La vic­time al­lé­guée de l'ex-maire de Saint-roch-de-l'achi­gan té­moigne

Pro­cès

L'Express Montcalm - - LA UNE - GE­NE­VIÈVE GEOF­FROY

Les gestes re­pro­chés à Georges Lo­cas, ac­cu­sé d’agres­sion sexuelle et de gros­sière in­dé­cence, au­raient eu lieu en 1983 alors que la vic­time al­lé­guée n’avait que 13 ans. À l’époque, a-t-elle ra­con­té au tri­bu­nal, elle au­rait com­men­cé à gar­der ses trois en­fants à rai­son d’une fois par se­maine, le soir, pour que sa femme et lui puissent al­ler jouer au bow­ling.

Se­lon elle, il ar­ri­vait qu’elle aille aus­si par­fois gar­der en soi­rée parce que la femme de Georges Lo­cas avait une ac­ti­vi­té et que ce der­nier de­vait se rendre au mar­ché cen­tral afin de vendre ses ré­coltes pen­dant la nuit. Ce se­rait lors de ces oc­ca­sions qu’il au­rait po­sé des gestes à ca­rac­tère sexuel en­vers elle.

Se­lon elle, lors de ces soi­rées, elle avait la tâche de s’as­su­rer que l’ac­cu­sé était ré­veillé vers l’heure du cou­cher des en­fants, si­non elle de­vait al­ler le ré­veiller.

Un soir, a-t-elle té­moi­gné, elle se­rait en­trée dans la chambre de Georges Lo­cas à cette fin et se se­rait ap­pro­chée du lit. C’est à ce mo­ment qu’il l’au­rait em­poi­gnée par le bras et l’au­rait at­ti­rée vers lui pour l’em­bras­ser.

« C’était lèvres sur lèvres, a-t-elle dé­crit. J’ai fi­gé. J’étais sous le choc, dé­bous­so­lée […] Ça a du­ré une ou deux se­condes, mais ça a pa­ru l’éter­ni­té. »

GRADATION

Il y au­rait en­suite eu une gradation quant aux gestes qu’au­rait po­sés Georges Lo­cas en­vers elle.

« À l’oc­ca­sion, il m’em­me­nait avec lui dans la salle de la­vage sous pré­texte qu’il avait quelque chose à me dire. Il fer­mait la porte. Là, il m’em­bras­sait avec la langue. Je sais qu’à un cer­tain mo­ment don­né, il m’a de­man­dé : « J’es­père que ma mous­tache ne te pique pas trop » », a-t-elle té­moi­gné.

Lors de ces oc­ca­sions, qui se­raient sur­ve­nues entre deux et cinq fois se­lon elle, Georges Lo­cas lui au­rait aus­si ca­res­sé les seins et l’au­rait pris par la taille pour se frot­ter sur elle.

Georges Lo­cas au­rait aus­si com­mis des gestes dé­pla­cés en­vers sa vic­time al­lé­guée à quelques re­prises quand il al­lait la re­con­duire chez elle après qu’elle ait gar­dé ses en­fants.

Se­lon cette der­nière, « toutes les rai­sons étaient bonnes » pour qu’il aille la re­con­duire.

« Il est ar­ri­vé qu’il m’em­brasse et me flatte la cuisse avant que je puisse ren­trer chez moi, a-t-elle dit. Je me sen­tais mal et hon­teuse parce que ce n’était pas cor­rect ce qu’il fai­sait. »

Se­lon elle, les gestes au­raient pris fin quand elle s’est fait un co­pain, vers l’été 1984.

Elle au­rait gar­dé ce se­cret pour elle jus­qu’en 1992, mo­ment où elle en au­rait par­lé avec son ma­ri de l’époque. Des an­nées plus tard, en 2000 ou en 2001, elle au­rait confié à sa mère ce qui se se­rait pro­duit. Puis, en 2009, elle af­firme avoir écrit puis don­né une lettre à Georges Lo­cas afin de « trans­fé­rer le far­deau de culpa­bi­li­té sur lui ».

« C’est à lui que ça re­ve­nait. [La lettre], c’était un sau­ve­tage per­son­nel, a-t-elle dit. Je lui ai écrit que c’était un sa­laud et un crot­té d’avoir uti­li­sé ma naï­ve­té d’en­fant. »

L’an­née sui­vante, elle au­rait mis les trois en­fants de Georges Lo­cas au cou­rant de ce qui se se­rait pro­duit, sans tou­te­fois don­ner de dé­tails. Ceux-ci ont té­moi­gné, en pa­roles ou par écrit, que cette ren­contre a eu lieu.

CONFRON­TÉ

Tous trois ont af­fir­mé qu’une réunion au­rait eu lieu par la suite entre eux, leur mère et leur père au cours de la­quelle ils l’au­raient confron­té sur les gestes qu’il au­rait po­sés.

