La face ca­chée des rue(lle)s

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EN­VI­RON­NE­MENT. Tan­tôt fleu­ries et co­lo­rées grâce à la mo­bi­li­té ci­toyenne, tan­tôt le lot de dis­cordes entre voi­sins, des ruelles bien ca­chées de Saint-Laurent ont été dé­cou­vertes par une poi­gnée de ci­toyens lors d’une pro­me­nade or­ga­ni­sée par VertCi­té.

L’évé­ne­ment s’ins­crit dans le cadre des jour­nées des Ruelles Vertes, in­ci­tant les ci­toyens à s’or­ga­ni­ser en co­mi­tés pour se ré­ap­pro­prier leurs rues. « Il n’y a pas de ruelles vertes à Saint-Laurent cor­res­pon­dant à l’ap­pel­la­tion of­fi­cielle, mais quelques-unes sont tou­te­fois très ver­dies », lance Phi­lippe Mar­chand, co­or­don­na­teur de pro­jets à VertCi­té.

Entre les rues Car­di­nal et Go­hier, un long che­min ver­doyant est ac­ces­sible au pu­blic. « C’est très agréable de vivre dans cet écrin de na­ture au mi­lieu des arbres et des oi­seaux», dit Ri­chard Anc­til, un ré­sident de l’en­droit de­puis près de 30 ans.

Quelques mètres plus loin, une autre al­lée n’est que par­tiel­le­ment as­phal­tée et ha­billée de quelques grands frênes qui n’ont pas en­core suc­com­bé à l’agrile. «On s’est op­po­sé au pa­vage com­plet avec mes voi­sins pour conser­ver la beau­té de notre ruelle », in­dique Su­zanne Achim qui ré­side là de­puis 1988.

PO­TA­GER UR­BAIN

La voie la plus fleu­rie du par­cours se si­tue entre les rues Crevier et Car­di­nal. De long en large, des pe­tits arbres ont été plan­tés par des ci­toyens qui ont sou­hai­té maxi­mi­ser l’es­pace com­mun. « Vous pou­vez voir des aro­nias qui poussent ici, fruits très riches en an­ti­oxy­dants», ex­plique Ma­rie Xuyen La­ro­chelle, char­gée de pro­jets en agri­cul­ture ur­baine.

Des fram­boises et autres baies poussent si­len­cieu­se­ment jus­qu’au bout de la ruelle bour­geon­nante. «Ici les ci­toyens se sont vrai­ment ré­ap­pro­priés l’es­pace. C’est un bon exemple à suivre », croit M. Mar­chand.

Cô­TéS Né­GA­TIFS

Pour Del­phine Sa­ri, la ruelle ache­tée par sa voi­sine est loin d’être un atout. « Elle se sert de l’al­lée, qui em­piète sur mon ter­rain, pour je­ter ses dé­chets or­ga­niques », s’ex­clame-t-elle.

Avant ce­la, l’en­droit était plu­tôt en­chan­teur. « Nous avions amé­na­gé un jardin po­ta­ger, mais au­jourd’hui j’ai tout aban­don­né avec les odeurs », ajoute la dame, en co­lère.

Du cô­té de chez M. Anc­til, si la sé­pa­ra­tion créée par la ruelle per­met de faire tam­pon avec la pro­prié­té de son voisin, il doit tou­te­fois com­po­ser avec le pas­sage d’en­fants qui y font du bruit. « Ce n’est pas tou­jours très tran­quille, mais il faut que jeu­nesse se passe », re­la­ti­vise-t-il.

Même son de cloche pour Su­zanne et ses voi­sins qui vou­draient voir moins de pas­sage dans leur ruelle. Ils ont même ins­tal­lé une grosse roche au mi­lieu afin d’em­pê­cher les voi­tures de cir­cu­ler. « C’est une chance de vivre au mi­lieu des ce­ri­siers et des pe­tits lièvres qui se pro­mènent, on ne veut pas perdre ça », dit-elle.

Il y a une ving­taine d’an­nées, la Ville de Mon­tréal a ven­du cer­taines ruelles aux ri­ve­rains pour la somme sym­bo­lique d’un dol­lar. Les par­celles non ven­dues sont en­tre­te­nues par les tra­vaux pu­blics qui tondent le gazon oc­ca­sion­nel­le­ment.

Pour le maire, Alan DeSou­sa, il est im­por­tant que cer­taines de ces al­côves de­meurent pu­bliques. « Ce­la per­met à tous d’y ac­cé­der afin de pro­fi­ter de ces pe­tites par­celles de na­ture », dit-il.

Une autre pro­me­nade dans les ruelles ou­bliées au­ra lieu dans les pro­chaines se­maines, étant don­né le suc­cès de la pre­mière, dans l’ob­jec­tif d’in­ci­ter da­van­tage de ci­toyens à prendre en main leurs ruelles.

(Pho­to : TC Me­dia – Pa­trick Si­cotte)

Une ving­taine de ci­toyens se sont ras­sem­blés de­vant les lo­caux de VertCi­té, qui gère l’éco-quar­tier Saint-Laurent, pour par­tir à la dé­cou­verte des ruelles ou­bliées, ces pe­tits mys­tères ur­bains.

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