Mais où est-ce qu’on s’en va?

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

C’est main­te­nant —ÉDITORIAL par­tout! À la ra­dio, à la té­lé, dans les jour­naux, sur les mé­dias so­ciaux... Hier et au­jourd’hui, le monde est tour­né vers To­ron­to, vers notre ca­pi­tale ca­na­dienne des af­faires. Mais cette fois-ci, ce n’est pas pour par­ler du dé­mé­na­ge­ment d’un autre siège so­cial. Non... c’est la tra­gé­die hu­maine qui en est le su­jet... 10 morts, 15 bles­sés...

Hier, la vie de 25 fa­milles a été bou­le­ver­sée di­rec­te­ment, mais en réa­li­té, c’est la vie de cen­taines, voire de mil­liers de gens qui a chan­gé à di­vers de­grés. Per­sonne n’au­rait pu ima­gi­ner qu’un tel évé­ne­ment ar­ri­ve­rait chez nous. Per­sonne ne peut s’ima­gi­ner l’in­ima­gi­nable... ma­ga­si­ner, dé­am­bu­ler sur le trot­toir, prendre l’air entre amis et col­lègues lors d’une belle jour­née de prin­temps et que ces mi­nutes de dé­tente et de plai­sir soient nos der­nières... Per­sonne ne peut s’ima­gi­ner, mais, de­puis hier, l’in­ima­gi­nable est de­ve­nu réa­li­té, des images à ja­mais gra­vées dans la tête de cen­taines de gens qui ont as­sis­tés im­puis­sants à ce car­nage... Un trau­ma­tisme qui les mar­que­ra à ja­mais. Un évé­ne­ment tra­gique qui est im­pri­mé émo­ti­ve­ment dans leur mé­moire.

Au­jourd’hui, c’est aux vic­times et à leurs fa­milles que je pense, mais j’ai une pen­sée toute par­ti­cu­lière pour toutes ces per­sonnes qui y étaient et qui au­jourd’hui se de­mandent pro­ba­ble­ment pour­quoi eux et pas moi? Ha­bi­tés pro­ba­ble­ment par un sen­ti­ment de gra­ti­tude et de culpa­bi­li­té. Je sais, mon opi­nion n’en est pas une de psy­cho­logue pro­fes­sion­nelle, et loin de moi l’idée de faire de la psy­cho po­pu­laire, mais j’es­saie de com­prendre ce qui peut les ha­bi­ter en ce mo­ment.

DE PLUS EN PLUS NOM­BREUX

Je me sou­viens de cette fu­sillade à Ot­ta­wa. J’étais en voyage de golf en Flo­ride et après la par­tie en ar­ri­vant au Club House, c’était par­tout à la té­lé­vi­sion amé­ri­caine. En­core une fois, un in­di­vi­du avait pris le droit de vie et de mort sur d’autres per­sonnes. Je sais que ce je m’ap­prête à dire pour­ra vous sem­bler très cru, mais c’est quoi l’af­faire d’ame­ner des gens dans la mort, de les tuer pour al­lé­ger ses souf­frances? C’est quoi la pen­sée tor­due qui amène ces in­di­vi­dus à se convaincre de tuer des étran­gers in­no­cents? Je ne com­prends pas et en fait pour moi il n’y a rien à com­prendre de ce geste qui est tout au­tant in­ad­mis­sible qu’inac­cep­table. Per­sonne ne me fe­ra croire que l’être ma­lade de lun­di n’a pas eu le temps sur 2 ki­lo­mètres de ce tra­jet meur­trier sur les trot­toirs de To­ron­to de réa­li­ser ce qu’il fai­sait! Qu’il n’a eu au­cune émo­tion à voir pa­ni­quer les gens sur qui il fon­çait à vive al­lure et voir vo­ler les corps au­tour de lui? C’est long 2 ki­lo­mètres... Pour moi (oui je juge), c’est un com­por­te­ment per­vers, mes­quin, dé­ran­gé et in­hu­main, point à la ligne!

ET APRÈS...

Qu’en est-il du après? Car oui, les jours vont pas­ser, les mé­dias pas­se­ront à autre chose, les gens pas­se­ront à d’autres su­jets de con­ver­sa­tion. Nous sa­vons que le sus­pect a été ap­pré­hen­dé et qu’il au­ra pro­ba­ble­ment toute l’at­ten­tion vou­lue dans notre fa­bu­leux sys­tème de jus­tice, mais qu’en est-il des vic­times? Qu’en est-il de ces 15 per­sonnes bles­sées? Qu’en est-il de toutes ces per­sonnes qui ont été trau­ma­ti­sées par cet évé­ne­ment? Est-ce que notre sys­tème de soins de san­té se­ra là pour eux? Au­ront-ils tout le sou­tien dont ils ont be­soin? Est-ce que leurs em­ployeurs au­ront aus­si du sou­tien pour ai­der leurs équi­piers af­fec­tés? Je pose la ques­tion, car les mé­dias ne nous montrent sou­vent que les évè­ne­ments tra­giques, mais qui parle du après? De la re­cons­truc­tion de soi?

Alors au­jourd’hui, c’est vers l’après que je tourne mes pen­sées, vers tous ceux pour qui la vie fût à ja­mais bou­le­ver­sée en ce dé­but d’après-mi­di du lun­di en­so­leillée du 23 avril 2018.

N.B. Pour ceux qui se posent la ques­tion (Claude entre autres), oui, oui... c’est bien moi qui écris les édi­tos...

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