Tou­jours pas de ré­ces­sion en vue

Les Affaires - - BILLET | SOMMAIRE - Pierre Clé­roux re­dac­tion­le­saf­[email protected]

L’éco­no­mie qué­bé­coise se porte tou­jours très bien, mer­ci. Sa vi­gueur a même sur­pas­sé les at­tentes alors que la plu­part des ex­perts pré­voyaient une crois­sance de 2% cette an­née. Or, le PIB af­fi­chait une hausse de 2,7% au cours des six pre­miers mois de 2019 et de­vrait ter­mi­ner l’an­née avec une aug­men­ta­tion os­cil­lant entre 2,5% et 3%. Mieux en­core, l’éco­no­mie qué­bé­coise a net­te­ment sur­pas­sé celle du Ca­na­da. Du ja­mais vu en près de 40 ans.

Cette per­for­mance est at­tri­buable à plu­sieurs fac­teurs. En y re­gar­dant de plus près, on constate en ef­fet que la crois­sance éco­no­mique du Qué­bec est très bien équi­li­brée. Le vo­lume des ex­por­ta­tions, les in­ves­tis­se­ments des en­tre­prises et dans le mar­ché de l’ha­bi­ta­tion de même que les dé­penses de con­som­ma­tion et gou­ver­ne­men­tales ont tous contri­bué et ain­si fa­vo­ri­sé cette hausse de 2,7% au pre­mier se­mestre (voir gra­phique). De plus, le Qué­bec s’en est très bien ti­ré mal­gré les in­cer­ti­tudes et ten­sions en­tou­rant les re­la­tions com­mer­ciales entre les États-Unis et la Chine, qui per­durent en­core au­jourd’hui, de même que la re­mon­tée gra­duelle des taux hy­po­thé­caires qui au­rait pu nuire au sec­teur im­mo­bi­lier.

Un mar­ché du tra­vail vi­gou­reux

Or, les en­tre­prises qué­bé­coises ont conti­nué à in­ves­tir, tan­dis que leurs consoeurs dans le reste du pays frei­naient plu­tôt leurs in­ves­tis­se­ments. De même, com­pa­ra­ti­ve­ment au mar­ché de l’ha­bi­ta­tion dans le reste du pays, qui a consi­dé­ra­ble­ment at­té­nué l’éco­no­mie ca­na­dienne ces der­niers mois, ce sec­teur d’ac­ti­vi­té au Qué­bec a été moins tou­ché. L’ap­port des in­ves­tis­seurs étran­gers, par­ti­cu­liè­re­ment dans le mar­ché mon­tréa­lais des condos, n’est pas étran­ger à la si­tua­tion.

Il ne faut pas non plus né­gli­ger l’im­pact de la contri­bu­tion du sec­teur pu­blic. Pen­dant que le gou­ver­ne­ment on­ta­rien adop­tait une po­li­tique d’aus­té­ri­té bud­gé­taire, le Qué­bec a pro­fi­té de ses sur­plus pour aug­men­ter ses dé­penses. En­fin, les dé­penses de con­som­ma­tion ont en­core une fois été au ren­dez-vous grâce, entre autres, à un mar­ché du tra­vail tou­jours aus­si vi­gou­reux et un taux de chô­mage qui reste à des ni­veaux his­to­ri­que­ment bas.

Il y a ain­si tout lieu de croire que l’éco­no­mie qué­bé­coise pour­sui­vra sa crois­sance l’an pro­chain, mais à un rythme moins sou­te­nu que les der­nières an­nées. Le PIB qué­bé­cois de­vrait en ef­fet af­fi­cher un taux de crois­sance de 2% en 2020.

Le taux de chô­mage de­meu­re­ra faible et la pé­nu­rie de main-d’oeuvre, alors que le Qué­bec compte un re­cord his­to­rique de 140000 postes va­cants, pousse les sa­laires et la con­som­ma­tion à la hausse. De plus, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois a pro­fi­té de sa ré­cente mise à jour éco­no­mique et fi­nan­cière pour an­non­cer son in­ten­tion de re­mettre 3,3 mil­liards de dol­lars de plus dans le por­te­feuille des Qué­bé­cois d’ici cinq ans.

Il y a quand même quelques nuages à l’ho­ri­zon. Le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, qui contri­bue à la pé­nu­rie de main-d’oeuvre, li­mite le po­ten­tiel de crois­sance de l’éco­no­mie. Et la si­tua­tion risque de du­rer en­core une di­zaine d’an­nées. Les di­ri­geants d’en­tre­prises qui croient tou­jours que le manque de tra­vailleurs est un phé­no­mène tem­po­raire ont tout in­té­rêt à in­ves­tir dans les équi­pe­ments et la tech­no­lo­gie pour re­mé­dier à la si­tua­tion.

La crois­sance des ex­por­ta­tions de­vrait aus­si fai­blir, alors qu’on note dé­jà une di­mi­nu­tion des ventes d’alu­mi­nium et des pro­duits du bois. Par ailleurs, même si une en­tente entre les États-Unis et la Chine semble im­mi­nente, le pré­sident Trump ne ces­se­ra pas pour au­tant d’at­ti­ser d’autres conflits de na­ture éco­no­mique. Tout en pre­nant bien soin, en an­née élec­to­rale, de ne pas mi­ner l’éco­no­mie amé­ri­caine.

N’em­pêche: le spectre d’une ré­ces­sion, qui a pla­né au-des­sus de nos têtes pen­dant la ma­jeure par­tie de l’an­née, se­ra à nou­veau au me­nu de 2020. Tou­te­fois, mal­gré les in­cer­ti­tudes qui me­nacent tou­jours l’éco­no­mie qué­bé­coise, la crois­sance se­ra en­core une fois au ren­dez-vous!

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