« Mon père était anéan­ti, a dé­crit An­nie Lo­cas de­vant le tri­bu­nal. Il nous a clai­re­ment dit qu’il avait fait quelque chose de pas cor­rect. Il a pleu­ré sa vie. Il a dit qu’il fe­rait n’im­porte quoi pour lui de­man­der par­don. Qu’il avait pel­le­té ça par en avant et que là, ça le rat­tra­pait. Il a dit qu’il lui était ar­ri­vé quelque chose d’in­ex­pli­cable quant aux sen­ti­ments qu’il avait en­vers elle. »

« Mon père était comme un mur. Il ne di­sait rien, sauf que ça ne nous re­gar­dait pas. Que ça re­gar­dait lui et [la vic­time al­lé­guée], a pour sa part té­moi­gné par écrit la se­conde fille de Georges Lo­cas, Vir­gi­nie Lo­cas. Le len­de­main ou le sur len­de­main, mon père m’a dit qu’il re­gret­tait cer­tains gestes et qu’il était conscient que ça avait pu être mal per­çu par [elle]. »

Le troi­sième en­fant et seul fils de Georges Lo­cas, Fran­çois Lo­cas, a quant à lui té­moi­gné par écrit que son père se di­sait « dé­so­lé » lors de la réunion de fa­mille.

« Il di­sait qu’il au­rait vou­lu prendre toute sa souf­france sur lui, a-t-il dit. Mon père m’a confié qu’à l’époque il trou­vait son com­por­te­ment spé­cial, mais qu’en pré­sence [de la vic­time al­lé­guée], il per­dait ses repères. Il se di­sait après que les gestes étaient peut-être al­lés trop loin. »

MAU­VAISES DATES

En dé­fense, la femme de Georges Lo­cas, Diane Prud’homme, a té­moi­gné qu’il était im­pos­sible que la vic­time al­lé­guée de son ma­ri ait gar­dé chez elle avant 1986 parce que d’autres gardiennes s’oc­cu­paient des en­fants à cette époque.

« Les dates ne concordent pas », a-t-elle dit. Agen­das à l’ap­pui, elle a af­fir­mé que Georges Lo­cas et elle ont com­men­cé à jouer au bow­ling en 1986 et non en 1983, contrai­re­ment à ce que la vic­time al­lé­guée a avan­cé dans son té­moigne. Se­lon elle, cette der­nière ne gar­dait leurs en­fants uni­que­ment que pour cette sor­tie.

Elle a ajou­té qu’il ar­ri­vait que son ma­ri ou elle-même aille la re­con­duire chez elle après qu’elle ait gar­dé leurs en­fants, mais que c’était pour s’as­su­rer qu’elle se rende en toute sé­cu­ri­té.

« Si on al­lait la re­con­duire, c’est parce qu’un en­fant est mort dans les bras de mon ma­ri avant qu’on dé­mé­nage [à Saint-roch-de-l’achi­gan] », a-t-elle té­moi­gné, la voix trem­blante.

JUS­TICE. La vic­time al­lé­guée de l’ex-maire de Saint-roch-de-l’achi­gan a té­moi­gné, ven­dre­di, au pro­cès de ce der­nier, com­ment il l’au­rait em­bras­sé et lui au­rait ca­res­sé les seins à di­verses re­prises quand elle ve­nait chez lui pour gar­der ses en­fants.

TROP PER­SON­NEL

Diane Prud’homme a ajou­té qu’au­cune per­sonne qu’elle n’a ja­mais eu la tâche de ré­veiller son ma­ri les soirs où il de­vait se rendre au mar­ché cen­tral pour vendre des choux et des ca­rottes.

« J’ai tou­jours ré­veillé mon ma­ri, a-t-elle dit. C’est trop per­son­nel. Il n’y avait pas d’oc­ca­sions. »

Elle a af­fir­mé avoir confron­té son ma­ri à la suite de la ré­cep­tion de la lettre de la vic­time al­lé­guée. Georges Lo­cas lui au­rait af­fir­mé qu’il ne se­rait ja­mais rien pas­sé entre lui et cette der­nière.

« Il m’a dit qu’il avait fait un geste comme un câ­lin, qu’elle se se­rait sen­tie mal et qu’il au­rait ar­rê­té. Je lui ai de­man­dé : « C’est ça ? » Il m’a ré­pon­du qu’il ne voyait rien d’autre », a-t-elle té­moi­gné.

Georges Lo­cas a été ar­rê­té en avril 2016 en lien avec ces crimes sexuels qu’il au­rait com­mis. Il était alors en­core maire de Saint-roch-de-l’achi­gan.

Il avait été re­lâ­ché sous de sé­vères condi­tions, dont l’in­ter­dic­tion de se trou­ver en com­pa­gnie de per­sonnes mi­neures sauf en com­pa­gnie d’adultes res­pon­sables et au cou­rant des ac­cu­sa­tions por­tées contre lui.

Georges Lo­cas a par la suite re­mis sa dé­mis­sion à titre de maire en no­vembre 2016. Il avait été élu en 2009.

Il doit té­moi­gner pour sa dé­fense de­vant la cour en mars pro­chain lors de la suite de son pro­cès.

(Pho­to L'ex­press Mont­calm – Ge­ne­viève Geof­froy)

Georges Lo­cas, lors de la pre­mière jour­née de son pro­cès, le 26 jan­vier 2018, au pa­lais de jus­tice de Jo­liette.

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