de dol­lars

Qué­bec a ain­si hé­ri­té de quelque 450 sites mi­niers aban­don­nés, par­mi les­quels 223 sites d’ex­plo­ra­tion mi­nière ja­mais ex­ploi­tés

– qui re­quièrent prin­ci­pa­le­ment des tra­vaux de net­toyage – et 221 an­ciens sites d’ex­ploi­ta­tion. De ces der­niers, 139 sont dé­jà res­tau­rés, et le mi­nis­tère de l’Éner­gie et des Res­sources na­tu­relles (MERN) en as­sure l’en­tre­tien et le sui­vi.

La tâche et les sommes d’ar­gent re­quises sont co­los­sales. Au 31 mars 2018, le MERN a es­ti­mé le coût des tra­vaux liés au pas­sif en­vi­ron­ne­men­tal mi­nier à

1,2 G$, dont 761,4 mil­lions de dol­lars pour les sites mi­niers ac­tuel­le­ment aban­don­nés et 457,2 M$ pour les sites mi­niers où le mi­nis­tère pour­rait avoir à agir, étant don­né le sta­tut fi­nan­cier pré­caire des res­pon­sables. Le gou­ver­ne­ment li­bé­ral de Phi­lippe Couillard s’était en­ga­gé, dans son bud­get 2016-2017, à ac­cé­lé­rer la res­tau­ra­tion des sites mi­niers aban­don­nés en y in­ves­tis­sant en­vi­ron 620 M$ pen­dant six ans. De­puis 2006, seule­ment 165,7 M$ ont été in­ves­tis pour la res­tau­ra­tion, la sé­cu­ri­sa­tion, l’en­tre­tien et le sui­vi des sites mi­niers aban­don­nés.

Or, dans sa nou­velle pla­ni­fi­ca­tion de la res­tau­ra­tion des sites mi­niers aban­don­nés 2019-2020, dé­voi­lée en juin, le gou­ver­ne­ment ca­quiste ac­tuel en­tend plu­tôt ac­cé­lé­rer les tra­vaux d’ac­qui­si­tion de connais­sances de ses sites mi­niers afin de mieux connaître leur état et prio­ri­ser les sites à res­tau­rer. « Ce­la dé­montre une réelle vo­lon­té de notre gou­ver­ne­ment de di­mi­nuer l’em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale des sites mi­niers aban­don­nés sur notre ter­ri­toire, tout en rap­pe­lant que l’in­dus­trie mi­nière d’au­jourd’hui est sou­mise aux exi­gences les plus strictes en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et de res­pon­sa­bi­li­té so­ciale », af­firme Jo­na­tan Ju­lien, mi­nistre de l’Éner­gie et des Res­sources na­tu­relles.

En date du 10 oc­tobre, les « tra­vaux de ca­rac­té­ri­sa­tion sont en cours pour les

37 sites pré­vus au pro­gramme, de même que les tra­vaux de res­tau­ra­tion pour 7 sites mi­niers », in­dique le MERN à Les Af­faires. Les tra­vaux de ca­rac­té­ri­sa­tion visent à dé­ter­mi­ner la pré­sence et l’en­ver­gure de conta­mi­na­tion, ain­si que les risques et les im­pacts qui en dé­coulent.

Les so­cié­tés mi­nières 100 % res­pon­sables

Afin de ne pas hé­ri­ter de sites mi­niers à res­tau­rer et d’avoir à payer des di­zaines de mil­lions de dol­lars pour les tra­vaux de ré­amé­na­ge­ment et de res­tau­ra­tion d’un site mi­nier, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a res­ser­ré les règles. La loi oblige dé­sor­mais les so­cié­tés mi­nières à sou­mettre un plan de ré­amé­na­ge­ment et de res­tau­ra­tion. Ain­si,

« les so­cié­tés mi­nières doivent avoir pen­sé à la fa­çon de fer­mer leur site à la fin de la vie de la mine, avant même d’en dé­bu­ter l’ex­ploi­ta­tion », ex­plique Mme Mé­thot.

Le plan doit être ap­prou­vé par le MERN avant le dé­but des ac­ti­vi­tés mi­nières dans le cas de l’ex­plo­ra­tion, et avant la dé­li­vrance du bail mi­nier dans le cas de l’ex­ploi­ta­tion.

De même, le « plan de res­tau­ra­tion des sites mi­niers n’est pas seule­ment tech­nique. Il doit aus­si être ac­com­pa­gné d’une ga­ran­tie fi­nan­cière pour as­su­rer l’exé­cu­tion des tra­vaux de res­tau­ra­tion », pré­cise la

PDG de l’AMQ, en ajou­tant que l’As­so­cia­tion a ap­puyé la me­sure ren­dant les so­cié­tés res­pon­sables de la res­tau­ra­tion des sites.

Leur ga­ran­tie fi­nan­cière doit en ef­fet cou­vrir

100 % des coûts es­ti­més de res­tau­ra­tion de l’en­semble du site mi­nier et doit être ver­sée au cours des deux an­nées sui­vant l’ap­pro­ba­tion du plan. Un pre­mier ver­se­ment re­pré­sen­tant 50 % du mon­tant to­tal de la ga­ran­tie doit être re­mis au gou­ver­ne­ment dans les 90 jours de la ré­cep­tion de l’ap­pro­ba­tion du­dit plan.

La so­cié­té mi­nière doit aus­si faire une mise à jour aux cinq ans pour s’as­su­rer que le plan de res­tau­ra­tion est tou­jours va­lide et re­pré­sen­ta­tif des tra­vaux en cours à la mine.

L’en­ga­ge­ment re­nou­ve­lé du gou­ver­ne­ment en­vers la res­tau­ra­tion des sites mi­niers dé­coule des re­com­man­da­tions de la vé­ri­fi­ca­trice gé­né­rale du Qué­bec qui, dans son rap­port de juin 2018, avait sé­vè­re­ment cri­ti­qué la ges­tion des ter­rains conta­mi­nés, en dé­non­çant par­ti­cu­liè­re­ment le manque de pla­ni­fi­ca­tion et de co­or­di­na­tion des mi­nis­tères res­pon­sables.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.