Ri­chard Guay

Les Affaires - - SOMMAIRE - Ri­chard Guay re­dac­tion­le­saf­[email protected] Ch­ro­ni­queur in­vi­té

Les biais de votre conseiller

Bio­gra­phie Il est pro­fes­seur ti­tu­laire en fi­nance à l’ESG UQAM et an­cien pré­sident de la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec.

La confiance ex­ces­sive est l’un des as­pects de la fi­nance com­por­te­men­tale qui peut faire le plus mal à votre por­te­feuille. Elle se ma­ni­feste lors­qu’une per­sonne a la fausse convic­tion que son in­ves­tis­se­ment se­ra beau­coup plus per­for­mant que les autres. Si vous in­ves­tis­sez dans les fonds com­muns, cette confiance peut même vous faire ou­blier les frais éle­vés des fonds que vous ai­mez bien puisque vous êtes convain­cu que, de toute fa­çon, la per­for­mance se­ra au ren­dez-vous. Ça peut aus­si vous in­ci­ter à trop concen­trer le por­te­feuille. Le ré­sul­tat est un por­te­feuille mal di­ver­si­fié, coû­teux en frais et moins per­for­mant à long terme.

Sou­li­gnons d’em­blée que les conseiller­s jouent un rôle très im­por­tant au­près de leurs clients, que ce soit pour dé­ter­mi­ner l’épargne né­ces­saire pour at­teindre leurs ob­jec­tifs fi­nan­ciers, les moyens d’épar­gner ou le type de compte (REER ou CELI etc.) dans le­quel in­ves­tir. Et c’est sur­tout dans ce rôle qu’on re­trouve tout l’avan­tage d’avoir un conseiller fi­nan­cier.

Par contre, quand vient le temps de choi­sir dans quel fonds d’ac­tions in­ves­tir, l’aide d’un conseiller vous ai­de­rait-elle à vous mettre à l’abri de vos propres angles morts cog­ni­tifs? La ré­ponse est « NON » si vous avez un conseiller ty­pique. En ef­fet, les ren­de­ments du conseiller moyen sont dé­ce­vants, se­lon l’étude « The Mis­gui­ded Be­liefs of Fi­nan­cial Ad­vi­sors » ré­di­gée par Ju­ha­ni Lin­nain­maa, du Dar­mouth Col­lege, Brian Mel­zer, de la Ré­serve fédérale de Chi­ca­go et Ales­san­dro Pre­vi­te­ro, de l’Uni­ver­si­té d’In­dia­na.

L’étude porte sur plus de 4 000 conseiller­s fi­nan­ciers ca­na­diens et près de 500000 clients. Les au­teurs concluent que le ren­de­ment an­nuel des clients des conseiller­s fi­nan­ciers est en moyenne de 3% in­fé­rieurs aux indices. L’étude va en­core plus loin en exa­mi­nant le ren­de­ment des por­te­feuilles per­son­nels des conseiller­s. En fait, les conseiller­s fi­nan­ciers ont un ren­de­ment tout aus­si dé­ce­vant que ce­lui de leurs clients, soit de 3% in­fé­rieur aux indices pour leur por­te­feuille per­son­nel.

Conflits d’in­té­rêts

Une cri­tique qu’on en­tend sou­vent à l’in­ten­tion de l’in­dus­trie des conseiller­s est qu’ils se placent en si­tua­tion de conflit d’in­té­rêts lors­qu’ils pro­posent des fonds com­muns à frais éle­vés qui peuvent aug­men­ter leur ré­mu­né­ra­tion. Cette pra­tique se fe­rait au dé­tri­ment des ren­de­ments des clients.

Eh bien, l’étude conclut que les ren­de­ments dé­ce­vants des clients ne sont pas liés à un tel conflit d’in­té­rêts. Ils ré­sul­te­raient plu­tôt des biais des conseiller­s puisque ceux-ci in­ves­tissent leurs épargnes dans les mêmes fonds que leurs clients. Les conseiller­s pour­suivent même leur stra­té­gie de fonds com­muns après avoir chan­gé d’em­ploi et, par­fois même, après leur re­traite. Voi­ci les quatre prin­ci­pales ca­rac­té­ris­tiques des por­te­feuilles des conseiller­s:

Les ren­de­ments dé­ce­vants des clients ré­sul­te­raient des biais des conseiller­s puis­qu’ils in­ves­tissent leurs épargnes dans les mêmes fonds que leurs clients. Les conseiller­s pour­suivent même leur stra­té­gie de fonds com­muns après avoir chan­gé d’em­ploi et, par­fois même, après leur re­traite.

1. Les fonds sont choi­sis se­lon les ren­de­ments

pas­sés. Plus pré­ci­sé­ment, les conseiller­s in­ves­tissent sur­tout dans des fonds dont le ren­de­ment des 12 der­niers mois a été au-des­sus de la moyenne. 2. Il s’agit presque tous de fonds en ges­tion ac­tive.

3. Ils ont sou­vent des frais plus éle­vés que la moyenne.

4. Plu­sieurs por­te­feuilles sont concen­trés dans

un sec­teur et sont mal di­ver­si­fiés. Mal­heu­reu­se­ment, pour la plu­part des conseiller­s, ces quatre ca­rac­té­ris­tiques les conduisent vers un ren­de­ment in­fé­rieur aux indices.

À quoi peut-on at­tri­buer cette contre­per­for­mance? Pas à la re­cherche du ren­de­ment pas­sé ni à la ges­tion ac­tive, les­quels in­fluent peu, en moyenne, sur le ren­de­ment fu­tur. Ce sont les frais! En moyenne, les frais des fonds com­muns choi­sis sont de 2,4%, ce qui ex­plique en grande par­tie le 3% de ren­de­ment in­fé­rieur à l’in­dice.

Ain­si, on constate que plus les frais d’un fonds com­mun sont éle­vés, plus le ren­de­ment après frais des clients (et du conseiller) est dé­ce­vant. Bref, un fonds à frais plus éle­vés n’est ab­so­lu­ment pas sy­no­nyme d’un ren­de­ment plus éle­vé. En moyenne, c’est plu­tôt le contraire qui est vrai. Quant au risque, plus un conseiller concentre son por­te­feuille dans un sec­teur, plus les por­te­feuilles des clients de­viennent, eux aus­si, in­uti­le­ment ris­qués et vo­la­tils.

On se­rait por­té à croire que les biais de la fi­nance com­por­te­men­tale et des por­te­feuilles dé­ce­vants sont plu­tôt l’adage des in­ves­tis­seurs in­di­vi­duels. Il n’en est rien. Un conseiller ty­pique a aus­si ces biais. Sa­chez que ces biais pour­raient nuire à votre ren­de­ment à long terme. Le mieux se­ra alors de choi­sir un fonds com­mun bien di­ver­si­fié et à frais plus bas.

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